Jeunesses Communistes Révolutionnaires

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Construire l’internationalisme au quotidien

Interview d’un camarade révolutionnaire malien

mardi 8 mai 2007, par RED

Tahirou
Bah est
un jeune
militant révolutionnaire
malien,
il est membre du
bureau politique
du SADI et candidat
aux élections législatives, dans la commune
V à Bamako.

RED : Peux-tu nous présenter ton parti ?

Tahirou Bah : Mon parti, le SADI
(Solidarité Africaine pour la Démocratie
et l’Indépendance) est un parti de gauche
révolutionnaire. Même si, pour la plupart,
les masses en Afrique ne font pas la
différence entre gauche et droite car ces
notions leur disent peu de chose.
Ce parti a été créé en 1996, en tant
que mouvement politique. Les conditions
matérielles n’étaient pas réunies, pour
nous, en 1996, pour la formation d’un parti
de gauche révolutionnaire au Mali. Nous
avons donc jugé nécessaire de mettre sur
pied d’abord un mouvement politique pour
informer les masses, et surtout les jeunes,
afin de réunir les conditions nécessaires
pour la formation d’un parti politique.
Suite aux événements politiques au Mali
en 2002, nous avons tiré les enseignements
et les conclusions du processus
démocratique au Mali, et nous nous sommes
réunis en mars 2002 pour transformer
notre mouvement politique en Parti. Nous
étions une formation d’éducation des masses,
présente dans toutes les luttes depuis
1996. Et depuis 2002, notre formation est
devenue incontournable dans la vie politique
au Mali.

RED : Quelles sont vos campagnes et vos luttes en ce moment ?

Tahirou Bah : Notre campagne électorale
s’articulait autour des valeurs sociales
et politiques, comme la nationalisation
des sociétés et entreprises d’État, comme
donner la terre aux paysans…
Nous étions présents dans toutes les luttes
 : dans le secteur des mines, dans celui
de l’énergie, chez les cheminots (dans le
CFM : Chemin de Fer du Mali) et, pendant
la campagne, nous n’avons jamais manqué
d’occasion pour dénoncer et accroître la
pression.
Malgré notre combat pour les masses,
pour les ouvriers, certains prétendus
« altermondialistes » se sont ralliés derrière
le candidat ATT (Amadou Toumani
Touré, président sortant).

RED : Es-tu pan africaniste, pourquoi  ?

Tahirou Bah : Le panafricanisme
est aujourd’hui vidé de son sens et de
son contenu : les « pans africanistes »
d’aujourd’hui prônent l’intégration économique,
l’économie de marché, cautionnent
la FrançAfrique, etc. Pour moi, être pan
africaniste, c’est défendre la souveraineté
des État en Afrique, défendre les masses
contre les griffes des Plans d’Ajustements
Structurels (du FMI…) et du capital financier
international.

RED : Quel est le rôle de la France au Mali ?

Tahirou Bah : Comme partout en
Afrique, la France joue dans l’ombre de
ses agents locaux, qui ne sont autres que
nos dirigeants, qui nous font honte.
L’ingérence dans les affaires internes,
les bases militaires, la diplomatie à sens
unique, le pillage de nos ressources par les
multinationales françaises… En 2005, lors
du Forum Social Mondial à Bamako, nous
avons démontré les pratiques inhumaines,
les sévices contre les ouvriers, qu’exercent
les multinationales françaises au Mali.
L’État français est coupable : l’esclavage,
accompagné de la traite, et la colonisation,
accompagnée de pillages et d’assassinats
des dirigeants nationalistes.
Et j’en profite pour répondre à Sarkozy
quand il dit que la France n’a pas besoin
de l’Afrique : ici on dit « quand tu lèves la
main droite pour dire que tu n’as besoin
de personne, tu dois aussi lever la main
gauche et dire que personne n’a besoin
de toi ».

RED : Dernier mot pour des jeunes révolutionnaires en France ?

Tahirou Bah : Je connais quelques personnes
au sein des JCR, je les ai rencontrés
à Bamako lors du Forum Social Mondial.
Je me suis rendu compte que nous partageons
les mêmes idéaux, dans deux
mondes différents. Je sais en même temps,
que nous subissons les mêmes attaques
du capital. C’est à nous de nous battre
pour en découdre avec le capital, et je suis
sûr que « l’avenir appartient à la vérité »,
comme on dit ici. Pour conclure, je dirai
tout simplement ceci : « la jeunesse doit
être un réservoir de haine et de mépris
contre l’injustice et l’inégalité ».

Propos recueillis par
Haïm [Nanterre]