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Elections aux à‰tats-Unis : déroute de l’administration Bush

vendredi 12 janvier 2007, par JCR-RED

Le succès des Démocrates aux élections législatives de mi-mandat est un désaveu de la politique incarnée par George W. Bush. La population a profité de ces élections pour protester contre la guerre en Irak, mais aussi contre l’aggravation de son niveau de vie. Bush n’a pas minimisé la défaite en parlant de « raclée pour son parti. » Et d’annoncer quand même une « nouvelle perspective », qui pour l’heure se traduit par la « démission » de Donald Rumsfeld, secrétaire américain à la Défense (tenu pour principal responsable de la torture pratiquée par l’armée), et la main tendue aux Démocrates, qui sont dans une même stratégie impérialiste.

Le ras-le-bol des licenciements et des bas salaires

Si les Démocrates ne sont pas prêts à léser les intérêts des capitalistes, ils ont utilisé dans leur campagne des formules faisant écho au mécontentement populaire. Dénoncé les « PDG surpayés », « les profits excessifs des groupes pétroliers », « l’explosion des prix des médicaments »... Ils se sont engagés à revaloriser le salaire minimum fédéral qui en neuf ans, a perdu près de 20% de son pouvoir d’achat (mais il faut préciser que ce salaire plancher concerne moins de 5% des salariés américains) ; engagés aussi à un encadrement du prix des médicaments... dont un expert estimait, serein, que « les aboiements seront plus forts que les morsures. » Et pour ce qui est des licenciements (200 000 emplois industriels perdus dans l’Ohio depuis 2001, par exemple), les Démocrates se contentent d’une démagogie à relents chauvins contre les délocalisations et pour la défense des « salariés américains. » Ce n’est donc pas une nouvelle majorité Démocrate qui changera quoi que ce soit. La population continuera de payer cash la politique guerrière de et les restrictions, la stagnation du pouvoir d’achat, la hausse des dépenses médicales et des dépenses scolaires.

Le ras le bol d’une politique anti-immigrés

Les récentes mobilisations massives contre la loi sur l’immigration ont également pesé dans ce scrutin. Des manifestations rassemblant des dizaines de milliers de personnes ont eu lieu dans de nombreuses villes (Denver, Phoenix, Milwaukee…). Les mesures les plus répressive allant jusqu’au blocage de prestations sociales ou de bourses scolaires. La construction du mur séparant le Mexique des États-Unis va dans le même sens.

Le ras-le-bol de la guerre en Irak

La première raison du revers électoral des Républicains n’en reste pas moins l’enlisement de l’armée en Irak, avec déjà 2800 morts parmi les soldats américains. Préoccupation majeure pour les nombreuses familles qui voient revenir des cercueils. Mais casse-tête aussi pour la classe dirigeante qui ne sait plus comment sortir du chaos sanglant qu’elle a engendré.
Il y a peu, Bush reconnaissait publiquement l’ampleur du désastre militaire, en comparant la situation à celle de la guerre du Vietnam. Cela fait déjà quelques mois que les dirigeants discutent d’une nécessaire réorientation. La victoire des Démocrates est une occasion pour la mettre en œuvre.

Première victime expiatoire, donc : le très ultra Rumsfeld, déjà isolé aussi bien dans la hiérarchie militaire que dans les services de renseignement. Sa démission laisse la place à Robert Gates, ancien conseiller à la Sécurité nationale pendant la première guerre du Golfe, ancien directeur de la CIA qui avait cosigné un rapport prônant « une nouvelle approche » de l’Iran. Les remaniements de personnes semblent surtout l’occasion pour les Démocrates d’accepter de se prêter au jeu de la cohabitation pour assumer ensemble la politique internationale des États-Unis. C’est-à-dire le maniement du gros bâton, toujours et encore.

À ce jour, les Démocrates sont prêts à collaborer, à montrer qu’ils sont des chefs responsables de la politique américaine. La collaboration ne date pas des élections. En mars dernier déjà, la « Commission Baker » comprenant dix personnalités, républicaines et démocrates confondues, avait été nommée pour « mettre à plat la stratégie américaine. » Déjà, il était dans l’air, non pas d’arrêter la guerre ou d’entamer immédiatement le retrait des troupes, mais de s’orienter vers de nouveaux moyens de contrôle de la région (et des intérêts pétroliers américains) qui impliqueraient un terrain d’alliance avec l’Iran, la Syrie, et bien sûr Israël. Gageons que c’est pour discuter de l’affaire que Ehoud Olmert a été convié à Washington. Gageons aussi que c’est pour confirmer le sens du vent, que Tony Blair vient de tenir des propos publics en faveur d’une « stratégie globale » au Moyen Orient.

On peut se féliciter de cette déroute de l’administration Bush, qui s’inscrit en lien avec un renouveau des luttes aux États-Unis et dans le rapport de force qui évolue en faveur de la résistance anticapitaliste grâce à l’émulation populaire qui gagne progressivement toute l’Amérique latine.

Alex, [Marseille]