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Dernier album de Kery James :

« à€ l’ombre du Show-business  » : Fer de lance

mercredi 30 avril 2008, par Adrien

Après avoir été, au sein d’Idéal J, l’un des fers de lance du rap hardcore dans les années quatre-vingt-dix, après sa reconversion en artiste solo conscient et empreint de religion, puis un retour à l’étape précédente en tant que leader de la Mafia K’1Fry, Kery James revient prêcher la bonne parole avec son nouvel album, « A l’ombre du Show-business ».

À l’écoute des titres qui ont tourné en radio avant la sortie – Le combat continue 3, Banlieusards ou Vrai peura (le titre parle de lui-même et son interprète montre qu’il en est bien l’un des dépositaires) – on pouvait légitimement espérer un album lourd, remettant l’ensemble des protagonistes du hip-hop hexagonal à leur place.

Le premier titre confirme que Kery est toujours l’un des meilleurs MC du pays, alliant une écriture brute et un flow brutal et prophétique.

Quant à Banlieusards, qu’il définit lui-même comme « l’hymne des battants », des « prolétaires et banlieusards », de la « deuxième France », il s’agit d’un réel manifeste politique, dressant à nouveau un constat juste et froid sur les banlieues et prônant le volontarisme individuel, d’une part, et l’unité, d’autre part.

Extraits : « Parce qu’à ce jour y’a deux France, qui peut le nier ?

Et moi je serai de la 2ème France, celle de l’insécurité
Des terroristes potentiels, des assistés
C’est c’qu’ils attendent de nous, mais j’ai d’autres projets qu’ils retiennent ça
Je ne suis pas une victime mais un soldat
Regarde-moi, j’suis noir et fier de l’être
J’manie la langue de Molière, j’en maîtrise les lettres
Français parce que la France a colonisé mes ancêtres
Mais mon esprit est libre et mon Afrique n’a aucune dette
Je suis parti de rien, les pieds entravés
Le système ne m’a rien donné, j’ai dû le braver
Depuis la ligne de départ, ils ont piégé ma course
Pendant que les keufs me coursaient, eux investissaient en bourse
(…)
Mais l’espoir ne m’a jamais quitté
En attendant des jours meilleurs, j’ai résisté ».

Malheureusement, l’avant-goût ne reflète pas le gros de cet opus...

C’est musicalement que les attentes ne sont pas satisfaites, les morceaux alternant entre instrus « symphoniques » (sur le modèle de Banlieusards), où Kery ralentit son phrasé et perd en intensité, et instrus Dirty South (Foolek, Egotripes), qui montrent que ce style a décidément contaminé jusqu’aux tenants de l’originalité dans le rap.

Les featurings de Grand Corps Malade, Zaho ou Kayna Samet, montrent que si Kery James reste à l’ombre du show-biz, il cherche néanmoins à atteindre le public des 15-20 ans.
Mais malgré les choix musicaux parfois douteux que cela implique, il est indéniable que Kery James est devenu, par son message et son charisme, le grand frère que toute la nouvelle génération mérite d’avoir et se doit d’écouter.

David Bundy