Jeunesses Communistes Révolutionnaires

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Mai 68 dans les pays de l’est

mercredi 30 avril 2008, par Adrien

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale et la « conférence de Yalta » qui vit les grandes puissances militaires et politiques se diviser le monde en des « zones d’influences » respectives, les pays de l’Est européen vivaient sous la domination de dictatures staliniennes, fidèles à Moscou.

Les méthodes violentes et abjectes des staliniens s’avérèrent cependant impuissantes à maintenir la domination soviétique sur l’Est européen. À deux reprises déjà, en 1953 en Allemagne de l’Est et en 1956 en Hongrie, de puissantes grèves générales à caractère révolutionnaire avaient mis en difficulté le pouvoir, sans pour autant parvenir à le renverser.

La répression sanglante de ces mouvements contribua à démontrer combien les régimes qui y étaient installés étaient tout le contraire du socialisme dont ils se réclamaient. D’autant plus que ces mouvements se fixèrent pour objectif le renversement du régime stalinien, et l’instauration d’un socialisme authentique, démocratique.

La mémoire de ces mouvements était encore fraîche, et le vent de révolte qui soufflait sur le monde en cette année 1968 n’allait pas épargner la jeunesse des pays de l’Est, à peine 15 ans après les grèves de 1953 et 1956. Le temps d’une génération qui arrive à maturité.

Avril-Mai 1968 : le Printemps de Prague

En avril 1968, le nouveau dirigeant du Parti communiste tchécoslovaque (PCT), Alexander Dubcek, annonce l’application d’un nouveau programme, celui du « socialisme à visage humain ».

Contrairement aux épisodes de 1953 et 1956 qui trouvèrent de puissants appuis dans les milieux ouvriers, cette fois-ci c’est essentiellement du milieu intellectuel que bourgeonne le Printemps de Prague. En effet, dès 1967, un large mouvement d’intellectuel avait fait pression sur le dirigeant du PCT précédent, Novotny, pour l’instauration de libertés démocratiques. Ce mouvement s’inscrivait dans la période de dégel politique que connaissait l’Est suite à l’assouplissement des appareils bureaucratiques qui prétendaient se « déstaliniser ».

Imposées par la contrainte d’aller dans ce sens par une opinion de plus en plus hostile, les réformes de Dubcek ne remettaient pas en cause les fondements du régime. Elles garantissaient cependant la liberté d’expression et certaines avancées démocratiques comme l’installation de comités d’entreprises. Toutefois, l’enclenchement de ces réformes débouche sur une vague d’espoir, de foisonnement d’idées qui vont également caractériser le mouvement étudiant au mois de mai en France.

Cette période est celle de l’apparition de clubs politiques, de débats publics, de séances d’interpellations de représentants du gouvernement, de journaux indépendants.

Parallèlement à cette évolution, la direction du PCT tend à s’autonomiser par rapport à Moscou, affirmant entre autre vouloir trouver « sa propre voie » vers le socialisme. Elle y est poussée par une contestation toujours plus forte qui s’exprime dans la société tchécoslovaque contre la domination soviétique.

La normalisation de l’Est

Ne souhaitant pas que ces évènements constituent un exemple à suivre pour les « démocraties populaires », c’est-à-dire les autres pays dominés par ces régimes, le gouvernement de l’URSS dirigé par Brejnev ordonne la fin de ces réformes « anti-socialistes » !

Cette démocratisation du régime est donc de courte durée. L’Armée rouge et les troupes de quatre autres membres du pacte de Varsovie (Hongrie, Pologne, Bulgarie et Allemagne de l’Est) envahissent la Tchécoslovaquie dans la nuit du 20 au 21 août 1968 et mettent fin au Printemps de Prague.

Brisé par la répression, le Printemps de Prague a ensuite été récupéré par les réactionnaires pour en faire un événement anticommuniste. Alors même que c’était pour un « socialisme à visage humain » que manifestait la jeunesse tchécoslovaque.

Mais malgré la mémoire dénaturée par la classe dirigeante, il n’est pas dit que les opprimés du monde entier ne retrouveront pas tout naturellement le souvenir de ce joli Printemps de Prague.

Axel, [Nanterre]