Jeunesses Communistes Révolutionnaires

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MANIFESTE POUR UN MARXISME-REVOLUTIONNAIRE PAR ET POUR LES JEUNES

Textes adoptés par la JGS (organisation de jeunesse de la IVe Internationale en Belgique) en 1997.

mercredi 16 mai 2007, par JCR-RED

Nous sommes de plus en plus nombreux aujourd’hui à constater que le monde tel qu’il est ne répond pas aux besoins les plus élémentaires de l’humanité. Pire : guerres, injustices de toutes sortes, crises économiques, misère et chômage croissants, racisme, destructions écologiques, etc., tels sont les aspects que nous offre la société à la veille du XXIe siècle.

Une telle situation ne peut provoquer que la révolte parmi ceux et celles pour qui chaque injustice est inacceptable. Nous, jeunes, sommes particulièrement touchés par cet état de chose. Mais la révolte seule, bien que nécessaire et vitale, ne suffit pas. Il nous faut analyser et comprendre ce monde, ses mécanismes, le pourquoi, le comment, etc. pour mieux le transformer ! Pour vaincre et abattre un système qui n’offre aucune solution aux grands problèmes de l’humanité, il faut connaître son ennemi.

La révolution, phase nécessaire de tout bouleversement conséquent et durable, ne pourra être l’oeuvre que de gens conscients de leurs actes. La théorie révolutionnaire est donc tout aussi utile que l’action révolutionnaire. De la révolte à la révolution, il ne faut pas seulement passer par des actes, par l’engagement militant, mais aussi par la compréhension des mécanismes sociaux, politiques et économiques du système capitaliste. Celui-ci peut et doit être aboli, comme nous le verrons dans les chapitres qui suivent.

Ce Manifeste se veut donc une introduction à cette compréhension. A travers l’outil théorique et pratique que constitue le marxisme révolutionnaire, dont nous nous réclamons, nous voulons contribuer à donner à chacun et chacune des arguments et des analyses qui permettent de comprendre et de critiquer le fonctionnement du système dominant actuel. Nous voulons également donner ici les bases qui démontrent qu’il est possible de renverser ce système et de bâtir une société nouvelle, libérée de toute forme d’oppression et d’exploitation.

En abordant, les questions de l’écologie, de l’Etat, de la lutte de classes, de l’internationalisme, du féminisme, de la jeunesse, etc., ce Manifeste constitue la "base programmatique" de la JGS. Le Manifeste a été réalisé par plusieurs membres de la JGS, discuté, amendé et voté par notre mouvement.

Les textes qui suivent sont loin d’être complets, il manque parfois des nuances nécessaires à toute analyse ; il ne s’agit que d’une introduction à nos idées.

Pour certains, il semblera "extrémiste", ou trop radical. Mais ce ne sont pas les analyses et les propositions développées ici qui sont "extrémistes", mais bien la société elle-même qui produit tant de misère et d’injustices. Quant à être radical, nous le revendiquons car “Être radical, c’est prendre les choses à la racine. Or, pour l’Homme, la racine, c’est l’Homme lui-même“ (Karl Marx).

Avec vous pour la révolution, La Jeune Garde Socialiste.

CHAPITRE I - Dans quel monde vivons-nous ?

Les ressources scientifiques de l’humanité sont sans précédent. Leur utilisation rationnelle permettrait d’éradiquer la faim, la maladie, la misère, de sauver les équilibres écologiques et d’engager l’humanité sur la voie d’une existence vraiment humaine, en harmonie avec la nature. Mais ce n’est pas cela qui se déroule sous nos yeux, au contraire1.

Depuis le début des années 80, les politiques néo-libérales se sont de plus en plus imposées ; elles étaient d’abord portées par la droite classique essentiellement, puis de nos jours elles sont soutenues activement par les sociaux-démocrates. Les effets politiques et économiques de l’idéologie néo-libérale s’accentuent : la période est à la destruction des services publics, aux privatisations, à la réduction des budgets sociaux et à l’offensive contre les conquêtes sociales de la part du patronat bénéficiant de la complicité des appuis politiques de l’État.

Le capitalisme industriel existe depuis plus ou moins deux siècles en Europe. Il s’est répandu à travers le monde entier en entraînant avec lui bon nombre de problèmes. Le fossé entre riches et pauvres se creuse de plus en plus, de même que celui entre les pays industrialisés et les pays du Tiers-monde. Les 10% les plus riches de la population belge possèdent 55% du patrimoine des ménages1. Vers 1990, les 20% les plus riches de la planète gagnaient au moins 150 fois plus que les 20% les plus pauvres. En 10 ans, le nombre de pauvres sur terre s’est accru de 17%. En 1996, les 358 personnes les plus riches de la planète possédaient une fortune qui dépassait les revenus annuels de près de 45% de la population mondiale, soit 2,6 milliards d’individus ! L’espérance de vie est également un indicateur : cette dernière est de 75 ans en moyenne en Occident... et de 55 ans en Afrique !

La situation actuelle

En Occident

Dans les pays capitalistes les plus industrialisés qui composent l’OCDE (Organisation de coopération au développement économique), il y aurait entre 60 et 70 millions de chômeurs, soit 3 fois plus qu’au début des années 70 pour une population à croissance quasi nulle. On comprime le personnel, les entreprises sont délocalisées et les patrons les réinstallent là où la main d’oeuvre est moins chère. Le travail à temps partiel se développpe et touche principalement les femmes. Les salariés deviennent flexibles, ils sont surexploités et sous-payés. Les usines sont insalubres et manquent de matériel de sécurité.

Les employés et les ouvriers sont répartis dans différents secteurs de leur entreprise et ne collaborent pas directement ensemble. Les petites entreprises disparaissent au profit des grandes. Ces dernières peuvent créer des filiales ou avoir recours à la sous-traitance, cela provoque la multiplication de statuts différents et donc la division des travailleurs. Plus les travailleurs sont divisés, plus il leur sera difficile de mener une action de grande ampleur pour exprimer leurs revendications, la solidarité dans l’entreprise se créant moins facilement. La société est vraiment scindée et devient de plus en plus individualiste. “Diviser pour mieux régner“ est plus que jamais à l’ordre du jour !

La privatisation se fait de plus en plus fréquente et démantèle les services publics. C’est la population qui en subit les conséquences. Les transports en commun sont inadaptés. Les bus sont chers et peu fréquents. Les lignes de chemin de fer à l’intérieur du pays, pourtant utilisées par un grand nombre de personnes, sont délaissées au profit de lignes TGV, empruntées par une couche minime de la société. Au niveau des télécommunications, les tarifs internationaux et ceux des GSM ont diminué, alors que les tarifs intérieurs ont augmenté.

En Wallonie, on estime à 6.000 le nombre de personnes qui vivent dans des caravanes, le plus souvent immobilisées définitivement. Chaque hiver, des centaines de sans-abris exclus de la société, et n’ayant même pas accès aux soins de santé, meurent de froid. Il existe une dégradation continue de la qualité des logements dans certains quartiers populaires. L’habitat social devient de plus en plus inaccessible.

La culture bourgeoise est considérée comme LA culture de référence, mais est pourtant inaccessible à toute une partie de la société. La culture populaire, en prise directe sur la réalité des gens, est dévalorisée par le discours dominant qui lui substitue une culture de masse. Cette dernière est le reflet commercialisé de la culture bourgeoise ou une récupération de la culture populaire la moins engagée. Son objectif non avoué est de pousser à la consommation et d’endormir la population en lui cachant ses problèmes.

Un deuxième phénomène est la concentration continue de journaux, de radios et chaînes T.V. entre les mains de quelques grands capitalistes organisés internationalement. Eux seuls décident de ce qui peut être montré ou pas, ce qui peut être dit ou pas ! Les idées oppositionnelles ne passent pas. Par contre, les idées réactionnaires et bourgeoises, elles, sont diffusées via entre autres les films et séries américaines. La bourgeoisie, dans le contexte du libéralisme actuel, pousse à l’extension des chaînes privées. La concurrence exacerbée entraîne de plus en plus les chaînes publiques à s’adapter aux normes commerciales et amène par là une uniformisation croissante de l’information et de la culture.

La culture de masse est engendrée par le modèle américain de consommation, de rapidité, d’efficacité, de rendement qui atteint la société mondiale. Il faut toujours produire plus, le plus rapidement possible et quand il s’avère impossible d’augmenter le rendement dans les conditions actuelles, c’est le social qui écope avec des licenciements, des temps partiels, des réductions de salaires, etc. La société est de plus en plus poussée à la consommation. Les espaces publicitaires sur les chaînes de télévisions - même publiques - prennent de plus en plus de temps.

Cette envie folle de produire et de gagner toujours plus d’argent entraîne la banalisation de la fraude. La fraude fiscale en Belgique est évaluée à environ 300 à 500 milliards par an ! Rappellons que l’État rembourse 700 milliards de F.B. par an en intérêts de la dette publique.

Mais la vérité n’est pas révélée par les médias, les informations sont tronquées pour qu’elles restent en faveur du pouvoir dominant. Ce que devient réellement l’argent du Travail, comment quelques personnes parviennent à s’enrichir sur le dos des autres, légalement ou non, est soigneusement caché, censuré. On nous dit qu’en cette période de crise économique, nous devons tous nous serrer la ceinture, y mettre du nôtre. Pourtant, la crise n’est pas si mal vécue par tous : la Belgique a le plus fort taux d’augmentation annuel de productivité (4,4%). Elle est précédée de peu par le Japon (4,6%). Mais, en Belgique, l’augmentation des salaires n’est pas proportionnelle à l’augmentation de la productivité des travailleurs. Malgré l’augmentation des salaires de 2,8% par an, les revenus des salariés ont diminué de près de 15% en 10 ans par rapport à l’augmentation du niveau de vie. En fait, ce sont les employeurs et actionnaires qui s’octroyent la quasi-totalité de l’amélioration de la productivité.

On nous dit que dans les pays occidentaux, nous sommes libres, que nous vivons en démocratie. Mais c’est une démocratie bourgeoise, une société libérale, capitaliste, qui favorise toujours la même minorité aux dépens de la même majorité. L’idéologie bourgeoise veut rendre le peuple docile en le dépolitisant, en faisant croire que la politique est l’affaire des "spécialistes", l’éloignant ainsi de ses vrais intérêts. Elle arrive à faire croire que les classes sociales n’existent plus, que la perspective d’une société socialiste est utopique, que les dirigeants des grosses entreprises ont réellement des difficultés, que la société est vraiment en manque d’argent. La bourgeoisie enlève aussi au peuple la force qu’il peut mettre dans des actes de révolte en lui donnant l’occasion de se défouler dans les matchs de foot ou dans les fêtes patriotiques, pour qu’il ne se dresse plus contre le système capitaliste, pour qu’il exprime sa révolte dans un stade plutôt que dans la rue. “Du pain et des jeux”, disait-on dans la Rome Antique !

On pourrait encore citer d’autres exemples : saccage de l’enseignement, dévastation de l’envirronnement, augmentation du racisme et du fascisme... ; mais nous abordons ces problématiques plus profondément dans les chapitres qui suivront.

