Jeunesses Communistes Révolutionnaires

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La mondialisation capitaliste

mardi 8 mai 2007, par RED

Le capitalisme est mondial
par nature. Dès la fin du
XVe siècle, l’Europe découvre
l’Amérique, l’Afrique subsaharienne,
fait du commerce
en Inde, en Chine… La bourgeoisie commerçante
accède à de nouveaux marchés.
Le mode de production ancien, le petit
artisanat, ne suffit plus aux besoins du commerce.
Le commerce triangulaire naît au
XVIIe siècle : les Européens vont en
Afrique échanger des objets manufacturés
contre des esclaves. Puis, ils se rendent en
Amérique et échangent ces esclaves contre
des produits du continent (coton, café,
cacao, tabac, épices…) et les rapportent
en Europe. L’esclavage permet le développement
de la production des matières premières
nouvelles dans le Nouveau Monde.
Il permet l’accumulation de richesses. Ces
matières premières nouvelles nécessitent
de créer de nouveaux modes de production
 : l’atelier s’agrandit. On y divise les
tâches. Le travail de manufacture est révolutionné
par les machines et la vapeur au
XIXe siècle.

L’expansion coloniale

La conséquence de l’expansion est la
concurrence entre les puissances devenues
capitalistes. Au XIXe siècle, il devient
nécessaire de s’installer définitivement
dans de nouveaux pays.
En France, se constitue en 1870 le Comité
de l’Afrique française, et en Belgique,
Léopold II bâti le Projet de réalisations
fructueuses au Congo. Il faut accroître
le marché. Jules Ferry, grande figure du
colonialisme français, déclare : « la politique
coloniale est fille de la politique
industrielle. La consommation industrielle
est saturée ; il faut faire surgir des autres
parties du globe de nouvelles couches de
consommateurs, sous peine de mettre la
société européenne en faillite. » Il y ajoutera
une justification idéologique. L’Europe
aurait un devoir de civilisation des peuples
de « races inférieures. »

Pour les capitalistes, il est préférable de
s’entendre dans un salon pour se partager
le monde : en 1884-1885 a lieu la conférence
de Berlin, pour se partager l’Afrique.
Mais le capitalisme mondial aboutit aussi
aux guerres. Ce sera le cas en 1914-1918
puis en 1939-1945.

Néocolonialisme et partage mondial du travail

Après la Seconde guerre mondiale, les
pays impérialistes veulent désormais
régler leurs conflits par la négociation et
dans des cadres institutionnels. Ils créent
pour cela plusieurs institutions internationales,
notamment l’ONU, le Fond monétaire
international (FMI), la Banque mondiale
(BM) et le GATT (General Agreement
on Tariffs and Trade, accords généraux de
tarifs et de commerce). Ces institutions
sont dominées par les grandes puissances,
notamment par les États-Unis qui imposent
des règles leur convenant.

Dans la même période, les mouvements
de libération nationale conduisent le capitalisme
mondial à changer son organisation.
Certes, plusieurs guerres contre les
indépendances sont menées, mais l’impérialisme
se ressaisit. La majorité des
indépendances est ainsi négociée entre les
gouvernements colons et la bourgeoisie
locale. Les pays devenus indépendants
sur le papier le sont bien moins dans les
faits. Ils deviennent des pays « semi-coloniaux
 » : leur économie est cantonnée à
l’exportation de matières premières vers le
nord. Leurs gouvernements sont à la solde
des anciennes puissances coloniales. Pour
leur développement, les anciennes colonies
ont souvent recours à des emprunts
auprès du FMI, de la Banque Mondiale, de
banques privées, voire de l’ancien colon.
Cette dette est toujours en remboursement.
Depuis l’indépendance, la différence
de développement entre nord et sud
s’accroît, le niveau de vie également. Le
capitalisme continue d’organiser le monde
selon ses besoins.

L’Afrique, l’Amérique équatoriale et du
sud, ou les dernières colonies françaises
(Antilles…) sont cantonnées à la production
agricole de matières exportables :
cacao, café, fruits, caoutchouc, coton…
Cette division internationale du
travail (DIT) est parfaitement assumée
et même revendiquée par les
économistes libéraux et par les institutions
internationales. Elle permet
de maintenir des pays sous
domination.

