Jeunesses Communistes Révolutionnaires

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Rap & Révolution...

Keny Arkana

La Rage du Peuple !

vendredi 12 janvier 2007, par JCR-RED

Keny Arkana est aujourd’hui une figure incontournable du rap underground français. Depuis 1996, lorsqu’elle a commencé à rapper à Marseille, sa ville natale, dans le foyer où elle vivait, elle a fréquenté l’atelier de la Friche de la Belle de Mai, puis les collectifs Mars Patrie et Etat-Major. C’est en 2003 qu’elle commence sa carrière en solo. Son album L’Esquisse (16 titres) est sorti l’année dernière, sur le label La Callita dont elle est une des fondatrices.

La révolution au bout du micro

Ses lyric expriment à la foi un témoignage du monde dans lequel on vit et une révolte teintée de l’espoir d’un monde meilleur. Le titre « La rage » illustre cela parfaitement : « Parce qu’on a la rage, on restera debout quoi qu’il arrive / La rage d’aller jusqu’au bout et là où veut bien nous mener la vie /
Parce qu’on a la rage, on pourra plus s’taire ni s’asseoir dorénavant on s’tiendra prêt parce qu’on a la rage, le coeur et la foi ! (...) /
Parce qu’on a la rage, rien ne pourra plus nous arrêter, insoumis, sage, marginal, humaniste ou révolté ! »

Le rap comme moyen d’expression

Aujourd’hui, la musique de Keny Arkana ne cesse de se diffuser, par divers biais. Le clip de « La Rage », montrant des images d’émeutes et de manifestations au son de « La rage du peuple », est notamment un biais de popularisation dans tous les milieux, via Internet.
Une telle rappeuse nous rappelle que le hip-hop, loin de l’image stéréotypée des rappeurs hyper-sexistes uniquement attirés par l’appât du gain, reste la musique des quartiers populaires, un moyen d’expression pour la jeunesse, notamment pour ses franges les plus opprimées : Keny Arkana est issue de l’immigration argentine, son histoire se retrouve dans des titres oscillants, comme elle le dit, « entre ciment et belle étoile. ». La colère, la dureté du milieu d’un côté, l’espoir et la foi de l’autre.

Nouvel album

C’est d’ailleurs le titre de son prochain album, qui sortira le 16 octobre, accompagné d’un DVD documentaire « Un autre monde est possible ». Keny Arkana nous montre ainsi que rap et politique sont en fait difficilement dissociables !

JB, [Nanterre]

Pour avoir toutes les news : www.keny-arkana.com

Interview de Keny Arkana

Red : Qu’as-tu pensé de la révolte de novembre ?

Je pense qu’il y avait beaucoup de rage, mais il manquait le côté canalisateur. Comme dirait quelqu’un qui s’appelle Jessy, aujourd’hui il y a besoin de révolutionnaires. Ce qu’on voit, c’est qu’il y a la matière première, la rage, et c’est réel, cette colère n’était pas gratuite, elle état légitime. Si on arrive à comprendre cette rage, on peut en faire quelque chose de bien et ce serait super positif pour tout monde.

Red : Qu’as-tu pensé du mouvement contre le CPE, qui a fait suite au mouvement des banlieues ?

Ce mouvement aussi était plus que légitime, mais avant il n’y a pas eu que le mouvement des banlieues. Il y a eu les luttes contre les privatisations à la SNCM, à EDF... Le problème, c’est qu’on voit qu’il y a plein de mouvements contre les nouvelles lois qui sortent, mais maintenant il faudrait penser à unifier tout ça ! Il faut taper tous en même temps sur le même clou !

Red : Que penses-tu de la loi CESEDA et du mouvement des sans-papiers ?

Ce que je pense c’est que la France entre totalement dans le néolibéralisme, que le néolibéralisme entraîne l’insécurité sociale, le chômage, les privatisations et le racisme. Beaucoup de gens vivent en France depuis 30 ans et devraient être régularisés depuis 20 ans. On peut faire un parallèle entre CPE et CESEDA : l’objectif de tout cela est toujours de créer une main d’oeuvre moins chère et flexible. T’embauches quand t’as besoin, tu vires quand t’as plus besoin... Comme pour les sans-papiers qui sont obligés de taffer au noir pour survivre.
Sarko fait le programme du FN alors qu’il n’est même pas président. Les gens devraient voir qu’en fait il fait déjà de la déportation en renvoyant les gens dans leur pays d’origine !

Red : Que penses-tu de la guerre au Liban et de l’envoi de troupes de l’ONU avec la participation française ?

Pour moi, Israël n’est en fait qu’un Etat terroriste et illégitime. Cela ne fait d’ailleurs pas de moi une antisémite. Je suis d’origine argentine et si je veux dire fuck au gouvernement argentin, cela ne veut pas dire que je suis contre le peuple argentin, mais que je suis contre la politique que ses dirigeants veulent mettre en place. Le Hezbollah n’est pas du tout une organisation terroriste. C’est une organisation qui défend et protège le peuple libanais contre l’agresseur israélien. Israël ose détruire Beyrouth alors qu’ils ont mis dix ans à reconstruire... ça me véner ! Le terroriste, ce n’est pas le Hezbollah, c’est l’Etat d’Israël !

Red : Quelle est ton opinion par rapport à ce qui se passe en Amérique latine, suite de la crise en Argentine, Venezuela, Bolivie, etc. ?

En Amérique latine, il y a cette conscience collective qu’il faut faire changer les choses. C’est pour cela que tout est en train d’évoluer là-bas. Cette conscience collective est de plus en plus forte. C’est pour ça que les mouvements sont de plus en plus radicaux, c’est pour ça qu’on voit que si les gens s’unissent, il n’y a que comme ça qu’ils gagneront, et c’est la seule solution !

Propos recueillis par Ernesto, [Nanterre]

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