Dans les pays du Tiers-monde

Dans un système capitaliste, la production est régulée après coup en fonction des lois aveugles du marché. Les crises périodiques de surproduction représentent un formidable gaspillage : aux États-Unis, par exemple, des plate-formes sur l’océan servent à immerger des tonnes de surplus de blé. Pendant ce temps, dans les pays non-industrialisés, dits du Tiers-monde, la malnutrition et la sous-nutrition frappent 800 millions de personnes dans le monde. Les moyens donnés actuellement aux pays du Tiers-monde pour enrayer la famine sont très minimes ou inadaptés aux infrastructures en place. Les lois sociales sont quasi inexistantes, l’alimentation en électricité, eau potable et gaz, de même les moyens de transport, ainsi que les services publics et l’enseignement sont très peu développés.

Pendant l’époque coloniale, les Occidentaux ont exploité les richesses naturelles pour leur propre profit en exploitant la population locale. Les colons ont spécialisé certains pays dans un seul produit, intéressant au niveau de l’exportation, et l’équilibre naturel des cultures a été rompu. Lors de la décolonisation, la population s’est retrouvée avec peu de produits indispensables pour l’alimentation. Et il a suffi que l’exportation du produit principal ne soit plus rentable pour que le pays se retrouve dans une impasse.

Les richesses naturelles de certains pays, d’Afrique par exemple, sont très importantes. Mais les pays du capitalisme avancé pillent les matières premières, ils achètent à bas prix et revendent au Tiers-monde des produits beaucoup plus chers. Pour préserver son propre intérêt économique, l’Occident soutient les dictateurs qui bafouent régulièrement les droits humains. Ainsi, toutes les personnes qui deviennent des prisonniers politiques, sont persécutées, torturées ou disparaissent. La vente d’armes aux pays dictatoriaux rapporte aux pays capitalistes des centaines de milliards de dollars. Lorsque les guerres concernent les intérêts économiques de l’Occident, celui-ci s’empresse d’intervenir. On ne saurait s’empêcher de penser à l’interventon "héroïque" des Américains lors de la guerre du Golfe. Ces “gardiens du monde“ ont ”vaillamment” défendu contre l’Irak le Koweit... qui regorge de pétrole.

Le Tiers-monde est également étranglé économiquement par le mécanisme infernal de la dette. Le système de la dette s’est mis en place dans les années ’70. Après avoir contracté des emprunts à des taux d’intérêts de 6 ou 7%, les pays du Sud ont été frappés par la crise et par une brusque hausse des taux d’intérêts à 17 ou 18%, décidée par les banques occidentales. Une véritable escroquerie ! Aujourd’hui, on prête à nouveau au Sud... pour rembourser les intérêts de ses premières dettes. Le paiement de ces intérêts remplit ainsi les coffres des banques privées du Nord. Pour “assainir“ leurs économies en crise et payer leurs dettes, on impose aux pays du Sud les “recettes“ du FMI. Résultat : leurs marchés s’épuisent et ils doivent continuer à rembourser... c’est la dette perpétuelle. Celle-ci était de 77 milliards de $ en 1977 ; de 567 milliards en 1980 ; de 1086 en 1986 ; de 1320 en 1989 et de 1520 en 1995. Pourtant le Tiers-monde a déjà largement payé sa dette : de 1980 à 1992, 1672 milliards de $ ont été versé aux pays riches pour paiement d’une dette qui s’élevait à 567 milliards en 1980... soit un bénéfice net de 1105 milliards ! De plus, la plupart des sommes prêtées n’ont pas aidé les peuples du Sud, elles ont atterri dans les poches des dictateurs ou ont servi à des travaux inutiles. Mais ce sont ces peuples qui sont obligés de rembourser des sommes dont ils n’ont jamais vu la couleur !

On aurait tort de penser que les possédants vont rester passifs face à la crise mondiale. Mais les solutions qu’ils apporteront seront en leur faveur et suivront toujours les impératis du profit. Prenons, par exemple, le problème de la croissance démographique : le travail des enfants étant source de revenus, et la protection sociale étant absente, la population pauvre est poussée à avoir beaucoup d’enfants. Cependant, la population est en augmentation inquiétante dans les pays du Tiers-monde. On fait alors baisser le taux de natalité, dans certains pays, avec des mesures de contrainte qui vont jusqu’à la stérilisation forcée des femmes. Cette solution radicale inhumaine est plus simple et plus économique pour l’Occident.

Les principes du capitalisme

Dans le système capitaliste, les intérêts du Capital ont toujours le primat sur le travail et le bien-être de la population. Il suffit de constater que la plupart des mesures économiques prises par le gouvernement au service des intérêts capitalistes est appliquée au détriment de la grande majorité de la société. Les dépenses sociales ne sont faites que si elles sont solvables. Par exemple, les nombreux taudis qui ont besoin d’être restaurés mais ça ne profiterait qu’aux couches les moins aisées qui y vivent et les gros entrepreneurs n’y tireraient aucun bénéfice personnel.

Au lieu d’être une source de richesse et d’épanouissement pour tous et toutes, le Travail dans l’économie capitaliste, est considéré comme une source de profit pour une minorité.

En effet, l’échange simple des produits n’apporte pas d’autres bénéfices que ceux consacrés à l’achat de nouvelles matières premières. Dans l’économie marchande simple, il faut vendre la marchandise (M) pour avoir de l’argent (A) qui permettra d’acheter d’autres marchandises (M). La formule est donc M - A - M. Mais dans l’économie capitaliste, il s’agit d’avoir l’argent (A) pour acheter des marchandises (M) qui permettent d’obtenir une quantité d’argent supérieure (A+a). La formule de l’échange capitaliste est elle A - M - (A+a). Le supplément (a) vient de la force de travail (l’énergie humaine déployée pour la production), considérée par le capitaliste comme une marchandise qu’il achète au même titre que les autres. Pour pouvoir subsister matériellement, le travailleur est forcé de vendre sa force de travail aux capitalistes qui détiennent les moyens de production. Les travailleurs ne font qu’utiliser ceux-ci pour produire des marchandises qui appartiennent elles aussi aux capitalistes.

Les marchandises sont vendues à un prix comprenant les frais de production (matières premières, amortissement, salaires...) et un bénéfice. Le salaire d’un travailleur n’est pas basé sur la valeur que produit sa force de travail mais sur la valeur qui lui permet de reproduire cette même force de travail. Par exemple, un travailleur peut produire pour 1.000 francs et n’avoir besoin que de 700 francs pour subvenir à ses besoins, se nourrir, reproduire son énergie de travail. Cependant, en reprenant l’exemple ci-dessus, les 300 francs restants vont dans la poche du capitaliste. La plus-value est donc la différence entre la valeur de la force de travail (salaire) et la nouvelle valeur qu’a produit celle-ci par son travail. C’est donc uniquement en exploitant le Travail qu’une plus-value peut être réalisée. Et pour augmenter son bénéfice, le patron peut accroître la journée de travail mais le travailleur doit tenir le coup et a une limite physique. Une autre solution pour le capitaliste est de développer des machines pour augmenter la production. De cette façon, le temps de travail nécessaire pour compenser la valeur du salaire de l’ouvrier est réduit. En effet, il ne faudra plus, par exemple, quatre heures de travail pour payer le salaire, mais deux, puisque les machines plus performantes produisent plus en moins de temps.

Le capitaliste a tendance à se spécialiser dans un domaine et à échanger ses produits avec ceux de la spécialisation d’un autre. Les grosses entreprises spécialisées écrasent alors les plus petites qui produisent les même marchandises. Et les grosses multinationales occupent ainsi une place importante sur le marché. La concurrence des pays de l’Est, où le salarié est encore plus exploité, se ressent dans les entreprises occidentales qui essaient toujours de produire plus et à meilleur marché.

Le chômage est le résultat de cet impérialisme des grosses entreprises et de la concurrence. Les licenciements apparaissent dans les petites entreprises lorsque les dirigeants de celles-ci décident qu’elles ne sont plus rentables. Pour les grosses entreprises qui marchent bien, les licenciements sont dus au fait que les capitalistes veulent s’aligner sur les prix des produits fabriqués dans les pays où les coûts de production sont très bas et licencient donc du personnel pour mieux pouvoir exploiter les ouvriers restants. Voici la preuve flagrante que les travailleurs sont bien considérés par le Capital comme des pions au service d’une plus-value maximum.

Pour qu’une entreprise fonctionne, il faut que ses produits se vendent à la population. Il faut donc encourager la consommation et baisser les prix pour rester concurrentiel. Pour que les prix baissent, il faut accélérer la production, notamment en perfectionnant les machines. Le capitaliste pourrait très bien préserver les salaires mais, s’il les baisse, il réalise une plus-value encore plus importante. Il y a ici une contradiction dans la logique capitaliste. Nous avons déjà vu que cette dernière tend toujours à augmenter son profit en exploitant la force de travail. Or, c’est précisément l’ouvrier qui devra être le consommateur de ces produits. Si celui-ci a une condition de vie plus précaire, il consommera moins. C’est pour cela qu’il existe des crises économiques périodiques.

La crise qui frappe les économies capitalistes depuis 1974-1975 est une crise classique de surproduction (production dépassant largement les capacités de consommation) accompagnée d’une baisse du taux moyen de profit (ce qui n’exclut pas que certains secteurs capitalistes font des profits gigantesques). Pour rétablir un taux de profit général satisfaisant, les capitalistes s’attaquent directement aux droits des travailleurs : par des licenciements, par l’augmentation de leur exploitation et donc de la plus-value. Il y a donc une contradiction importante entre le taux de chômage, la précarité... et la possibilité de consommer ! Résultat : les capitaux se désinvestissent de l’industrie productive pour les marchés financiers spéculatifs où le taux de profit est élevé et rapide.

Nous avons survolé une partie des conséquences que le capitalisme entraîne dans la société. Pour supprimer toutes les exploitations, pour que règne la vraie démocratie, il faut changer entièrement ce système organisé au profit d’une minorité.

CHAPITRE II - L’État

De nos jours, le concept d’Etat est généralement perçu de manière erronée par la plupart des gens. Ces derniers conçoivent souvent l’institution étatique comme naturelle et nécessaire au fonctionnement de la vie sociale. C’est pourquoi l’embryon d’explication qui va suivre est nécessaire pour replacer l’Etat à sa véritable place dans l’évolution historique et dans la société, pour prouver que l’Etat n’est en rien un appareil autonome de gestion ou d’organisation de la vie collective au service d’un soi-disant intérêt général. L’Etat-arbitre basé sur une prétendue neutralité de l’institution ou encore l’Etat de droit présupposant que la règle de droit n’est pas le fruit d’un rapport de force sont des leurres qui occultent la problématique de la lutte de classes.

L’origine de l’Etat

Depuis l’apparition de l’humanité, il y a 250.000 ans jusqu’à 5.000 avant J.-C., les Hommes ont vécu en communautés qui ne connaissaient aucune forme de propriété privée, de classes sociales ou d’Etat. Dans cette longue période de notre histoire, appelée “communisme primitif“, les diverses fonctions de la vie sociale (justice, armée, administration, etc.), aujourd’hui monopole illégitime de l’Etat, étaient exercées par la collectivité dans son ensemble. Pendant des millénaires, l’humanité a donc ignoré l’existence de l’Etat. Voyons alors comment celui-ci a historiquement émergé.

