Jeunesses Communistes Révolutionnaires

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La construction du parti révolutionnaire

par François Ollivier

vendredi 5 janvier 2007, par JCR-RED

La question du parti est liée aux grandes phases historiques du mouvement ouvrier du 19e siècle à aujourd’hui, sur le fond et sur la forme. Ce topo aborde 4 grandes phases et 6 problèmes.

Quatre grandes phases :

1830-1880 :

Ce sont les premières batailles pour un mouvement ouvrier indépendant. Le mouvement ouvrier est la fusion de différents courants : des courants issus de la radicalisation des révolutions bourgeoises, pour transformer l’égalité politique en égalité réelle, des courants issus des premières luttes ouvrières pour défendre leur métier (notamment contre les nouvelles techniques), les premières formes de construction du mouvement ouvrier autour des concentrations ouvrières (caisses de solidarité, de grève…), des groupes politiques et des sectes. Tout cela se retrouve dans la Ière Internationale, l’Association internationale des travailleurs. L’AIT englobe toutes les formes politiques et organisationnelles.

Ses tâches sont :

-  se détacher de l’environnement bourgeois radical (qui se battent pour un capitalisme humain). Cela se joue notamment en 1848-1850, dans la période d’évolution de révolutions bourgeoisies en révolutions prolétariennes.

-  Exister comme mouvement ouvrier indépendant.
Pour Marx, le parti ouvrier exprime la forme historique, pas la forme organisée. C’est révélé par la phrase « Les communistes ne forment pas un parti distinct opposé aux autres partis ouvriers. Ils n’ont point d’intérêts qui les séparent de l’ensemble du prolétariat. »

La fin du 19e et le début du 20e siècles :

Des partis de masses issus de courants petits bourgeois et de grandes concentrations ouvrières. Organisation sur le lieu de travail. Mise en place de contre-sociétés, lutte démocratique contre la réaction (monarchiste par exemple) ou la droite réactionnaire ou autoritaire. Construction d’organes de masse de la classe ouvrière. Existence de liens organiques entre partis et syndicats. Le mouvement accumule les conquêtes, qui sont traduites en terme d’institutions avec une double fonction : défense des intérêts de la classe ouvrière et insertion dans le système bourgeois. Les délégués, les représentants se constituent en couche bureaucratique. Se développe une vision du monde réformiste : le socialisme est un progrès, une évolution du système capitaliste. Le réformisme s’est développé dans le cadre de la puissance du mouvement ouvrier. L’idée était que la contre-société prendrait le dessus sur le capitalisme, petit à petit.

Des résistances existent :

-  Chez des syndicalistes révolutionnaires, opposés au ministérialisme (participation de socialistes aux gouvernements), favorables à un affrontement révolutionnaire par les syndicats. Cela donne la Charte d’Amiens.

-  Dans la social-démocratie, notamment de la part de Rosa Luxembourg. Elles refusent la vision réformiste et intégrationniste (aux institutions), s’opposent à l’idée que la colonisation serait un progrès, répondent à des expériences de lutte de classe qui commencent des révolutions (Belgique, etc.).
La social-démocratie se réclame de la grève générale contre la guerre. Mais, au moment de la guerre de 14, l’Union sacrée est largement majoritaire.

Le contexte de la révolution russe :

Problème plus large que la Russie : avec la première guerre mondiale, ses 10 millions de morts, le système sombre dans la barbarie. Le problème de la révolution se pose pour répondre à des problèmes élémentaires (la vie, la paix, le pain…). La rupture se fait dans le « maillon faible », notamment à cause du poids du tsarisme et de la jeunesse de la classe ouvrière russe.
Se révèlent concrètement la notion de crise révolutionnaire et la nécessité de détruire l’Etat bourgeois. Il faut assumer la crise révolutionnaire, se porter candidat au pouvoir. D’où la naissance de partis révolutionnaires. Dans la crise du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) entre 1903 et 1905, on voit la bataille pour un parti indépendant de la bourgeoisie. En 1917 s’y ajoute un contenu. Il s’agit de construire des partis pour la révolution, pas seulement des partis indépendants. Il faut donc construire des directions, des cadres. Il faut aussi des instruments pour réaliser cette révolution. Ce sont les soviets qui rempliront ce rôle pour renverser le pouvoir d’Etat et construire un nouvel Etat. Mais cette conception du rôle des soviets et de la démocratie prolétarienne avait faiblement intégré le parti bolchevique.

