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L’impérialisme français à l’heure du remodelage impérialiste

samedi 25 octobre 2008, par Adrien

Alors que le candidat
Sarkozy évoquait la
nécessité de retirer
les troupes françaises
d’Afghanistan, qui
n’avaient « rien à y faire », le président
Sarkozy a annoncé, au lendemain de l’embuscade
du 18 août 2008 qui a coûté la vie
à dix soldats français lors d’une opération
dont les conditions et la préparation continuent
de faire débat, le renforcement du
contingent français dans cette zone à l’instabilité
croissante. Il va ainsi dans le sens de
la fuite en avant dans la solution militaire
voulue par Bush, mise en oeuvre à travers
l’OTAN et destinée à contrôler l’Afghanistan,
contrôle dont l’importance s’accroît au furet-
à mesure que le Pakistan voisin devient
un allié de moins en moins fiable pour les
occidentaux en général et les USA en particulier.
Sarkozy honora alors sa réputation
d’atlantiste convaincu.
Pourtant, deux semaines plus tôt, le
même Sarkozy, cette fois président de l’UE,
n’était pas loin d’être considéré comme
un homme de paix, grâce au plan destiné
à mettre fin à l’intervention militaire
russe en Géorgie : il aurait réussi à obtenir
la promesse d’un retrait (improbable)
des troupes russes, tout en calmant les
ardeurs de la frange la plus dure de l’administration
étasunienne, dont certains souhaitaient
tout simplement l’intervention en
territoire géorgien de l’OTAN, organisation
à laquelle ce petit pays à l’emplacement
stratégique est candidat.
Plus que des contradictions du président
français, ces deux épisodes d’un été agité
sur le front de la politique internationale
témoignent du niveau croissant de tension
entre les puissances traditionnelles
et leurs organisations (OTAN et UE), et les
puissances dites émergentes.
La fin de « la fin
de l’histoire »
En 1991, la désintégration de l’URSS,
conséquence de la crise économique mondiale
combinée à la course aux armements
imposée par les USA, était censée laisser
le champ libre à ce qui était désormais
l’unique superpuissance mondiale pour se
redéployer et mettre en place son hégémonie
sur les marchés mondiaux. La première
guerre du Golfe marquait le début de cette
période où les USA pouvaient désormais
se permettre d’intervenir militairement
pour contrôler, directement ou indirectement,
une zone stratégique majeure, sans
craindre de déclencher un conflit avec une
puissance comparable.
La disparition du
Pacte de Varsovie,
« ennemi naturel »
de L’OTAN, organisation
militaire
créée dans le contexte
de guerre
froide consécutif à
la seconde guerre
mondiale, amena
le rôle de celle-ci
à être reconsidéré
par les pays occidentaux.
En premier lieu,
il s’agissait pour
l’alliance d’empêcher
l’émergence
d’une nouvelle
superpuissance, et
donc de commencer
par contrer une possible résurgence de
la Russie, en intégrant ses anciens pays
satellites (Pologne, pays Baltes, république
Tchèque, etc.). Les tensions autour de
la mise en place en Europe de l’est d’un
bouclier antimissiles soi-disant destiné
à protéger l’OTAN d’éventuelles frappes
iraniennes, illustrent la volonté d’encercler
militairement la Russie.
L’instabilité du Moyen-Orient pousse
les dirigeants occidentaux à chercher à
diversifier leurs sources d’approvisionnement
en ressources naturelles. L’accès
aux hydrocarbures de la mer Caspienne,
assuré par la Géorgie, explique aussi bien
la volonté des Occidentaux de contrôler
ce pays et de lui faire intégrer l’OTAN, que
l’intervention russe qui visait à la fois à briser
son encerclement militaire, à protéger
son seul accès direct au Moyen-Orient, et
à garder un moyen de pression sur l’UE,
dont l’approvisionnement en gaz dépend
en grande partie de la Russie.
De structure de défense de la zone euratlantique
face à la défunte URSS, l’OTAN
a tendance à devenir une structure vouée
à intervenir partout où les intérêts des
États-Unis sont menacés, ou à s’implanter
dans les zones stratégiques. Il n’est
pas anodin de
constater que
l’occupation de
l’Afghanistan,
pays se situant
au carrefour du
Moyen-Orient
et de l’Asie, est
la première et
la seule à ce
jour à avoir lieu
sous l’égide de
l’OTAN.
UE et
OTAN
Alors qu’au
début des
années 1990
rien ne semblait pouvoir entraver l’hégémonie
de « l’empire américain », la modification
consécutive à la crise économique
de la division du travail à l’échelle internationale
a entraîné l’émergence de puissances
économiques dont l’importance
ne cesse de croître sur le marché mondial
(Chine, Inde, Brésil, et… Russie). Les dirigeants
étasuniens cherchent à compenser
le déclin de leur puissance économique
réelle (que la récente crise financière vient
de confirmer) par une politique étrangère
belliciste et unilatérale : les USA disposent
pour cela non seulement de l’armée la
plus puissante que le monde ait jamais
connu, mais aussi de l’allégeance d’un
certain nombre de dirigeants de petits
pays à travers leur intégration à l’OTAN,
outil qu’ils maîtrisent totalement, et qui
est parfaitement adapté à une politique
étrangère unilatérale.
Mais l’incapacité des USA à stabiliser
la situation internationale et à trouver
des solutions viables à la crise économique
entraîne des divergences avec des
puissances qui leur semblaient pourtant
inféodées. Les tergiversations de nombreux
pays de l’UE par rapport à l’attitude
à adopter vis-à-vis de la Russie témoignent
des questions stratégiques que se posent
les dirigeants européens : dans quelle
mesure les intérêts des bourgeoisies européennes
et américaines sont-ils autonomes,
et dans quelle mesure leur défense
amène-t-elle des réponses différentes ?
Pour l’instant, les grandes puissances
européennes se sont attelées, notamment
à travers la constitution européenne, à
construire une structure politique capable
d’incarner l’Europe puissance et de concilier
les intérêts de ses pays membres. Un
des aspects de cette construction européenne
est la mise en place d’une armée,
qui intervient d’ores et déjà en Afrique,
sous l’impulsion de la France… Qui dans
le même temps annonce sa réintégration
dans le commandement militaire intégré
de l’OTAN.
L’UE voulue par Sarkozy et ses prédécesseurs
est pour l’instant l’outil politique
pour attaquer les droits des travailleurs
européens, tandis que l’OTAN reste,
malgré leurs divergences ponctuelles, le
bras armé des grandes puissances pour
imposer les intérêts d’une minorité contre
d’autres peuples.