Au cours de leur évolution, après la découverte de l’agriculture et de l’élevage vers 8.000 avant J.-C., les Hommes ont commencé à produire plus qu’il ne leur était strictement nécessaire pour survivre (surproduit social). Au sein des communautés primitives s’est développé progressivement une division économique et sociale du travail. A partir de 5.000 ans avant J.-C., cette division a abouti par la force, la religion ou la persuasion, à l’appropriation du surproduit social par une franche minorité de la société. Cette répartition inégalitaire, inexistante jusqu’alors, du surplus de la production, a créé les conditions de l’apparition de l’inégalité sociale entre riches et pauvres. La société s’est divisée ainsi peu à peu en classes sociales antagonistes puisque la nouvelle minorité, enrichie, a voulu maintenir et préserver ses avantages de manière permanente. Pour ce faire, ces classes possédantes se sont appropriées pour leur bénéfice privé les moyens de production. Elles ont organisé également une administration chargée de gérer ses affaires (notamment en créant des conditions juridiques permettant une meilleure exploitation économique des classes laborieuses) ainsi qu’une force armée pour défendre ses privilèges (d’où l’origine des armées, polices, etc.). L’Etat était né.

Au cours de l’histoire, l’Etat a connu des formes très différentes, selon les classes sociales qui se sont succédées au pouvoir, mais, fondamentalement, l’Etat est toujours resté un Etat de classe, favorisant une minorité au détriment de la majorité à travers ses lois, ses idéologies, ses armées ou sa religion.

Lorsque la bourgeoisie a accédé au pouvoir étatique, elle a repris à son compte l’appareil de la monarchie absolue pour le remodeler en un instrument de domination de classes adapté à la société capitaliste.

Au regard de cette évolution, il est clair que l’institution étatique n’est pas naturelle et est un instrument d’asservissement social au service des classes dominantes, propriétaires des moyens de production capitalistes. L’Etat dépossède donc la collectivité de toute une série de fonctions qui deviennent l’apanage de la minorité bourgeoise. En se rendant légitime face aux gens, il instaure un cadre légal (le “droit” à la propriété privée) dans lequel la bourgeoisie peut exploiter les classes laborieuses en transformant leur force de travail en marchandise et en leur extorquant la plus-value. Par conséquent, même si l’Etat prend des formes différentes, il n’a qu’une origine : la propriété privée. Cet Etat, nous le disons bourgeois parce qu’il n’est qu’un instrument partisan utilisé par les nantis et non pas un centre autonome neutre visant à régler pacifiquement des conflits.

Les fonctions de l’Etat

L’Etat, comme il est dit plus haut, se caractérise par l’application de fonctions autrefois exercées par la collectivité, par exemple en procédant au désarmement de la population, ce qui lui assure le monopole légal de la violence. C’est ainsi que l’on peut aborder la première fonction de l’Etat : la répression. La bourgeoisie s’est donc octroyé le monopole de la force publique. Armée, gendarmerie et police sont les bras armés de la classe dominante. Lorsque la persuasion, la corruption, les procédures de négociation et de conciliation ne suffisent plus, il ne reste plus à l’Etat que son moyen ultime pour écraser la contestation ou la révolte : la violence. L’appareil coercitif de l’institution étatique a une longue tradition de répression, parfois meurtrière, du mouvement ouvrier ou étudiant par exemple. Evidemment, il serait simpliste et même erroné de réduire le rôle de l’Etat à sa fonction répressive, mais en dernier ressort, l’Etat reste le produit d’une contrainte et de la violence exercée par une minorité sur la majorité.

L’Etat bourgeois ne peut pas seulement subsister qu’à travers son appareil coercitif. Pour se voir reconnaître sa légitimité et son autorité, l’Etat a besoin qu’une grande partie de la population le légitimise et accepte cette autorité. C’est dans cette optique qu’il remplit une seconde fonction, celle d’intégration idéologique ou de consentement.

Pour expliquer ce consentement, cette acceptation de l’Etat chez les gens, il nous faut comprendre plusieurs phénomènes :

- A sa naissance, un être humain est extrêmement démuni. Il a des comportements innés, mais ce n’est que par l’imitation et l’apprentissage qu’il apprendra. Dès son plus jeune âge, des procédures de socialisation sont à l’oeuvre. L’enfant découvre dans la famille et à l’école des rôles d’autorité, il apprend à plier devant les injonctions, il intériorise les normes de la société capitaliste.

- La production d’idées et de systèmes d’idées est fortement limitée et reste l’apanage d’une minorité qui contrôle les lieux de socialisation et de production d’idéologies. Ainsi, nous pouvons en déduire que le système de valeurs d’une société est celui imposé par la classe dominante et que le rôle incontestable de cette idéologie réside en une fonction de stabilisation de la société. Les institutions bourgeoises tentent en diffusant leurs valeurs de faire intérioriser aux gens que la société capitaliste est naturelle et indépassable.

- L’Etat lâche parfois du lest, en accordant certains droits sociaux par exemple ou en répondant à certaines demandes d’extension démocratique. Mais, évidemment tant que cela ne remet pas fondamentalement en cause son existence et la logique capitaliste.

La troisième fonction de l’Etat est économique. Il doit permettre, par tous les moyens possibles, un fonctionnement optimal du marché et donc créer les conditions permettant d’assurer la production capitaliste basée sur la propriété privée. L’Etat assure les productions non immédiatement rentables, les investissements de grande ampleur, les services sociaux improductifs.

Aujourd’hui, dans la plus pure tradition libérale, cela se traduit par une réduction de l’intervention étatique dans le fonctionnement de l’économie. Il s’arrange donc pour que rien n’entrave le sacro-saint marché.

En observant la vie de tous les jours avec un oeil attentif, on constate que les trois fonctions de l’Etat, analysées par la théorie marxiste, se sont maintenues. Par la juste appréciation de ces fonctions, il est plus clair que jamais que l’Etat constitue un instrument d’oppression au service de la bourgeoisie sur la classe travailleuse. Mais il est aussi vrai que, depuis le XIXe siècle, l’Etat a évolué dans la forme mais pas dans le fond. Nous allons analyser rapidement ces divers changements.

L’évolution de l’Etat dans la société contemporaine

A l’origine, l’Etat était avant tout le pouvoir politique ayant le monopole de la contrainte. Il correspondait parfaitement à la vision libérale. Mais les champs d’intervention de l’Etat-gendarme vont s’élargir plus ou moins à partir du milieu du XIXe siècle avec la pression revendicative croissante de nouvelles catégories sociales telles que le prolétariat industriel réclamant une prise en compte de sa situation sociale intolérable. Cette pression fut telle que le patronat en appella à l’Etat pour que ce dernier développe des infrastructures (en particulier dans les transports).

La pression de la question sociale va donc obliger la bourgeoisie à légiférer. Ensuite, la Ière Guerre Mondiale va marquer un véritable tournant dans la conception libérale de l’Etat. Celui-ci, dans le cadre d’une économie de guerre, va croître considérablement son intervention. La production va être en effet dirigée par des ministères et profitera largement aux industriels privés qui en tireront de plantureux bénéfices. L’Etat apprend à planifier et à négocier. Ces nouvelles prérogatives qui profitent largement aux cartels voient la création de postes de fonctionnaires de types nouveaux : les technocrates. Sur le plan social, l’année 1917 marque le ras-le-bol des peuples. Face aux mutineries, manifs et grèves, l’idée de la concertation sociale entre patrons et organisations de travailleurs et avec l’arbitrage de l’Etat se met en place.

Dans la période de l’entre-deux-guerres, on enregistre une nouvelle étape dans l’extension des prérogatives étatiques sous l’effet de plusieurs facteurs. D’abord, la Révolution russe, qui donne naissance à un Etat ouvrier (qui subira plus tard, malheureusement, une dégénérescence bureaucratique) disposant d’un champ d’intervention spectaculairement important, influence fortement l’occident capitaliste. La grande crise économique de 1929 suscitera également un saut qualitatif de l’intervention étatique dans la société civile. En réponse à cette crise, l’application du “new deal” aux USA et la politique keynésienne se prolongeant jusqu’aux années ’70 vont donner naissance à “l’Etat-Providence”.

La décennie ’80 a vu une remise en cause profonde des interventions étatiques. L’offensive néo-libérale inaugurée par Thatcher et Reagan a pour premier objectif la déconstruction de l’Etat-Providence ; de plus, nous sommes à l’heure de la “mondialisation” capitaliste et de l’interdépendance économique et financière. La souveraineté nationale est de plus en plus limitée du fait que l’on assiste à une transfert consenti des pouvoirs des Etats-nations vers des niveaux sub- et supranationaux en matière institutionnelle (OTAN, UE,...).

Cette brève histoire de l’Etat dans le société contemporaine pourrait nous induire en erreur quant à sa nature actuelle. Il est vrai que la situation sociale de la population s’est améliorée depuis le XIXe siècle. Aujourd’hui, percevoir l’institution étatique comme instrument de domination est moins évident qu’à l’époque de la société bourgeoise classique. Et pourtant l’Etat reste l’instrument d’une bourgeoisie opprimante car lorsqu’il accorde quelque chose, sous quelque pression que ce soit, à la population, il le fait dans le but de préserver la cohésion sociale et son maintien, mais sans que cela ne remette nullement en cause sa nature profonde.

L’exemple du suffrage universel en Belgique est explicite. En 1831, lorsque la Constitution belge est votée, celle-ci instaure le suffrage censitaire permettant à une minorité de la population d’être représentée, seuls ceux qui payaient des impôts (le cens) pouvaient voter. En 1919, par peur, entre autres, du climat révolutionnaire venant d’Allemagne, le Roi et quelques notables décident d’octroyer, pour les membres de la gente masculine uniquement, le suffrage universel. Celui-ci sera inscrit dans la Constitution en 1921. C’est plus ou moins à partir de ce moment-là que l’institution parlementaire dotée du pouvoir législatif va perdre petit à petit son pouvoir. En effet, nous pouvons élire des représentants au Parlement, mais ce dernier est vidé de sa substance, de son pouvoir au profit de l’exécutif, c’est-à-dire le pouvoir permanent (non élu) de l’Etat plus que jamais bourgeois. Ce pouvoir permanent, isolé de la société civile, et très hiérarchisé, contrôle et surveille la vie sociale dans l’intérêt de l’ordre établi. Mais si ce pouvoir est isolé du peuple, il ne l’est pas du pouvoir capitaliste dont il dépend notamment au travers de la dette publique et des institutions financières internationales.

L’Etat et la révolution socialiste

Lorsque la stabilité économique et sociale du mode de production capitaliste est ébranlée, que la domination de la classe dominante est contestée par la lutte de classe qui se développe au point de poser la question du renversement de cette domination, la révolution sociale peut éclater.

De telles conditions résultent de transformations économiques profondes que nous ne pouvons développer ici. La révolution sociale substitue le règne d’une classe sociale à celui d’une autre. Elle présuppose la chute de l’ancienne classe dominante du pouvoir d’Etat. Toute révolution sociale est donc accompagnée d’une révolution politique.