La cristallisation bureaucratique :

C’est la dégénérescence de l’Etat, pas seulement du part. Cela est principalement dû à l’isolement de la révolution russe (échec de l’extension de la révolution, et la social-démocratie reconstruit les Etats bourgeois dans la période 18-23). La bureaucratie est dans le parti, dans l’Etat, des tsaristes, des bourgeois, des paysans riches… La contre révolution est facilitée par des erreurs, mais elle a ses causes dans les défaites de la classe ouvrière à l’échelle internationale. D’où la nécessité de partis séparés de la social-démocratie et du stalinisme, que veut être la IVe Internationale, pas une internationale trotskyste.

Cinquième phase, qui correspond à aujourd’hui :

Phase née après la fin du « court 20e siècle » (1914-1989). Elle est caractérisée par la chute de l’URSS, par la dégénérescence croissante de la social-démocratie, la chute du stalinisme qui ouvre un espace.

Chaque phase historique conduit à une forme politique particulière. Le rôle des révolutionnaires est de tirer les leçons.

Six problèmes :

Un parti séparé du syndicat :

Pas comme dans la première internationale. Le parti, le syndicat et les associations sont des formes différentes. Pas parce que le parti correspondrait à la politique et aux élections et le syndicat aux questions économiques, ou parce qu’il s’agirait de différents niveaux de conscience. La différence fondamentale est que les syndicats et les associations sont des organisations de masse. Le parti a un autre point de vue, c’est une fraction qui a une perspective de conquête du pouvoir, une stratégie pour prendre le pouvoir. Le syndicat ne peut pas concilier le caractère de masse et la perspective de conquête du pouvoir politique. C’est une différence de point de vue, de programme.

Un parti de masse :

Il faut un parti lié aux problèmes concrets et quotidiens, avec des militants qui font du travail de masse, un parti qui est pour l’unité des travailleurs. Parce que « l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes », le parti doit être intégré dans le mouvement dans le mouvement réel des masses. Le parti est la fraction la plus résolue du mouvement des travailleurs. Le propre des sectes, selon Marx, est de « cultiver leur profil ».

Une stratégie de conquête du pouvoir :

C’est la question de la transition. Comment faire la révolution avec une classe ouvrière opprimée, dominée dans les situations non révolutionnaires. Au contraire de la bourgeoisie, elle ne gagne pas d’éléments de pouvoir substantiels sous le capitalisme.
Les idées sont moins décisives que les expériences pour avancer. D’où l’idée de revendications transitoires et de faire fructifier les expériences de luttes.

Un parti séparé des réformistes :

Un parti est réellement révolutionnaire s’il fait la révolution, pas parce qu’il en a l’étiquette. Les révolutionnaires sont pour des réformes, mais le problème de la propriété et de l’Etat conduit forcément à une confrontation. Les réformistes considèrent que les choses évoluent dans la continuité, par des réformes, des changements. Les révolutionnaires n’y sont pas opposés, mais il faut préparer les rupture(s). Il faut donc préparer des cadres, des militants et des secteurs de la classe ouvrière à cette perspective. La délimitation avec les appareils réformistes n’est pas seulement un débat d’idées, c’est la question de l’indépendance par rapport à des appareils et des institutions. Cela pose des difficultés, dès lors que l’on fait du travail de masse, y compris dans des appareils et des directions.

Un parti pour la démocratie socialiste :

-  C’est lié à notre conception de la révolution : « L’émancipation des travailleurs… », de révolutions majoritaires, conscientes. On ne fait pas la révolution à la place des masses.

-  C’est lié aussi au type de société que l’on veut construire. Nous sommes pour le pouvoir des travailleurs par l’auto-organisation, le suffrage universel dans les entreprises et les quartiers. Pour que cela soit possible, il faut qu’il n’y ait pas de marché, et il faut une planification.

Le type de parti, centralisé et démocratique :

L’organisation est sous la pression de la société capitaliste.
La démocratie, c’est la possibilité que tous les points de vue soient défendus, car ils correspondent à la situation hétérogène du prolétariat. Il faut intégrer tous les points de vue, toutes les positions politiques, quelque soit le caractère bordélique de l’organisation du débat. C’est très supérieur à des partis qui se brisent ou ne peuvent évoluer.

Le centralisme part de l’idée que ce qui nous rassemble est plus important que ce qui nous divise. Dans l’action, il faut l’unité la plus forte possible. Sinon, à quoi sert d’être dans la même organisation ? Et cela voudrait dire qu’on considère que les idées minoritaires sont plus importantes que les idées majoritaires ou les idées du tout.

Lorsqu’il y a des crises, comme dans la LCR aujourd’hui, il faut considérer le problème sur la longue durée, pas simplement dans le cadre d’une conjoncture.

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