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De Nice à Aix, le fascisme se renouvelle, la réaction doit être immédiate

dimanche 8 juin 2008, par Adrien

Paradoxalement, c’est à l’heure où le Front National, dépassé par Sarkozy et vieillit politiquement, est obligé de quitter son siège historique et s’installer à Nanterre, bastion de Mai 68, que la réflexion autour du travail antifasciste se renouvelle et doit reprendre de la vigueur. Il se développe actuellement, un peu partout en province, différents groupuscules néo-nazis, royalistes ou autres, occupant l’espace vacant laissé par la chute du FN. On citera principalement les Jeunesses Identitaires et ses affiliés (l’association SDF à Paris et la soupe au cochon, Alsace d’abord, Nissa Rebela ... ) mais également Action Française ou le RED. En quête de respectabilité politique et affichant un discours « 0 % raciste, 100 % identitaires », ce sont sur les terrains de la confrontation physique et politique qu’il faut distinguer notre lutte.

Sur ce premier terrain, nous n’avons pas pour habitude de s’y embourber. Pour cause, notre antifascisme est lié à notre lutte contre ce système, en tant que « jumeau » du capitalisme et diviseur des travailleurs, vaincre le fascisme c’est également lutter contre le système. C’est pourquoi, sans les condamner, nous n’avons pas pour habitude de nous mêler à des groupuscules gauchistes occupés essentiellement à faire de la chasse au facho. Pour autant, cela ne veut pas dire que lorsque notre espace militant va être envahi par la peste brune, nous ne nous défendrons pas, mais notre priorité restera de porter les valeurs de solidarité et d’internationalisme qui sont les nôtres comme barrière à l’extrême droite et ce, dans un cadre large, de masse.

Cette lutte, loin d’être une priorité au moment d’aujourd’hui, doit sans cesse nous préoccuper dans toutes les villes où nous sommes présents. Car, d’abord circoncis à Nice ou en Alsace, des processus de développement du bloc Identitaire apparaissent dans de nombreuses autres villes. Animés par des militants déjà formés, venus de Nice ou de l’ancien milieu royaliste, Aix a connu un développement fulgurant des JI, notamment sur la Fac de Droit, certains lycées (privés ou militaires) et le milieu catholique. Précis et prudents, les nazillons deviennent désormais un problème de sécurité majeur pour les militants et ce, au quotidien. Décomplexés et cultivant leur image, leurs tractages se multiplient avec comme thématique récurrente la chasse à l’extrême gauche. Agressifs mais conscients de leur faiblesse numérique, ils organisent des Fight Club pour « ne plus être seuls face à la racaille » mais se dissocient, en tout cas officiellement des bonehead et des ratonnades. Ce qui ne les empêchera pas de se promener équipés de matraques télescopiques et des bombes lacrymos.

La réaction du milieu antifa déjà existant s’est faite immédiate mais peu efficace : des affrontements ont eu lieu mais ressemblant plus à une guerre de gang qu’à une lutte politique publique. Désormais, il importe pour nous d’impulser un réseau antifasciste fort et dynamique. C’est l’expérience que nous tentons actuellement, animé à l’origine par la riposte de masse des militants et jeunes des quartiers durant le mouvement lycéen qui a permis que les identitaires se tiennent calmes depuis et ne manquant qu’un apport politique. Notre objectif doit être maintenant de reperdre ce que nous avons perdu sur le terrain idéologique et ne pas faire comme à Nice, où les camarades ont attendu plusieurs années pour tenter de réagir. Les nazis ont pu récupérer à leur compte l’histoire populaire régionale, recruter plus d’une centaine de militants (entre 100 et 180 personnes, soit autant que toute la jeunesse d’extrême gauche réunie, MJS compris, auxquels il faut ajouter les sympathisants supporters de l’OGCNice) et afficher de meilleurs scores électoraux que la LCR.

C’est également l’objectif premier du réseau lancé il y a maintenant un mois. Mais les limites apparaissent déjà quant à la composition politique de celui-ci : CNT – AL – LCR et sympathisants. Le nombre de militants ainsi réunis nous permet bien de nous protéger mais le contenu politique apparaît comme inutilement gauchiste et incapable de réunir largement. Cela posera à terme des problèmes d’épuisement des camarades mais également un problème d’image donnée à la population aixoise, auprès de laquelle nous sommes loin d’être populaires à la faible et relative exception de la Fac de Lettres. Cela étant dit, nous nous retrouvons contraints par la faiblesse des autres organisations ou leur manque d’intérêt à la cause. C’est donc sur de nouveaux terrains que nous devons nous élargir, celui des quartiers, des lycées ou des salariés, nous massifier et par là élargir le milieu militant jeune. À la condition bien sûr d’éviter la formation du réseau sur des bases de « lutte pour le socialisme ». Ceci ne remet pas en cause notre analyse : le fascisme est inextricablement lié au capitalisme, il s’agit là d’un obstacle majeur à la lutte des classes et au projet révolutionnaire mais choisir ces bases comme publiques nous enfermera sur le seul milieu révolutionnaire, laissant les JI se développer d’une façon aussi fulgurante et nous empêchant d’avoir une autre riposte efficace sur les niveaux médiatiques, politiques ou judiciaire.

Si les débats stratégiques paraissent difficiles, l’enjeu reste de taille et le même partout ailleurs : éviter de les voir parader librement comme à Nice (jusque dans l’organisation de manifs en pleine ville) ou voir les soupes au cochon se multiplier comme à Marseille, ville cosmopolite par excellence. Mais tout cela a déjà commencé ...

Kevin, [Aix]