Enrichi par les révolutions socialistes passées, le marxisme distingue trois phases dans la construction d’une société communiste. La première est celle de la transition entre le capitalisme et le socialisme où il ne s’agira pas seulement de chasser la bourgeoisie de l’Etat et de supprimer son pouvoir économique en abolissant la propriété privée des moyens de production. Il faudra également démanteler complètement cet Etat (qui n’est pas un instrument “neutre” que l’on peut réutiliser tel quel) et le remplacer par une nouvelle forme étatique. L’Etat ouvrier de transition, la dictature du prolétariat ou la démocratie socialiste sont les termes les plus communément admis pour décrire cette période qui se caractérise par une extension (et non une restriction) des libertés démocratiques effectives pour les travailleurs. L’Etat ouvrier transitoire sera plus démocratique que l’Etat bourgeois fondé sur la démocratie parlementaire, dans la mesure où il étendra fortement l’espace de la démocratie directe. Ce sera un Etat qui commencera à dépérir dès sa naissance, en livrant des domaines entiers de l’activité sociale à l’autogestion et à l’auto-administration des citoyen(e)s concerné(e)s. Il associera la masse des travailleurs, des étudiants,...organisés en comités à l’exercice direct du pouvoir, en abolissant les frontières fictives entre pouvoir exécutif et pourvoir législatif. Il éliminera le carriérisme de la vie publique en limitant le montant des traitements des fonctionnaires, y compris les plus hauts placés, au salaire d’un ouvrier moyennement qualifié. Il entravera la formation d’une caste d’administrateurs à vie en introduisant le principe de révocabilité des élus et celui de la rotation obligatoire pour toute délégation de pouvoir. L’Etat ouvrier de transition sera plus démocratique que l’Etat fondé sur la démocratie parlementaire, dans la mesure où il créera les bases matérielles (propriété collective) pour l’exercice des libertés démocratiques par tous et toutes. Mais n’oublions pas que la dictature du prolétariat (qui exige de garder des mesures coercitives envers toute tentative de restauration de l’ordre capitaliste par la bourgeoisie défaite) n’est pas une fin en soi. Elle est une phase nécessaire qui sera suivie de celle du socialisme où les classes sociales commenceront à dépérir, ainsi que l’économie marchande et monétaire et aussi, en ce qui nous concerne, l’Etat lui-même qui deviendra inutile du fait que les classes sociales disparaîtront. Viendra ensuite l’étape du communisme où s’appliquera le principe "de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins". Nous ne rentrerons pas dans le détail de ces deux dernières étapes mais ce qu’il faut retenir, c’est que la révolution socialiste a comme objectif fondamental la disparition de l’Etat, sous quelque forme que ce soit. Mais cette suppression ne se fera pas d’un coup car les conflits sociaux et la nécessité d’une forme étatique pour gérer ces conflits existeront encore pendant une durée déterminée. Les travailleurs auront donc encore besoin temporairement de l’institution étatique, mais sous une tout autre forme et nature, pour progresser et pour se défendre contre les velléités contre-révolutionnaires.

CHAPITRE III - Réforme ou révolution ?

Changer le monde !

L’absurdité du monde actuel est de plus en plus insupportable pour des milliers et des milliers de gens qui souffrent dans leurs chairs de la cruauté dudit système. Malgré le formidable potentiel de ressources et l’incroyable développement scientifique, ce système est totalement incapable de répondre aux besoins sociaux élémentaires de toute l’humanité. Pourtant, les ressources et les capacités existent et sont suffisantes. Mais la logique du système, logique de profit immédiat pour une infime minorité, empêche la satisfaction de ces besoins sociaux (droit au logement, à la santé, à l’éducation, au travail, à la culture, etc.).

Cette contradiction du système capitaliste ne date pas d’hier. C’est depuis sa naissance qu’il la porte en lui tout comme les nuées portent en elles la pluie. Tout comme Marx, nous pensons qu’aucun système de production n’est éternel. Tôt ou tard, du fait des contradictions qu’il lui sont propres, il sera condamné à disparaître. Anise, l’histoire a vu se succéder les modes de production antique, féodal et capitaliste. Les deux premiers ont disparu et le mode de production capitaliste est voué, lui aussi, à disparaître à travers de multiples bouleversements (guerres, révolutions, etc.).

Ces bouleversements ne sont pas la conséquence d’une idéologie déterminée, mais surviennent à la suite des contradictions qui font “imploser” le système en place. Ce dernier est alors remplacé par un système social nouveau qui ne connaît pas ces mêmes contradictions, mais en porte de nouvelles.

Marx a étudié et défini les principales contradictions qui mèneront à l’écroulement du capitalisme. Les deux contradictions fondamentales étant, d’une part, la division entre deux classes sociales principales : les travailleurs et les capitalistes, et, d’autre part, découlant de cette dernière, la contradiction entre le socialisation objective de la production et l’appropriation privée de cette dernière. Ainsi, le travail demande une participation et une coopération croissante entre les Hommes. Les barrières géographiques, les distances sont, actuellement quasiment abolies avec le développement des technologies et des transports. Mais ces moyens de produire sont toujours entre les mains d’une minorité d’Hommes.

Ces contradictions mèneront le capitalisme à son effondrement. Elle pourront également provoquer, à travers une révolution, la possibilité de fonder une nouvelle société : une société socialiste. Mais s’il est certain que le capitalisme disparaîtra un jour, l’apparition de cette société nouvelle n’est pas inscrite dans l’ordre des choses, elle ne sera pas une “fatalité”. Les hommes et les femmes, à travers la révolution et le processus révolutionnaire qui en découlera, devront lutter pour que cette société s’établisse et soit réellement démocratique, juste, égalitaire, etc. Si la révolution échoue et que le capitalisme est incapable de survivre, l’humanité risquera d’être plongé dans une barbarie tragique, dont nous voyons dès aujourd’hui les prémisses. C’est en cela que le socialisme est une “nécessité historique”, non pas parce qu’il sera inévitable, mais bien parce qu’il est le seul moyen (que l’on doit atteindre consciemment) d’éviter la barbarie.

Deux pratiques s’opposent pour atteindre cet objectif : la réformiste et la révolutionnaire.

L’impasse réformiste

Le mouvement ouvrier s’est historiquement organisé en partis et en syndicats de masse pour lutter contre son exploitation. Mais, très vite, après la mort de Marx et d’Engels, une tendance de plus en plus puissante voit le jour dans ces organisations : le réformisme. Les théoriciens réformistes prétendent pouvoir instaurer le socialisme par de continuelles réformes légales allant dans ce sens. L’action réformiste est strictement parlementaire et veut se limiter aux cadres légaux fixés par la démocratie bourgeoise. Il s’agirait alors d’une transition pacifique - grâce à la collaboration entre les deux classes - sans rupture brutale avec le capitalisme, lequel se transformerait au fur et à mesure en socialisme. Nulle part, cette méthode n’a obtenu un quelconque résultat. Les réformistes loin de transformer le capitalisme de l’intérieur (via l’Etat), ont au contraire été de plus en plus intégré au système jusqu’à abandonner toute perspective de transformation sociale de ce dernier. Ainsi, aujourd’hui, tous les partis socialistes se contentent de “gérer“ le capitalisme d’une façon qu’ils croient “plus juste” !

De fait, le réformisme ne mènera jamais au socialisme : d’après l’Histoire, et d’après l’analyse de ses contradictions motrices (que Marx appelle matérialisme historique), l’effondrement du capitalisme est inévitable : tôt ou tard, il sera amené à disparaître. Or les réformistes, parce qu’ils croient pouvoir aménager le capitalisme, nient l’inévitable effondrement de ce dernier (à quoi bon réformer quelque chose qui est voué à disparaître). Dans ce cas, pour les réformistes, le socialisme n’est plus une “nécessité” (puisqu’on peut “améliorer” le capitalisme), mais un idéal. Par conséquent, comme tout idéal au sens strict du terme, il sera parfaitement inatteignable. Effectivement, en partant de ce point de vue, il ne sera jamais réalisé !

Les réformes actuelles, proposées ou appliquées par les partis socialistes, ne mènent qu’à une chose : maintenir le capitalisme en vie ! Les contradictions inhérentes du système sont ainsi superficiellement (mais non pas en profondeur) amoindries par moment et par endroit, par des réformes des partis traditionnels dont le but est de masquer les inégalités, la misère, l’exclusion, la destruction de l’environnement, etc.. Pourtant, sans révolution préalable, toutes les réformes imaginables ne sauraient mettre un terme, ni même cacher, tous ces méfaits.

Fondamentalement, les réformistes sincères ne comprennent pas ce que signifie réellement la lutte de classes, c’est-à-dire l’antagonisme entre la classe dominante et la classe dominée. Ils croient soit en une évolution pacifique du capitalisme vers le socialisme, soit en une gestion “humaine” et sociale du capitalisme. En raisonnant ainsi, ils négligent ou refusent de voir l’opposition totale entre les intérêts de la bourgeoise, une minorité et les intérêts des travailleurs, qui constituent l’immense majorité de la population.

Autre illusion des réformistes : le parlementarisme, qu’ils pensent être la seule forme de démocratie possible. Ce qui est loin d’être la réalité (à l’origine, le parlement n’était pas censé représenter l’ensemble de la société : seules les personnes qui avaient les moyens de payer un impôt spécial avaient le droit de vote ! Si les travailleurs ont pu obtenir les mêmes droits politiques que la bourgeoisie, ce ne fut que grâce à une lutte longue et importante). L’égalité politique, très relative, entre travailleurs et capitalistes n’empêche pas la bourgeoisie de continuer à imposer une politique défendant fondamentalement ses intérêts. A travers l’illusion de démocratie que procure le parlementarisme, elle peut d’autant mieux faire accepter l’exploitation économique. Lorsque cette illusion ne suffit pas, les capitalistes sont prêts à laisser tomber ce parlementarisme sous sa forme traditionnelle. Survient alors le danger du fascisme et des dictatures policières et militaires.

A chaque fois que la bourgeoisie est devant une crise politique et/ou économique grave et que la classe ouvrière est forte et offensive (la situation pouvant avoir des allures pré-révolutionnaires), elle fait appel à la social-démocratie. La social-démocratie “écrase” moralement la classe ouvrière car elle ne sait évidemment pas donner de solution à la crise tout en donnant l’illusion d’une alternative. En ce sens, elle joue un rôle contre-révolutionnaire. Le mouvement ouvrier se relâche sous le coup de la défaite subie. A ce moment, si la “démocratie parlementaire” se révèle incapable de continuer à gérer la crise, la bourgeoisie peut sans hésitation faire appel à l’extrême-droite pour “remettre de l’ordre”. Le meilleur exemple en est l’Allemagne des années 20 et 30.

Ainsi, historiquement, le réformisme, en tant que projet de transformation de la société capitaliste est un échec.

De nos jours, la majorité des partis “socialistes” ne peuvent même plus être définis comme réformistes puisqu’ils ne visent plus cette transformation. La politique menée par le PS et le SP en Belgique est clairement bourgeoise : remise en cause des droits sociaux, du droit aux études, privatisation des services publics, acceptation des dogmes économiques néo-libéraux du Traité de Maastricht, refus du droit de vote aux immigrés, militarisme, etc. Seuls les partis communistes qui ont survécus à l’effondrement du stalinisme ou la plupart des syndicats peuvent encore être considérés comme réformistes.

