Jeunesses Communistes Révolutionnaires

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L’exxplosion de 68 peut-elle se reproduire ?

mercredi 30 avril 2008, par Adrien

Les grands médias nous présentent mai 1968 comme une période d’agitation étudiante un peu violente mais centrée sur des problèmes « de société » comme la libération sexuelle. mai 1968 a en réalité prouvé qu’une grève générale débouchant sur un renversement du capitalisme était possible même dans un pays fortement industrialisé.

On nous présente aussi mai 1968 comme un événement sorti d’une époque qui n’a plus rien à voir avec aujourd’hui. Si on regarde le contexte économique de l’époque, il y a effectivement beaucoup de différences. Mais est-ce que cela prouve pour autant que la révolution est devenue impossible ?

Une période de prospérité et de paix dans les pays riches

Au sortir de la deuxième guerre mondiale, l’Europe était dévastée et le monde passe à deux doigts d’une troisième guerre mondiale en 1950 avec la guerre de Corée. Dans les années qui suivent, une « coexistence pacifique » s’installe entre URSS et USA.

Pendant les 30 années qui suivent la deuxième guerre mondiale, l’ensemble des pays capitalistes fortement industrialisés connaît une période de croissance durable et stable. Il n’y a pas de chômage de masse : moins de 3 % en 1968. Le niveau de vie des travailleurs augmente significativement, et la majeure partie des salariés d’Europe et des USA accède à de nouveaux biens de consommation (voiture, réfrigérateur, télé…). Ce n’est pas seulement le produit d’une évolution économique « naturelle », mais aussi de luttes sociales et de choix politiques de la classe dirigeante : comme elle fait des profits importants, elle choisit de faire des concessions aux travailleurs en leur cédant des droits sociaux (sécu, services publics, code du travail…), et aux peuples en cédant l’indépendance nationale sous l’impact des luttes anticoloniales.

Cela a amené un grand nombre de théoriciens à déclarer que les révolutions n’étaient plus possibles que dans les pays pauvres et dominés par l’impérialisme, comme la Chine, Cuba… La classe ouvrière occidentale n’était plus selon eux une force révolutionnaire car elle s’était intégrée à la « société de consommation ».

Les révolutions du passé

De plus, presque toutes les révolutions socialistes ou situations révolutionnaires du passé avaient eu lieu en conséquence :
- soit de guerres, comme en France en 1 871 avec la Commune de Paris, les révolutions russes de 1905 et de 1917, et les situations révolutionnaires en Grèce, Italie, France, Yougoslavie suite à la 2ème guerre mondiale.
- soit de crises économiques comme celle de 1929 qui avait débouché sur les affrontements révolutionnaires (France, Espagne, Allemagne…) des années 30.

L’idée dominante parmi les militants de gauche était que la révolution serait la conséquence d’une situation de type « catastrophique ». Peu nombreux étaient ceux qui continuaient à défendre la perspective révolutionnaire dans les vieux pays capitalistes.

Toute la période plus ou moins révolutionnaire autour de 68, tout particulièrement en Europe du Sud (Italie en 69, 73, 75, révolution portugaise en 74, Chute du Franquisme en 76 en Espagne…) marque le retour en force de l’hypothèse révolutionnaire… Au beau milieu de la plus longue période de prospérité que le capitalisme ait connue.

Mai 1968 et nous

Si le capitalisme a été ébranlé à l’époque, c’est qu’il peut l’être aujourd’hui.

Il est clair que par rapport à 68, il y a des difficultés supplémentaires : le chômage de masse et la précarité poussent les travailleurs à l’individualisme, la perte de puissance et de crédibilité des organisations du mouvement ouvrier et du projet socialiste qu’elles étaient censées défendre…

Mais cette même situation donne aux peuples et aux travailleurs encore plus de raisons de se révolter : qui peut aujourd’hui avoir envie de défendre un système comme le capitalisme de 2008 ? D’un côté, la résurgence du racisme, la multiplication des guerres, le spectre des catastrophes écologiques, la réalité de plus en plus violente de l’exploitation au quotidien, une offensive de plus en plus frontale contre nos droits de la part de la bourgeoisie... Et de notre côté, des luttes parfois massives, parfois victorieuses et une certitude : on ne pourra pas continuer à supporter cette situation éternellement. Ça explosera un jour ou l’autre, peut-être même bien plus fort qu’en 68…

Bruno, [Nanterre]