La phase néolibérale

La crise du pétrole en 1973 met en
péril cet équilibre. Le FMI demande
toujours le remboursement de la
dette post-décolonisation, même si
celle-ci a déjà été réglée, car les
intérêts sont énormes. Désormais,
il rachète les dettes et impose systématiquement
des politiques dites
« d’ajustement » : forcer les États
endettés à s’ouvrir au commerce
extérieur, à privatiser l’ensemble
des services publics, à cesser toutes
dépenses autres que le remboursement.
Cette logique est systématisée
par l’Organisation mondiale du
commerce (OMC), avec son Accord
général sur le commerce des services
(AGCS) visant à privatiser l’ensemble
des services, notamment
l’éducation.
L’équilibre hérité de la guerre est aussi
remis en cause par la restauration du
capitalisme à l’Est en 1990. Des deux blocs
Est et Ouest, le monde se trouve partagé
en de multiples entités voulant tirer leur
épingle du jeu.

Les États-Unis dominent toujours.
Cependant, l’Union Européenne, puis des
puissances dites « émergentes » prétendent
aussi à une certaine domination. Le
Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine sont considérés
comme les puissances de demain.
Depuis une quinzaine d’années, plusieurs
changements ont donc lieu.
La circulation des capitaux d’un pays à
l’autre s’accélère ; ils vont et viennent sans
contrôle. Les accords mondiaux et zones
de libre-échange ainsi que les nouveaux
moyens de communication permettent
des transactions incontrôlables.

Le second aspect de la mondialisation
actuelle est la prépondérance de la guerre.
Les interventions militaires se multiplient.
Les guerres du Golfe en 1991 et 2003,
mais aussi du Kosovo en 1999 ou encore
d’Afghanistan en 2001 visent toutes au
contrôle d’une région du globe par un
impérialisme. Il en va plus encore des
« interventions » d’un seul pays dans un
autre, comme celles de la France en Cote
d’Ivoire, en Centrafrique ou des États-Unis
en Colombie ou en Somalie.

Un autre monde est possible !

Une autre nouveauté depuis la fin des
années 1990 est l’existence d’un mouvement
de résistance à l’échelle mondiale.
Ce mouvement dit altermondialiste est la
convergence de divers mouvements opposés
à la logique néolibérale. On y rencontre
des paysans pauvres et des salariés de
l’industrie des pays du Sud et du Nord, des
syndicalistes, des écologistes, des militants
anti-guerre, des anticapitalistes…
Son succès lors des contre sommets internationaux
est parfois très grand : chaque
contre-sommet depuis celui de l’OMC à
Seattle en 1999 rassemble des dizaines de
milliers de personnes, les forums sociaux
(mondiaux ou continentaux) regroupent
également des milliers de militants d’horizons
divers.

Cela tient à ce que les politiques mondiales
touchent tous les peuples d’une manière
ou d’une autre. Alors que les richesses
augmentent, le niveau de vie se dégrade,
le droit du travail est attaqué, les services
publics menacés. Alors que les capitaux
circulent librement, les frontières se ferment
pour les êtres humains qui fuient une
misère générée par le système. Ce racisme
s’accompagne d’une idéologie voulant faire
croire que les pays du Sud, notamment
musulmans, sont culturellement « inférieurs
 », que les politiques internationales
sont humanitaires, que tous les problèmes
viennent de dirigeants corrompus, alors
même qu’ils sont les hommes de main de
l’impérialisme. Par peur des réactions du
Sud, les lois antiterroristes restreignent les
libertés individuelles et les droits démocratiques.
Une illusion se développe : une mondialisation
à « visage humain » serait possible
dans le cadre de ce système. Il faudrait
simplement contrer les politiques libérales.
Au contraire, il est de plus en plus évident
que ce que nous vivons aujourd’hui
est dans la logique du système. En période
de crise il est obligé de se durcir, de restreindre
les acquis sociaux et les libertés,
de se militariser.

Seule la lutte de tous les opprimés, de la
jeunesse, des salariés et des peuples dominés
permettra d’en finir avec un monde qui
vire à la barbarie la plus totale. Pour cela,
construire les luttes à l’échelle internationale,
notamment les mouvements contre
la guerre et pour l’arrêt des politiques de
domination, est nécessaire.

JB, [Nanterre]