Une seule solution : la révolution

Le réformisme ne menant nulle part et permettant même parfois de renforcer l’oppression et l’exploitation capitaliste, il ne reste qu’une seule alternative : la révolution. Le développement historique de l’humanité lui-même prouve que rien ne peut fondamentalement être changé sans une rupture brutale entre l’ancien et le nouveau : “Les changements du système social qui se sont produits au cours des siècles ont toujours été le résultat d’un mouvement soudain et violent à la suite d’une guerre, d’une révolution ou d’une combinaison des deux. Il n’existe aujourd’hui aucun État établi, qui n’est pas le produit de tels bouleversements révolutionnaires.” La révolution sera donc nécessaire car elle-seule permettra un réel changement progressiste en chassant du pouvoir ceux qui, à cause de leurs intérêts égoïstes, empêchent toute amélioration. Pour nous, la révolution qui mettra fin au régime capitaliste ne sera pas le fruit d’une petite avant-garde éclairée ou d’un quelconque “sauveur suprême”, elle sera l’oeuvre de la majorité de la population contre l’actuelle minorité dominante. Cette révolution devra renverser le pouvoir politique actuel de la bourgeoisie (et donc de l’Etat, qui sert les intérêts de cette dernière) et instaurer un nouveau type de démocratie, plus large et plus équitable.

Le lien entre réforme et révolution

Si nous rejetons le réformisme, tel que nous l’avons décrit ci-dessus, il existe tout de même un lien entre réforme et révolution. La lutte pour des réformes n’est pas mauvaise en soi, tout dépend de quelles réformes il s’agit, de qui les utilisent, comment et à quelle fin. En effet, pour les révolutionnaires, la lutte pour des réformes immédiates peut servir à préparer la révolution. Dans ce cadre, la lutte pour la réforme sociale est le moyen, le renversement social est le but (alors que pour le réformisme, la réforme est le but.) La réforme (ou revendication transitoire) ne rend pas superflue le renversement du pouvoir de la bourgeoisie dominante, mais au contraire, elle peut la préparer. Être révolutionnaire signifie donc aussi se battre pour des réformes : “Nous appelons revendications transitoires des revendications dont la réalisation est incompatible avec le fonctionnement du régime capitaliste. De telles revendications permettent de relier concrètement les situations vécues par les travailleurs à la perspective du socialisme.”(E.Mandel) A travers ces luttes, les contradictions du capitalisme deviennent visibles, béantes, grandissent, car elles opposent les intérêts des deux classes sociales principales, créant ainsi les conditions favorables à une crise révolutionnaire. Les réformes ou mesures transitoires que nous devons revendiquer, appliquées dans le système capitaliste, doivent être des attaques frontales contre le pouvoir dominant. Par exemple, la lutte pour le réduction radicale du temps de travail et sans perte de salaires, l’impôt sur les grosses fortunes, etc. La lutte pour des réformes sera alors farouchement combattue par la classe dominante, ce qui augmentera la combativité et la conscientisation des travailleurs et des secteurs opprimés de la société. Si certaines réformes aboutissent après de longues luttes, elles permettront aux travailleurs de prendre conscience et confiance en leur force et en leur capacité de changer les choses. Et l’idée que l’on pourrait "aller plus loin“ dans le changement de société pourra faire son chemin. Car aucune réforme progressiste n’est définitive dans ce système : tôt ou tard, elles seront remises en question par le pouvoir (ainsi en est-il actuellement pour la sécurité sociale ou les droits des femmes). Pour que ces réformes soient définitivement acquises, une seule solution : la révolution !

Révolution et violence

“Il n’est plus permis d’espérer sans aveuglement et d’annoncer sans trahison l’installation pacifique du socialisme (...). Le peuple qui, le premier, entrera dans le socialisme, verra d’emblée se ruer contre lui tous les pouvoirs réactionnaires affolés. Il serait perdu s’il n’était prêt lui-même à saisir le fer, à répondre aux obus par les obus, pour donner le temps à la classe ouvrière des autres pays de s’organiser et de se soulever à son tour.”2 Une chose est claire : la révolution ne sera pas violente à moins que la bourgeoisie ne s’y oppose. Mais comme le dit la citation plus haut, cela paraît inévitable : il y aura donc une contre-révolution, une réaction violente de la part de la classe dominante en vue de préserver ses intérêts. La bourgeoisie risquera donc d’agresser les masses en révolte et dans ce cas, ces dernières useront, en tant que légitime défense, de la violence pour parvenir à leur libération. Le pacifisme face à la violence la plus pure et dure, celle qui vise (et cela à tout prix) à empêcher les exploités et les opprimés de se libérer, n’est rien d’autre que de l’auto-flagellation, c’est vouloir rester esclave. Se battre contre l’oppresseur n’est que justice ! “Les prolétaires n’ont rien d’autre à perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à gagner” (K.Marx). Gandhi, qui est pourtant présenté avec acharnement comme un prophète de la non-violence absolue comprenait pourtant bien que dans certaines situations, la violence se justifie : “La non-violence est préférable à la violence, mais la violence est préférable à la lâcheté”. L’usage ou non de la violence n’est donc pas un principe éternel valable pour tous les temps. Tout dépendra, à chaque fois, de la réaction de ceux qui détiennent le pouvoir, des objectifs à atteindre, de l’état d’esprit des gens et du rapport de force du moment.

La “vraie” violence, celle qui vise à défendre l’inégalité, n’a jamais été l’oeuvre du prolétariat, mais exclusivement celle de la classe dominante. La violence qui apparaît lors d’une révolution socialiste n’est rien d’autre que le fruit de l’opposition à l’émancipation de la majorité sociale et qui vise à conserver l’ordre établi et les privilèges criminels de quelques-uns.

Mais nous ne devons pas nous résoudre aveuglement à la violence et y voir notre unique salut. La violence est le fruit de répression au sens le plus large (physique, morale, sexuelle, etc.) et doit être vue comme telle. On peut l’expliquer, la comprendre, mais dans quelle mesure peut-on la justifier ? La loi actuelle autorise l’usage de la violence entre autres en cas d’autodéfense. D’après la loi, il est justifié de répondre par la violence en cas d’agression (physique, sexuelle,...). Mais cette violence n’absorbera jamais le dommage humain (psychologique) subi par la victime qui se défend. Malheureusement, à partir du moment où l’on se défend, le mal (commis par l’agresseur) est déjà fait. Se pose donc aussi la question : "à quel moment faut-il commencer à se défendre ?", ou mieux : "comment éviter d’être agressé ?"

Le but n’est bien entendu pas de vouloir en découdre à tout prix “à la vie, à la mort” avec la bourgeoisie. Il y a aussi des moyens de “saboter” la contre-révolution ; dans ce sens, nous pensons que l’on peut tout faire pour empêcher au maximum la violence (à condition de l’accepter lorsqu’il n’y aura plus d’autre alternative) : l’armement, préventif, des travailleurs (on peut citer les Zapatistes qui déclarent : “nous avons pris les armes pour qu’un jour il n’y ait plus d’armes”) et le désarmement de la bourgeoisie et de ses protecteurs (police, etc.) ; la démocratisation des forces répressives... même si de telles mesures ont des limites.

Comme on le voit, il n’y a pas de solution pour régler à l’avance la question de la violence. Il faut l’éviter dans toute la mesure du possible, mais elle sera inévitablement à l’ordre du jour tôt ou tard. Toute la question se ramènera à savoir si la violence ou les mesures de contrainte que les révolutionnaires seront obligés de prendre resteront dans les limites “de ce qui est acceptable”. La fameuse spirale de la terreur, de la violence appelant encore la violence devra être évitée. En effet, contrairement à d’autres, nous pensons que tous les moyens ne sont pas bons pour arriver à une fin, aussi juste soit-elle. Le but, la révolution, la paix et des conditions de bonheur pour l’humanité ne doivent pas justifier l’emploi de moyens qui sont en contradiction avec cet objectif. Pour Marx, la fin ne justifie pas forcément les moyens : “(...) un but qui a besoin de moyens injustes, n’est pas un but juste (...)” C’est cela qui devra être évité.

CHAPITRE IV - La lutte des classes est morte ?

Contrairement à un certain discours dominant, la société est toujours divisées en classes sociales distinctes et aux intérêts divergents. Car les bases de cette division existent encore. Depuis que l’humanité a été capable de produire plus qu’il ne lui fallait pour survivre et qu’une minorité d’hommes s’est accaparée ce “surproduit social”, l’humanité a toujours été divisée entre dominants et dominés, exploités et exploiteurs. Ces derniers se rassemblent au sein de groupes plus ou moins homogènes appelé classes sociales. Ces classes sociales, à travers l’histoire (aristocratie, esclaves, serfs, bourgeois, prolétaires) sont fondamentalement définies par la place qu’elles occupent dans le système de production. Si telle ou telle classe (ou groupes de classes) détient le pouvoir économique, elle occupe également le pouvoir politique. Pour maintenir leur pouvoir, les classes dominantes ont toujours dû pérpétuer coûte que coûte une domination politique et idéologique à l’égard de ceux qui sont dépossédés des moyens de produire.

Cette division entre exploités et exploiteurs permet d’expliquer les causes réelles et profondes des luttes, des guerres, des révolutions ou autres bouleversements qu’a connu l’histoire de l’humanité. Ce n’est pas par hasard que Marx estimait que la lutte des classes est le moteur de l’Histoire et que cette dernière était pour l’essentiel l’histoire des luttes entre les différentes classes sociales. Car de tous les temps, les opprimés et exploités se sont révoltés contre leur domination (les révoltes d’esclaves, comme celle de Spartacus, celles des serfs au Moyen-Age et aujourd’hui, la lutte des travailleurs). La lutte des classes a donc une base objective, concrète, ce ne sont pas les révolutionnaires qui l’ont inventé !

La lutte des classes sous le capitalisme

Depuis la fin du XVIe siècle, la bourgeoisie est une classe qui monte. Elle a de l’argent (issu du pillage de l’Amérique surtout) et une idéologie, mais elle n’a pas encore le pouvoir ni les moyens de développer pleinement sa richesse parce que la classe dominante de l’époque (qui correspond au mode de production féodal), l’aristocratie et la monarchie, tiennent le pouvoir politique, militaire et idéologique (à travers la religion). En 1789, en France, la bourgeoisie, utilisant le peuple comme force de frappe, fait sa révolution et renverse le féodalisme.

C’est le début d’une nouvelle forme d’exploitation car avec le développement de son propre mode de production, la bourgeoisie crée une nouvelle classe sociale nécessaire pour faire fructifier son capital dans les manufactures et entreprises : le prolétariat. Ce dernier est issu d’une partie de la paysannerie qui a été dépossédée de ses terres ou des artisans pauvres des villes : tous ne possèdent “que leurs bras“ qu’ils sont obligés de vendre aux capitalistes pour vivre. Un nouveau pouvoir s’installe par rapport auquel le prolétariat est privé de tous les droits et est exploité de manière ignoble (12 à 16 heures de travail par jour !).

Mais cette nouvelle classe va très vite tenter de mettre fin à sa misère. En 1831, à Lyon, a lieu une des premières grandes révoltes ouvrières. Les ouvriers du textile réclament au départ l’application d’un salaire minimum. Les patrons refusent et licencient les hommes pour les remplacer par des femmes et des enfants sous-payés. Les ouvriers s’arment mais l’armée écrase la révolte dans le sang. En 1848, un mouvement révolutionnaire regroupant la petite-bourgeoisie et le prolétariat traverse toute l’Europe.

