Jeunesses Communistes Révolutionnaires

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Les JCR et la LCR à Evian

lundi 16 juin 2003, par Antoine

Depuis quelques semaines, de nombreuses rumeurs courent sur l’attitude des JCR pendant la mobilisation contre le G8 d’Evian, ainsi que sur les collectifs Agir contre la guerre et Socialisme par en Bas. L’objectif de ce texte est de répondre à une série d’interrogation, même s’il sera sans doute nécessaire de poursuivre la discussion pour cerner les désaccords et avancer quand à nos objectifs politiques.

Des objectifs politiques communs.

Les objectifs des JCR et de la LCR pour ce G8 n’ont pas été très différents, bien au contraire. Nous avons fait le même type de choix et le même type d’erreurs. Même s’il y a peu de textes précisant ceux de la LCR, voici ce qui nous paraissait le plus important, et qui était commun à nos deux organisations. Nous voulions construire la mobilisation contre le G8 la plus massive possible, participer à des actions de blocage exprimant notre refus que le G8 se tienne et participer aux différentes facettes d’un contre sommet où nous pourrions avancer nos idées. Quand aux mots d’ordre que nous voulions mettre en avant, il s’agissait de dénoncer le rôle du G8 dans les guerres dans le monde et de faire le lien avec les luttes sociales en cours, notamment en France (cf. l’article d’Aguirre dans Rouge du 15 mai). Ces objectifs ont été déclinés dans une situation difficile, où la mobilisation était loin d’avoir l’ampleur que nous souhaitions, et dans un mouvement très divisé dès le départ. En particulier, nous avons surestimé la mobilisation en Suisse et la possibilité de convaincre ceux qui mobilisaient en France que c’est à Genève qu’il fallait mobiliser. Cela nous a conduit à intervenir le samedi à Annemasse, pour être là où la mobilisation était la moins faible.

Nous avons privilégié les actions les plus massives, ce qui nous a conduit à pousser à ce que nos collectifs participent à la manifestation de Genève, à priori la plus importante et celle qui regroupait des militants venus de différents pays. Nous voulions par ailleurs participer à des actions de blocage qui serait symboliquement les plus dangereuses pour le G8. A posteriori, aucune des actions de blocage (à part peut-être à Lausanne, où la mobilisation était très faible) n’était dangereuse, puisqu’à Genève le cadre unitaire nous maintenait éloignés du lieu de passage des « saigneurs du monde » et qu’à Annemasse, on bloquait une sortie de secours, mais les actions à Genève étaient tout de même bien plus symboliques pour empêcher la tenue du G8, ce qui a poussé la LCR à mobiliser le SO et la plupart de l’organisation dans cette ville et les JCR à tenter de convaincre dans leurs collectifs qu’il fallait se rendre à Genève pour participer aux actions de blocage le dimanche matin.

Pour avancer nos idées dans le mouvement, nous avons tenté d’intervenir comme organisations, avec des difficultés indéniables dues à la dispersion des militants de notre courant et aux erreurs d’anticipation de nos directions. Nous avons organisé des meetings là où nous mobilisions (un meeting JCR-LCR au Village Intergalactique, un meeting LCR avec les JCR à Annemasse, participation des JCR à un meeting des jeunes révolutionnaires à Genève), et tenté de faire apparaître notre courant dans les cortèges et les débats. Nous avons aussi tenté de faire apparaître une alternative politique à l’échelle internationale en nous associant avec d’autres organisations révolutionnaires pour réaliser des meetings et une succession de cortège. Nous reviendrons plus loin sur les problèmes que cela a pu poser.

Dans l’ensemble, malgré des erreurs d’appréciation communes et un commun manque de cohésion, nous avions les mêmes objectifs, même s’il y a pu y avoir des différences dans la façon de les avancer.

Alors, qu’est ce qui cloche ?

Si l’on veut avancer politiquement dans le débat, il faut dès le départ évacuer une série de faux problèmes, qui ne peuvent pas être interprétés autrement que comme des mensonges de quelques-uns de nos camarades ou des façons de biaiser le débat politique de manière déraisonnable. Répondre à ces accusations n’est pas ce qu’il y a de plus constructif non plus, mais on ne peut pas laisser dire certaines choses sans y opposer ce qui s’est réellement passé.

« Les JCR ont organisé un meeting à Genève, avec Speb, le SWP et le MPS pour concurrencer le meeting de la LCR à Annemasse. »

Nous avions prévu initialement un meeting des jeunes révolutionnaires (JCR, Speb, jeunes du SWP, jeunes du MPS, et éventuellement des jeunes italien et espagnol de la 4e Internationale) au Village intergalactique. L’analyse que nous avons eu à un moment donné que la mobilisation serait plus fort à Genève nous a fait modifier le lieu du meeting là où se trouverait le gros des troupes (tout le monde sauf une partie des français) et à organiser un meeting au Village, mais un meeting simplement JCR-LCR. Au final, la plupart des français se retrouvant à Annemasse, nous n’avons fait qu’envoyer un camarade faire l’intervention à Genève, tandis que nous mobilisions pour les meetings en France. Par ailleurs, au passage, le reproche qui a été fait aux JCR de ne pas avoir invité les jeunes de SolidaritéS, l’autre organisation avec le MPS à être proche de la IV, a été corrigée puisque nous avons invité leur organisation de jeunesse, Révolution, qui n’a pas répondu à notre invitation.

