Jeunesses Communistes Révolutionnaires

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PSA Aulnay : bilan d’une grève exemplaire

mardi 8 mai 2007, par RED

Le 10 avril 2007, 500 travailleurs de
PSA Aulnay votaient la reprise du
travail après six semaines de grève.
Le site d’Aulnay n’avait pas connu de grève
aussi dure depuis 1982. Les grévistes, s’ils
ont obtenu quelques aménagements locaux,
n’ont pas réussi à faire plier le groupe PSA
sur leurs principales revendications (300 €
d’augmentation, embauche des intérimaires,
départ des anciens en retraite). Mais, selon
eux, la victoire est ailleurs.

D’abord, une nouvelle génération militante
a émergé dans l’usine : les jeunes
salariés, appuyés par l’expérience des
anciens, ont joué le rôle moteur dans la
grève. Par ailleurs, fait remarquable, une
cinquantaine d’intérimaires ont participé
au mouvement, malgré la précarité de leur
situation.

De plus, le mouvement a fait tâche
d’huile. Tandis que les grévistes se déplaçaient
sur plusieurs sites pour populariser
le mouvement, de nombreux débrayages
ont eu lieu dans différentes usines
du groupe (St-Ouen, Poissy, Sochaux,
Mulhouse, Rennes…) et d’autres grèves
ont éclaté chez des sous-traitants (Lear à
Noisy-Le-Sec, Gefco à Survilliers, Lajous
à Compiègne). Les bas salaires et les
cadences infernales n’existent pas qu’à
Aulnay… la colère non plus. C’est ce qui
explique d’ailleurs l’ampleur de la solidarité
qui s’est manifestée à l’égard de la
grève (180 000 euros récoltés).
Mais le plus important, ce sont les expériences
et les liens qui se sont tissés entre
les grévistes au cours de ces six semaines.
Pendant la grève, François, militant CGT
et Lutte Ouvrière, déclarait déjà : « Avant
il y avait des petits groupes de 5-6 dans
l’usine, là maintenant c’est 400. Pour la
direction, après la grève, ça va être très
difficile à gérer. Le plus important c’est
d’abord que les gars qui font grève aient
appris à s’organiser eux-mêmes. Après, le
délégué on ira le chercher pour des trucs
où il faut vraiment un délégué mais sinon,
dès qu’il y aura un chef qui ira faire chier
un gars, à une dizaine ou à quinze ils iront
eux-mêmes. Même si à la fin de la grève on
n’a pas grand-chose, de toute façon on a
déjà gagné… et on prépare l’avenir ».

Loin d’être morose, la reprise du travail
a été joyeuse, chaque gréviste se faisant
accompagner à son poste par un cortège
défilant le long des lignes. Au gala organisé
en soutien aux grévistes, Philippe
Julien (également CGT et LO) racontait :
« Cette reprise-là on s’en souviendra.
Toute la journée, il y a eu des grévistes
qui tournaient dans les ateliers, banderoles
en tête, gueulant les revendications
comme au premier jour de la grève. Oui,
on a la tête haute et on est fiers d’avoir
tenu tête pendant six semaines à une des
plus grosses entreprises de France. Bon,
on ne les a pas fait reculer sur les revendications
principales, on les a fait reculer
sur des revendications propres à l’usine.

Mais le principal de cette grève, c’est que
plusieurs centaines de salariés ont tissé
des liens entre eux, se sont connues, ont
lutté ensemble… Et cette force qu’on a
construite, on a bien l’intention de la réutiliser…
et bientôt ». Cela s’est d’ailleurs vu
le premier mai, où le gros cortège de PSA
entonnait ses slogans désormais célèbres :
« Et 1, et 2, et 300 euros ! »

La lutte de PSA fut la plus emblématique
des très nombreuses grèves qui ont
émaillé de manière surprenante la période
électorale. La lutte de classe en France
entrerait-elle dans une nouvelle phase
avec l’apparition de ce type de luttes
offensives ? Possible. Ce qui est sûr, c’est
qu’il y a maintenant plus de militants après
ces élections qu’avant.

Cédric, [Censier]