Comme toutes les classes sociales, bourgeoisie et prolétariat ne sont pas totalement homogènes. On y distingue la grande bourgeoisie industrielle et celle, la financière, qui possède les banques ; la petite-bourgeoisie, formée d’artisans aisés et de petits et moyens commerçants. Ces différentes couches ou fractions de classes tirent leurs richesses du capitalisme mais n’ont pas toujours des intérêts communs et peuvent parfois s’affronter. A côté de ces classes aisées ou moyennes existent d’autres couches sociales défendant le pouvoir établi : armée, police, fonctionnaires d’Etat, etc. Dans le prolétariat, on distingue les travailleurs moyens ; ceux qui sont, de par leurs qualifications, plus aisés (l’aristocratie ouvrière) et ceux qui sont dépossédés de tout : chômeurs, sans-abri, etc. Enfin, il existe toujours une classe paysanne elle-même divisée en propriétaires terriens aisés, moyens et en ouvriers agricoles qui ne possèdent pas de terres (ou insuffisamment) pour vivre. Des restes de l’ancienne classe aristocratique existent toujours, ce sont souvent des grands propriétaires terriens. 1848 mettra en mouvement toutes ces classes, certaines se regroupant en alliées momentanées. Mais la révolte n’aboutira pas.

En 1871 aura lieu à Paris la première révolution ouvrière victorieuse, du moins pendant quelques semaines. On y proclame la république sociale, le suffrage universel, la journée de 8 heures, les pensions et l’interdiction du travail de nuit. Mais la Commune de Paris fut écrasée par la bourgeoisie : 20.000 morts, 20.000 déportés.

Mais le mouvement ouvrier s’organise : les syndicats sont de plus en plus nombreux et puissants. Ces derniers n’organisant que la défense des intérêts économiques des travailleurs, des partis socialistes se constituent avec comme objectif le renversement politique de la domination capitaliste. Les idées de Marx et Engels, qui ont analysé pour la première fois scientifiquement le fonctionnement du capitalisme et à partir de cela tracé les grands axes de la lutte des prolétaires pour leur émancipation totale, gagnent du terrain.

Après la Iere Internationale, dissoute, une IIeme se fonde, regroupant tous les partis socialistes, de plus en plus puissants. Mais ces partis se divisent entre réformistes et révolutionnaires, les premiers trahissent le mouvement ouvrier en votant avec leur bourgeoisie nationale les crédits nécessaires à la guerre mondiale qui éclate en 1914. Au milieu de cette boucherie inutile, menée au grand profit des capitalistes, éclate la Révolution russe de 1917, menée par un parti révolutionnaire de type nouveau. La volonté de bâtir le socialisme y est proclamée et entamée, la propriété privée des moyens de production interdite et remise aux mains du nouvel Etat soviétique, des lois et des mesures radicales essaient d’établir l’égalité sociale, les droits des travailleurs, des femmes et des peuples opprimés. La guerre est enterrée et la terre remise à celui qui la travaille. Malgré toutes les difficultés (guerre civile, intervention contre-révolutionnaire étrangère et blocus économique), cette première révolution socialiste victorieuse survit... Mais elle reste désespérément isolée, les tentatives révolutionnaires ayant secoué l’Europe à la fin de la guerre ayant toutes échouées. Une IIIeme Internationale, communiste, révolutionnaire se constitue en 1919. Profitant de la défaite révolutionnaire internationale, du recul de la conscience et de la mobilisation ouvrière (dont les meilleurs éléments sont morts dans la guerre civile), une bureaucratie (issue du prolétariat), avec à sa tête Staline, instaure peu à peu une dictature absolue et trahit les idéaux de la révolution.

D’autres tentatives révolutionnaires auront lieu au cours du siècle en Europe (nous n’aborderons pas ici, faute de place, les processus révolutionnaires dans le Tiers-monde, nombreux et enrichissants : Cuba, Vietnam, Nicaragua, Algérie, etc..) mais aucun n’a abouti. Début des années ’90, les régimes soi-disant communistes de l’Est s’effondrent et entament leur restauration capitaliste.

Mais de nos jours, la lutte de classes est loin d’être morte. Les moyens de production sont toujours aux mains d’une minorité qui détient également le pouvoir politique. Les travailleurs, non seulement en Belgique mais aussi à travers le monde, sont toujours exploités. De même, les femmes, les jeunes, les chômeurs, les sans-abri, etc., sont toujours opprimés. Les raisons objectives de lutter ne manquent donc pas, la capacité de lutte et de transformation des travailleurs, de la classe ouvrière non plus. On l’a vu à travers le combat exemplaire des Forges de Clabecq.

Syndicalisme, bureaucratie et nouveaux mouvements sociaux

Les travailleurs ont besoin d’une organisation de masse défendant quotidiennement, face au patronat, leurs intérêts. Le renversement du capitalisme est un but qui ne sera réalisé que dans la mesure où les travailleurs auront déjà été capables de se défendre et de s’organiser quotidiennement contre leur exploitation. Acquis du mouvement ouvrier, le syndicat est donc une structure élémentaire de défense et d’attaque ouverte à tous. Les syndicats permettent aux travailleurs de “vendre” collectivement leur force de travail, ce qui impose au patronat de tenir compte de ses exigences en matière de qualité de vie, etc. Si les travailleurs devraient vendre leur force de travail isolément, leurs salaires seraient bien moindre et les conditions de travail (qui ne sont déjà pas excellentes) seraient catastrophiques. C’est pourquoi il faut renforcer les syndicats et leurs luttes immédiates (ne pas mépriser les revendications d’augmentation de salaire par exemple), malgré toutes leurs limites. En effet, les syndicats se limitent trop généralement à la lutte économique et ne s’occupent pas des aspects strictement politiques. Ils sont en outre dominés par une bureaucratie (composée de permanents, de secrétaires, de dirigeants, de délégués d’entreprises) qui privilégie la collaboration et la concertation avec les classes possédantes plutôt que la lutte directe pour imposer ses revendications. Anticapitalistes, pour beaucoup, dans leurs statuts, les syndicats le sont de moins en moins dans la pratique. Mais une lutte existe au sein des syndicats entre les partisans du syndicalisme de combat (qui privilégient la grève et l’action de masse et que nous soutenons) et ceux du syndicalisme de concertation.

Un des effets de cette domination de la bureaucratie (et de l’idéologie bourgeoisie sur le mouvement ouvrier) est que les syndicats ne prennent pas (ou insuffisamment) en compte une série de luttes ou de secteurs nouveaux et de plus en plus importants. Ainsi en est-il du féminisme, de l’écologie, mais également des luttes pour le droits des homosexuel(le)s ou pour l’égalité des droits belges et immigrés. C’est aussi les luttes pour le droit au logement ou à l’emploi. Ce qui fait la force du prolétariat, ce n’est pas simplement le fait qu’il permet de paralyser tout l’appareil économique du capitalisme, mais également son nombre, son unité, sa conscience de classe. Or, cette unité et cette conscience sont aujourd’hui affaiblies du fait de l’augmentation dramatique du nombre de travailleurs exclus des droits les plus élémentaires. En Belgique, 14% de la population vit sous le seuil de pauvreté ; 20 à 30% des Belges ont un statut précaire et risquent de tomber dans la pauvreté. La précarité n’est plus une question conjoncturelle, mais bien permanente. Des milliers de travailleurs (des jeunes surtout), n’ont jamais connu autre chose que le chômage ou les petits boulots mal payés.

Cette situation favorise évidement le chantage patronal qui refuse toute augmentation des salaires ou amélioration des conditions de travail en agitant la peur du chômage.

Les centaines de milliers "d’exclus“, du fait de leur atomisation et de leur situation précaire, ne sont pas organisés syndicalement... et le syndicat ne fait rien pour arranger les choses !

Pourtant, en s’auto-organisant et en luttant syndicalement pour leurs droits, les sans-logis, les sans-emploi pourront créer une jonction entre leurs luttes et celles, plus traditionnelles des travailleurs syndiqués. Ce qui renforcera l’unité de classe et son poids dans la lutte contre les capitalistes. Les syndicats doivent donc impérativement soutenir et aider toutes les formes d’auto-organisation.

Le prolétariat n’est pas spontanément révolutionnaire, il l’est potentiellement. Il n’y a aucune liaison automatique entre le niveau des salaires ou la misère des travailleurs et leur niveau de conscience politique. Leur conscience révolutionnaire ne se fonde pas sur le degré de leur misère mais sur leur condition sociale de travailleur ne possédant fondamentalement rien d’autres que leur force de travail et parce qu’il n’a aucun pouvoir de décision sur cette dernière, sur ce qu’il produit et sur la façon de produire. La conscience révolutionnaire peut également se développer à partir de la réaction contre l’oppression spécifique que subit telle ou telle catégorie de travailleurs (femmes, jeunes, immigrés, etc.). D’où, de nouveau, l’importance des luttes contre ces oppressions car elles peuvent faire éclater des contradictions flagrantes de la société capitaliste et s’attaquer à des aspects “sacrés“ de cette dernière. Par exemple la lutte des sans-logis s’attaque directement à la spéculation immobiliaire, les actions d’occupation d’immeubles frappant plus particulièrement le sacro-saint “droit“ à la propriété privée. Fondamentalement, la conscience révolutionnaire ne peut se développer massivement qui si il y a lutte de masse, ce qui implique une lutte de classe unitaire et convergente de tous les secteurs du prolétariat, et l’organisation ou l’auto-organisation des exploités et des opprimés.

Lutte de classe et révolution

Puisque dans nos pays, le prolétariat (c’est-à-dire toute personne obligée de vendre sa force de travail intellectuelle et manuelle pour pouvoir vivre), loin de “disparaître”, s’est accru au contraire et constitue en moyenne 85% de la population. La forme qu’y prendra la révolution découlera de cette composition sociale même et de la façon dont la lutte de classes s’y exprime.

Ce processus sera complexe et difficile. Comme le notait déjà Lénine, Trotsky et surtout Gramsci, la révolution en Occident sera plus difficile et plus longue à réaliser, contrairement à l’expérience russe de 1917. Mais une fois accompli, le processus de transformation de la société sera plus efficace, plus facile et plus sûr dans ces pays que dans les pays arriérés économiquement et culturellement.

On peut tracer, à grands traits, ce que pourra être un processus révolutionnaire dans nos pays, mais il faut bien tenir compte ici du fait qu’il s’agit d’un schéma “idéal“, les choses exposées ci-dessous ne se dérouleront pas aussi parfaitement et mécaniquement dans la réalité !

Quelle stratégie révolutionnaire ? A la suite de mouvements sectoriels apparaît une grève générale mobilisant des millions de travailleurs et soutenue par toutes les couches opprimées, paralysant ainsi le pays. Dès lors, une radicalisation immédiate des travailleurs commence car ils se rendent compte de leur force. Cette force s’agrandit à la fois par la grève et son organisation, mais également dans les manifestations de rue qui ont pour fonction de la rendre visible. La qualité et la quantité des revendications s’amplifient au rythme de la crédibilité de cette force. Ces revendications ne sont pas révolutionnaires en soi, mais elles le deviennent dans un tel contexte du fait que le pouvoir est incapable de les satisfaire sans remettre en cause les bases mêmes du système.