« Agir contre la guerre, les JCR et Speb ont eu un comportement agressif au Village intergalactique. »

Le premier argument est qu’ACG a réveillé le village à quatre heures du matin pour se rendre à Genève la dimanche. Peut-être y avait-il une meilleure méthode, que nous aurions pu défendre au sens d’ACG mais celle-ci ne nous a pas paru mauvaise puisque le réveil était prévu à quatre heure pour l’ensemble des blocage prévus dans le village (pour Annemasse comme pour Genève). Le deuxième est qu’ACG a fait une AG à l’entrée du village pour décider si elle y participerait. A nouveau, on peut imaginer une meilleure façon de faire, mais cela nous était difficile étant donné que les organisateurs du village voulaient obliger ACG à recevoir les instructions de fonctionnement du village par groupe de cinquante puis de se disperser ou d’aller dans le « barrio » anti-guerre. Une AG étant prévue depuis le départ pour décider si, au final, nous allions à Genève ou à Annemasse, elle a alors été faite au plus tôt si ce n’est au mieux.

Pour ce qui concerne le « no logo », c’est-à-dire l’interdiction de faire du prosélytisme pour les organisations dans el village, il s’est révélé être bien plus que cela. Au-delà du fait qu’il nous semble incroyable de vouloir interdire les logos d’organisations (ce qui n’est d’ailleurs pas tout à fait vrai, puisqu’il a tout de même été possible de faire un meeting JCR-LCR avec Olivier dans le village), en les comparant aux marques des grandes multinationales (Le livre No Logo est en effet une attaque contre celles-ci), lesquelles n’étaient évidemment interdite, le « no logo » a été surtout un prétexte pour avoir une attitude agressive permanente contre ACG : refus que les militants portent des autocollants, qu’ils diffusent UN tract (alors que d’autres groupes faisaient des appels au mégaphone ou accrochaient des affiches…). ACG n’a donc pas respecté le « no logo », mais ni plus ni moins que la LCR et les JCR.

Pour ce qui concernerait une agressivité générale qu’auraient eu les militants d’ACG pour convaincre le maximum de participants au Village intergalactique d’aller à Genève, elle est d’une part surévaluée, et par ailleurs, nous pensons que c’est l’absence de cadre de débats et de démocratie dans le Village (soi-disant autogéré) qui ne permettait pas de convaincre autrement qu’en allant rencontrer les autres participants (rencontres qui sont par ailleurs a priori un des buts du village…).

Quand à l’agressivité des JCR ou de Speb, les camarades qui formulent des critiques sont bien incapables de fournir des exemples.


« ACG n’est pas démocratique et est manipulée par Speb et les JCR ».

Le seul fait sur lequel repose cette accusation est que les cars d’ACG devaient aller à Genève et qu’ils sont finalement allés à Annemasse, au Village intergalactique, preuve d’opportunisme de la direction. Pour rétablir la réalité, il faut savoir qu’une AG était prévue à la dernière aire d’autoroute avant la frontière pour décider de la destination finale et que celle-ci n’a pas pu avoir lieu an raison du droit du travail des chauffeurs et que ceux-ci nous ont emmenés d’après les décisions de leur patron, PAS DE CELLE D’ACG, à Annemasse, comme la police leur avait demandé de faire. Une AG a donc eu lieu dès notre arrivée pour décider si nous restions à Annemasse le samedi ou si nous repartions dès que possible pour Genève. Cette AG a duré plusieurs heures, ce qui n’est pas une preuve d’anti-démocratie, et conclue par un vote à deux tiers contre un tiers, ce qui ne prouve pas non plus qu’il y ait eu manipulation. Les JCR et Speb ont poussé pour qu’ACG reste à Annemasse le samedi pour convaincre d’aller à Genève le dimanche (l’orientation commune à l’ensemble des militants de la LCR et des JCR, jusqu’à preuve du contraire). Par ailleurs, les manipulateurs que sont censés être Speb sont encore en discussion aujourd’hui pour savoir s’il ont poussé dans la bonne direction à cette AG…


« Les JCR et ACG ne sont intervenus que sur la guerre ».

Pour Agir contre la guerre, pour le coup, cela aurait été de la manipulation calamiteuse de pousser à ce qu’elle intervienne sur autre chose que la guerre (même si le lien a quand même été fait à la marge avec les questions sociales). Pour ce qui concerne les JCR, nous avons tourné notre intervention essentiellement sur la question de la guerre, en continuant à expliquer par ailleurs le lien avec l’ensemble des luttes sociales, la nécessité de changer de société, etc. Ce choix s’est révélé juste puisque, à une échelle de masse, le G8 est bien apparu comme une réunion de réconciliation entre Bush et Chirac après l’épisode de la guerre en Irak, et avant les nouveaux évènements en Palestine et au Congo. Par ailleurs, les JCR n’ont pas été les seuls puisque la banderole de la LCR à Genève était « Bush, saigneur du monde », thème qui n’est pas éloigné de ce que nous avons défendu…

Les vrais problèmes

Une fois ces problèmes évacués, essayons de cerner les véritables problèmes politiques.