La grève générale de masse représente une étape capitale du mouvement (qui aura été précédée d’une série d’autres luttes où les revendications transitoires auront joué pleinement leur rôle) : elle pousse à son paroxysme les revendications de classes, elle paralyse la bourgeoisie (et frappe son profit) et permet de mettre au pied du mur toutes les couches intermédiaires (petite-bourgeoisie) qui sont obligées de choisir leur camp en s’alliant à la grande bourgeoisie isolée ou à ce nouveau pouvoir en puissance qui émerge de la grève. Bien mené, ce mouvement doit permettre aux travailleurs de commencer à s’organiser de façon indépendante en créant, sur chaque lieu de travail, un comité de grève qui organise la lutte, la défense de l’entreprise et qui doit être la structure de base la plus démocratique possible pour permettre les discussions et les décisions. Ces comités doivent rassembler tous les travailleurs, quelle que soient leur appartenance syndicale ou leurs conceptions politiques ou philosophiques.

Mais la grève générale à elle seule n’est pas la panacée. Etape de mobilisation générale, elle peut devenir un frein paralysant, à un certain moment, l’affrontement entre travailleurs et capitalistes. Un moment de flottement apparaît alors généralement où, souvent, la bourgeoisie et les directions réformistes des syndicats et des partis ouvriers en tirent profit pour empêcher toute évolution révolutionnaire. Le seul moyen de prolonger l’offensive consiste à arrêter la grève générale et à faire tourner les entreprises et les services publics sans les patrons, sous la direction des comités de grève (ce que l’on appelle une “grève active“). Ainsi, par exemple, les trains pourront de nouveau rouler, sous le contrôle des cheminots, permettant ainsi des manifestations de masse. Les travailleurs des banques, sous le contrôle de leur comité, permettront le payement des salaires des autres travailleurs, etc. Cette étape remet directement en cause le pouvoir économique des capitalistes. Elle nécessite un haut niveau de combativité des travailleurs, une direction centrale reconnue par l’organisation nationale des grévistes : c’est-à-dire un véritable réseau de milliers de comités d’usines, de quartiers, de bureaux, d’écoles, coordonnés et capables aussi bien de prendre en mains les entreprises que d’être candidats au pouvoir central (à travers la revendication d’un gouvernement des travailleurs). La question du pouvoir politique sera donc posée pour deux raisons. Parce que les comités, dont la nature changera profondément, commenceront à prendre en charge des questions non plus strictement économiques, mais directement politiques (gestion des quartiers, des villes, etc.). La conscience révolutionnaire fera alors un bond formidable en avant. Et à ce moment-là, le pouvoir ne pourra plus tolérer ce seuil et mettra toutes ses forces de répression en oeuvre pour arrêter ce processus devenu objectivement et subjectivement révolutionnaire.

Car si l’organisation (via la démocratie directe la plus large) locale, régionale et enfin nationale des grévistes et des différentes couches opprimées donne naissance à un organe de pouvoir populaire élu, on sera en présence d’une situation de double pouvoir : le pouvoir légal de la bourgeoisie, avec son Parlement, ses bourgmestres et ses flics, sans autorité réelle, et le pouvoir illégal des travailleurs, mais réellement légitime et représentatif. L’alternative est alors évidente : il s’agit de légaliser le nouveau pouvoir de fait, en détruisant l’ancien. C’est l’étape insurrectionnelle de la révolution. Plus la résistance de la bourgeoisie aura été affaiblie par la profondeur et la force des masses, moins cette étape sera violente (voir chapitre Réforme ou révolution ?). Il ne peut pas y avoir longtemps de coexistence entre les deux organismes antagonistes : l’un doit disparaître au profit de l’autre. Comme l’a résumé Lénine : les gens ne veulent plus être gouvernés comme avant, et le pouvoir ne peut plus gouverner. Le rôle des révolutionnaires est ici crucial. A toutes les étapes, ils doivent permettre, sur base d’une analyse sérieuse, de transformer en axes de combat les aspirations des millions de travailleurs en lutte. Les révolutionnaires interviennent principalement via les nouveaux organes du pouvoir, non pas en les “dominant”, mais bien en y respectant et en y défendant les règles les plus démocratiques. Leur sérieux et leurs capacités seules sont les garanties de leur succès auprès des masses. Ce succès permettra à ces dernières de se détacher de leurs directions politiques et syndicales réformistes, à tout moment capables de trahir ou d’entraver le processus révolutionnaire.

Une fois posée l’alternative du double pouvoir, la bourgeoise pourra être balayée et son appareil de domination démoli de fond en comble et définitivement remplacé par les nouveaux organes révolutionnaires. Voilà, (très, très schématiquement !!) tracés les grandes lignes de la révolution dans nos pays. Du fait que le prolétariat constitue la majeure partie de la société, la grève générale de masse sera l’instrument essentiel de la révolution. Mais toute grève générale n’est pas forcément révolutionnaire. Tout dépend du contexte, des luttes précédentes, etc. Il faut, pour que la grève générale prenne telle valeur qu’elle se place dans une situation de crise révolutionnaire. Par contre, toute situation révolutionnaire peut provoquer une grève générale, car comme l’a noté Rosa Luxemburg, ce n’est pas la grève générale qui engendre la révolution, mais bien une situation révolutionnaire qui engendre la grève générale.

Ce schéma ne se base pas sur notre imagination, mais bien sur les expériences accumulées des différentes tentatives de révolution qui se sont succédées à travers l’histoire (1918, 1919 et 1923 en Allemagne, 1919-1921 en Italie, 1936 en Espagne et en France, 1945 en France et en Italie, 1960-61 en Belgique, Mai 68 en France, 1974-75 au Portugal et en Espagne, etc.).

De là l’importance que nous attachons à connaître et à analyser tout ce qui a été fait pour être préparé à ce qui se fera, pour pouvoir y contribuer en toute lucidité et éviter, dans la mesure du possible, de continuer à suivre une route pavée d’échecs en proposant, dès maintenant, une nouvelle orientation des luttes.

CHAPITRE V - Prolétaires de tous les pays : unissez-vous !

Cette célèbre phrase de Marx, appel vibrant à l’internationalisme, reste plus que jamais notre mot d’ordre. Mais qu’est ce que l’internationalisme ? C’est tout d’abord la solidarité pratique des travailleurs (au sens large, c’est-à-dire également les chômeurs, etc.) exploités ou opprimés d’un pays à l’autre, par delà les frontières, quelle que soit leur nationalité. C’est l’appui réciproque, le soutien quand des luttes sont engagées (récolte de fonds pour la caisse de grève) ou lorsque la répression s’exerce (pressions internationales, accueil des réfugiés), et enfin l’action commune : manifs ou grèves internationales.

Les travailleurs d’un même pays doivent s’épauler, se prêter main forte, quel que soit leur métier, leur patron, leur région, leur religion ou leur conception de la vie. De même, d’un pays à l’autre, les exploités doivent s’efforcer de surmonter leurs divisions pour s’entraider et s’unir. Car face aux bourgeoisies de tous les pays, qui aujourd’hui plus que jamais organisent l’exploitation au niveau international, les travailleurs ne doivent pas se laisser diviser par les barrières des langues, des cultures ou des frontières. Leurs intérêts fondamentaux sont communs à travers le monde.

Historiquement, ce mouvement internationaliste est une tendance réelle (mais fragile) du mouvement ouvrier. En 1862, les représentants des syndicats britanniques organisent un banquet en l’honneur des ouvriers français venus à l’exposition universelle où ils leur déclarent : “Aussi longtemps qu’il y aura des patrons et des ouvriers (...), l’union des travailleurs entre eux sera leur seul moyen de salut... Espérons que maintenant que (...) nous voyons que, comme hommes, comme citoyens, comme ouvriers, nous avons les mêmes aspirations et les mêmes intérêts, nous ne permettrons pas que notre alliance fraternelle soit brisée.“ De cette rencontre devait naître en 1864 l’Association Internationale des Travailleurs (AIT), plus connue sous le nom de Iere Internationale et qui existera jusqu’en 1876.

Cette tendance historique de l’internationalisme est fragile car il est sans cesse contre-balancé par la situation contradictoire même des travailleurs dans la société capitaliste. Société dont le fonctionnement tend aussi bien à les rassembler (à travers les grandes entreprises et les attaques frontales du patronat) qu’à les diviser par tous les moyens légaux et idéologiques (racisme, nationalisme, etc.), autant que par la concurrence économique (entre chômeurs et travailleurs, contrats stables et précaires, hommes et femmes, etc.). L’internationalisme doit donc être rendu conscient et consciemment poursuivi. C’est une bataille permanente. Pour cela, il faut voir si ses fondements matériels existent, si c’est autre chose qu’un sentiment vague et généreux. L’appel de Marx cité ci-dessus est-il plus qu’un slogan ?

Les fondements matériels de l’Internationalisme

En 1848, le “Manifeste du Parti communiste” de Marx/Engels proclame : "Les ouvriers n’ont pas de patrie”. Dès 1845, Marx avait développé cette idée : “La nationalité du travailleur n’est ni française, ni anglaise, ni allemande, elle est le travail, l’esclavage salarié, la vente de soi-même. Son gouvernement n’est ni français, ni anglais, ni allemand, il est le Capital. Son air natal n’est ni français, ni anglais, ni allemand, il est l’air de l’usine“. La situation sociale des travailleurs, définie par le fait qu’ils ne possèdent fondamentalement en propre que sa force de travail, crée - entre les travailleurs de tous les pays - une unité d’intérêts objectifs (c’est-à-dire quelle que soit la conscience que les travailleurs en ont). La concurrence entre les travailleurs prend ses racines dans la concurrence entre capitalistes. C’est pourquoi la véritable défense de leurs intérêts est indépendante de leur nationalité.

L’internationalisme plonge également ses racines matérielles dans l’évolution même du capitalisme qui, du fait de sa nature, s’internationalise de plus en plus. Dès sa naissance, le capitalisme est en effet orienté vers la constitution d’un marché mondial. Spécialisation du commerce international, importation, exportation, conquête de nouveaux marchés ont accompagné chaque pas en avant du système.

La colonisation (ou le néocolonialisme aujourd’hui) des pays du Sud et l’impérialisme (c’est-à-dire la lutte de domination militaire, politique et économique au niveau international) ont poussé cette tendance à un niveau plus élevé au cours de ce siècle. Par sa nature expansive même, la capitalisme a créé un système mondial qui forme un tout organique et structuré, qui a ses lois propres.

Au cours de ces dernières années, l’apparition et la puissante concentration des sociétés transnationales ou multinationales reflète encore plus clairement cette internationalisation du capital. Deux cent de ces sociétés contrôlent à elles seules 31% des richesses du monde (leur chiffre d’affaire est de 7.850 milliards de dollars, soit 23.000 milliards de FB !). De ce fait, l’organisation de la production industrielle est de plus en plus organisée internationalement. Ces sociétés organisent une division du travail internationale : elles fabriquent des pièces sur un continent et possèdent des chaînes d’assemblage dans d’autres. Cette évolution touche également des branches non “productives“, tels que les services (ainsi des bottins téléphoniques européens sont réalisés... en Asie !). L’économie est ainsi de plus en plus interdépendante mondialement.

L’internationalisation du capital se reflète également par les vastes mouvements de capitaux à travers le globe (facilités par l’informatique) : le montant des transactions financières au niveau mondial se chiffre à 1.000 milliards de dollars par jour. Ces mouvements financiers, essentiellement spéculatifs, sont capables de provoquer des crises graves dans n’importe quel pays.