Le Village intergalactique ne permettait pas le débat politique : interdiction de se convaincre d’un « barrio » à l’autre sous peine d’être accusé de ne pas respecter le « no logo », tandis que les « AG inter-barrios » étaient des mascarades de démocratie puisqu’un nombre très réduit de personnes s’y rendaient, pour ne discuter que de questions techniques. Les seuls forums et débats centraux qui ont eu lieu au village l’ont été sur proposition des JCR, de Speb et d’ACG (oui !!), contre l’avis au départ de la direction du village, qui souhaitait que chaque « barrio » organise ses propres débats ! Dans un cadre soi-disant autogéré et où les décisions auraient été prises au consensus, il n’a jamais été possible de discuter de la remise en cause de principes établis en amont du Village par quelques militants sans être accusés de vouloir remettre tout en cause. Alors, même si la forme pouvait se discuter, et nous devons effectivement faire des bilans, sur le fond, la confrontation était inévitable.

Il est difficile de cerner les désaccords politiques car, sur le principe, tout le monde était d’accord sur le fait qu’il fallait être là où il y aurait le plus de monde le samedi (« être dans le mouvement ») et se rendre à Genève le dimanche. Il nous semble que les différences qui sont apparus avec une série de camarades sont de deux ordres.

Le premier est que nous avons tenté de mettre en pratique ces principes en tentant de convaincre plus largement que les militants de l’organisation, avec pour conséquence des batailles politiques difficiles à mener dans un cadre qui les freinaient. La LCR a résolu le problème en faisant partir les militants le samedi soir, une partie des militants restant à Annemasse pour rester avec leurs collectifs. Au niveau des JCR, la bataille n’a pu être menée que de façon limitée, là où nous avions un outil un peu massif en accord sur ce fond, à savoir ACG sur la région parisienne.

Pour nous, la priorité n’était pas le Village intergalactique. Celui-ci s’adressait à une frange limitée et radicalisée de la jeunesse, par ailleurs bien loin de ce que nous avons vu à Millau ou à Nice. Notre priorité a été de mobiliser le plus largement possible pour la manifestation de masse, de mener le débat pour convaincre de participer aux actions de blocage et au troisième plan de participer aux différentes formes du contre sommet. En effet, les JCR sont essentiellement une organisation d’action, qui propose aux jeunes de lutter, de se mobiliser avec aux, pas essentiellement de débattre, même si cela fait aussi partie de nos préoccupations.

Nous avons pris des contacts depuis des semaines pour voir s’il était possible d’organiser un pôle anti-impérialiste dans la jeunesse dans cette mobilisation. Cela s’est révélé compliqué, notamment parce que la mobilisation en Espagne et en Italie a été quasiment nulle. Finalement, il y a bien eu un pôle anti-impérialiste dans la manifestation de Genève (ce qui nous convainc une fois de plus que c’est là qu’il fallait être) avec Globalize Resistance, le SWP, ACG, le MPS, la LCR, SolidaritéS. ACG s’est glissé où elle a pu dans l’ordre des cortèges, en évitant (malgré la proposition de Globalize Resistance…) de se retrouver devant ou, pire, derrière GR, et en laissant vingt-cinq bons mètres de distance entre le cortège d’ACG et celui du SWP pour éviter les confusions… Un échec relatif, mais où nous avons surtout eu l’impression d’être un peu seuls à tirer dans ce sens.

Des désaccords qui devraient être amenés à disparaître

Les désaccords qui sont apparus n’ont été en grande partie par des désaccords sur les principes généraux de ce que nous avons à défendre dans le mouvement. Les problèmes nous semblent être venus essentiellement de la faiblesse et de la division de la mobilisation dès le départ, qui ont renforcé les problèmes. Un désaccord subsiste tout de même avec quelques camarades de la LCR, qui souhaitent, et cela depuis quelques années, construire dans la jeunesse (bien que n’étant plus jeunes eu même depuis à peu près autant de temps) une organisation radicale autour de la mondialisation qui ne soit ni une organisation politique, ni une organisation de masse. C’est dans ce but qu’ils ont tenté de structurer Vamos en lui donnant un nom et des statuts, et qu’ils tentent aujourd’hui de constituer divers réseaux, sans malheureusement assumer politiquement leur orientation dans la LCR.

Nous ne pensons pas que l’on puisse diviser entre le mouvement anti-guerre et le mouvement contre la mondialisation capitaliste : les dernières mobilisations ont prouvé qu’elles sont maintenant totalement imbriquées.

Antoine (BN)