Face à cela, il est évident qu’une riposte efficace des travailleurs, pour ne pas parler d’une révolution socialiste elle-même, doit être internationale. Car tous les problèmes-clés auxquels fait face aujourd’hui l’humanité (le problème de la faim et le sous-développement du Tiers-monde, le problème de l’emploi, la crise écologique, etc.) ne peuvent être résolus définitivement qu’à l’échelle internationale. Ce qui n’empêche évidemment pas de commencer à lutter au niveau “national“, mais toujours en tenant compte de la situation internationale.

La lutte de classes est internationale

Déjà dans la seconde moitié du XIXe siècle, les patrons ont essayé de briser les grèves soit en transférant des commandes dans des pays étrangers soit en important de la main-d’oeuvre étrangère. Une réaction nationaliste de la part des grévistes, essayant de présenter les “étrangers” comme des ennemis, joue en faveur des patrons. A long terme, cela ne peut qu’aider davantage encore la classe capitaliste qui essaie de diviser de manière permanente la classe ouvrière, d’introduire en son sein la concurrence et la lutte entre des travailleurs de différentes nationalités. L’expérience a rapidement démontré que la meilleure réponse à ces manoeuvres était d’étendre les grèves et la syndicalisation y compris internationalement.

Tout bouleversement radical de l’équilibre des forces dans une partie du système (victoire d’une révolution dans un pays ou dans un ensemble de pays ou au contraire défaite lourde du mouvement ouvrier ou d’une lutte de libération) a des répercussions ailleurs, produisant des vagues de fond dans un sens ou dans un autre. Il y a interaction, interdépendance des fronts de lutte. Un succès ici encourage ailleurs. L’unité mondiale de la lutte de classes qui nous fait parler, depuis Lénine, de “révolution mondiale” (qui ne veut pas dire que la révolution sera simultanée dans tous les pays !) n’est que l’autre face de l’unité organique du marché capitaliste mondial. On sait par exemple comment la montée de la révolution coloniale en Afrique a amené les luttes de libération en Angola et au Mozambique et comment celles-ci ont déstabilisé la dictature portugaise accélérant avec son renversement en 1975 le processus de décolonisation, en même temps qu’en ébranlant, par contrecoup, le franquisme, amenant le retrait de l’Espagne du Sahara Occidental. Le développement de la lutte de libération des Sarhaouis ébranlant à son tour la monarchie réactionnaire d’Hassan II du Maroc ! Le soutien aux luttes de libération des peuples opprimés des pays du Tiers-monde est donc essentielle. Les exemples actuels ne manquent pas : en 1994, les travailleurs de l’usine FIAT de Turin ont versé un mois de leur salaire aux guerilleros zapatistes du Mexique. En Europe même, les mineurs britanniques ont aidé les travailleurs de la ville de Tuzla, pendant la guerre en ex-Yougoslavie (ces derniers avaient soutenus la grève des mineurs britanniques de 1984). En Belgique, le Comité pour l’annulation de la dette du Tiers-monde (CADTM) se bat pour l’annulation inconditionnelle de cette dette, etc.

Ce n’est pas par simple “humanisme“ qu’il faut soutenir ces luttes, mais bien par solidarité et parce qu’elles peuvent avoir des implications dans nos propres pays occidentaux. Il ne faut pas ici confondre l’internationalisme avec le Sud comme une forme caricaturale de tiers-mondisme qui considère les populations du Nord comme les “méchants“ exploiteurs des pauvres populations du Sud. La vérité est que ce n’est qu’une minorité (la classe dominante) du Nord qui exploite les peuples du Sud avec la complicité des classes dominantes du Sud.

En Europe même, il est évident qu’une lutte conséquente contre l’offensive du capitalisme néo-libéral (destruction des conquêtes sociales) ne peut se faire, en plus de la lutte contre les gouvernements nationaux, que contre l’Union Européenne, véritable machine de guerre antisociale des bourgeoisies. L’Union européenne, comme d’autres instruments internationaux de la bourgeoisie (ALENA, Fonds monétaire international, Banque mondiale,...), est très utile pour cette dernière car si elle voit ses intérêts vitaux menacés dans un pays, elle pèsera de tous son poids international contre les travailleurs ou opprimés révoltés. La lutte contre la construction de l’Europe, telle qu’elle nous est imposée, ne peut être qu’internationale. Les Marches européennes contre le chômage, l’exclusion et la précarité en 1997 (qui ont, pour la première fois, rassemblé des chômeurs, des précaires, des syndicalistes et des militants associatifs de tout le continent) ont démontré que cela était possible.

Comme on le voit, l’internationalisme n’est donc ni un gadget ni une préoccupation exotique, ni une utopie. Dans chaque pays, il affecte directement les rapports de force entre les classes, dans les luttes sociales, et donc les possibilités de victoire.

Comment sommes-nous internationalistes ?

La IVe Internationale

Une véritable éducation, systématique et permanente, à l’internationalisme n’est possible que par l’expérience d’une activité internationale commune. Nous sommes internationalistes et nous ne pensons pas que des idées,aussi justes soient-elles, peuvent s’emparer des masses et devenir des forces matérielles sans l’intermédiaire d’une pratique et donc d’une organisation. De plus, pour renverser le capitalisme (système centralisé internationalement) et instaurer une nouvelle société, les révolutionnaires doivent se donner un instrument capable d’aboutir à cet objectif. Cet instrument, c’est le parti révolutionnaire, lui-même intégré dans une internationale révolutionnaire. Un parti révolutionnaire au plein sens du terme, c’est-à-dire qui exprime les intérêts historique des exploités et des opprimés ne peut être qu’un parti international.

C’est pourquoi la JGS est en solidarité politique avec le Parti ouvrier socialiste (POS), section belge de la IVe Internationale. Cette dernière a été fondée en 1938 par Léon Trotsky, révolutionnaire russe, artisan, avec Lénine, de la Révolution d’Octobre 1917. Chassé d’URSS suite à la contre-révolution bureaucratique, il fonda la IVe Internationale à la fois pour lutter contre la dégénérescence stalinienne du mouvement communiste et pour la victoire de la révolution socialiste mondiale. Très faibles aux débuts, les militants de la IVe Internationale ont été durement pourchassés, emprisonnés, torturés et assassinés, à la fois par les bourgeoisies, par les bureaucrates staliniens et par les fascistes. Trotsky fonda cette organisation, à un des moments les plus sombres de l’histoire et les plus réactionnaires, dans le but de préserver les acquis théoriques et l’expérience militante de l’avant-garde révolutionnaire qui avait été décimée. La IVe Internationale s’est donc battue durant plus de 50 ans à contre-courant et a réussi à maintenir et à enrichir (avec ses erreurs et ses réussites) le programme et l’expérience du marxisme-révolutionnaire. La IVe Internationale nous permet d’analyser une situation mondiale complexe grâce à ses militants présents dans près de 60 pays, sur tous les continents. Elle permet de propager les expériences les plus avancées pour les faire partager par tous et d’organiser la solidarité par des campagnes internationales. Elle contribue à coordonner des luttes éclatées et à mettre sur pied une stratégie de luttes internationales (comme notre apport lors des Marches européennes contre le chômage). Et elle permet grâce à la diversité et à la richesse des situations vécues d’apporter un enrichissement à la tactique et à la stratégie révolutionnaire ainsi qu’à la théorie marxiste sur des questions nouvelles ou originales.

Grâce à la IVe Internationale, les différentes organisations révolutionnaires de jeunesse qui lui sont liées (dont la JGS en Belgique) organisent chaque année un camp international rassemblant des centaines de jeunes venus de toute l’Europe.

La IVe Internationale aujourd’hui, bien plus forte qu’à ses origines, reste malgré tout une organisation modeste en regard des tâches à accomplir et de l’objectif qu’elle se donne. Mais nous n’avons pas la prétention de la vérité unique ou de la toute-puissance, c’est pourquoi nous rejetons toute forme de dogmatisme et de sectarisme. La révolution sera l’oeuvre des masses, guidées par une nouvelle organisation révolutionnaire à laquelle la IVe Internationale veut apporter ses acquis théoriques préservés et enrichis et ses forces militantes.

CHAPITRE VI - L’oppression des femmes

De génération en génération, le discours dominant reste invariablement le même : “La domination masculine a toujours été, c’est la forme d’inégalités la plus ancienne qui soit, elle tient à la Nature, la biologie...” En période de crise et de chômage, ce discours permet aux réactionnaires de tout poil de réclamer le retour au foyer des femmes et de remettre en cause le droit des femmes à disposer de leur corps, le droit à la contraception et à l’avortement. Ce discours est simpliste et faux, l’explication de l’inégalité des sexes ne doit pas être recherchée dans des fatalités biologiques, mais plutôt en fonction de leur rôle dans la production.

L’oppression des femmes, l’inégalité, la discrimination existent depuis des millénaires mais n’ont peut-être pas toujours existé ; cette oppression s’est modifiée au fil du temps avec des “hauts et des bas” . L’évolution des modes de production, des rapports de classes a façonné cette oppression. Aujourd’hui même l’évolution économique est en train de modifier le statut des femmes travailleuses et les rôles qui leur sont assignés ainsi que la structure familiale.

1. Etre femme aujourd’hui :

La lutte des femmes a permis une série de changements sur le plan légal et sur la plan social. Malgré cela, les racines profondes de l’oppression des femmes sont toujours présentes. Sous le semblant d’égalité, un long chemin reste à faire pour que nous, femmes, soyons réellement libérées de notre oppression. Nous subissons sans relâche le conditionnement social. Dès le plus jeune âge, les petites filles sont poussées par les parents à jouer aux poupées, aux jouets ménagers ou de soins. A l’école, de nombreux manuels scolaires montrent toujours l’image de la femme s’occupant des enfants, préparant le souper de la famille...

La publicité prend le relais, à travers les affiches, les spots télévisés...elle véhicule les comportements sexistes et les “canons esthétiques” en vigueur. Ce bourrage de crâne provoque bien des complexes pour toutes celles qui ne correspondent pas à la “mode”, tant vestimentaire que physique.

Comme la politique, certaines études constituent un domaine réservé aux hommes. De plus les métiers féminins sont ceux qui prolongent le rôle traditionnel de la femme au foyer (institutrice, infirmière...), la féminisation d’un travail ou d’un secteur signifie souvent dévalorisation de celui-ci.

Plus la crise s’approfondit, plus on insiste sur le rôle de la femme au foyer. Depuis des années, le travail à temps partiel est promotionné dans ce sens, c’est-à-dire le moyen idéal de concilier vie professionnelle et vie familiale. Il s’agit bien de nous persuader de la priorité de nos responsabilités familiales et par là d’obtenir une main d’oeuvre flexible oscillant entre travail professionnel et foyer. Une fois prises au piège les femmes se sont vues supprimer leurs allocations de chômage complémentaires. Dans le même sens, on exclut de plus en plus de femmes du bénéfice des allocations de chômage parce qu’elles sont cohabitantes. On les oblige ainsi à dépendre du revenu de leur mari ou compagnon. Cette politique permet de disposer d’une main-d’oeuvre flexible de réserve.

Même quand les femmes travaillent, elles subissent des discriminations spécifiques : inégalité salariale, emplois atypiques,...elles travaillent souvent en dessous de leur niveau de qualification. Il est bien connu, également, que les femmes ont plus de difficultés à décrocher un boulot. Le taux de chômage est nettement plus élevé pour les femmes. Ce sont elles, encore, qui sont le plus touchées par le chômage de longue durée. La pauvreté les frappe plus durement ; en effet, 60% des bénéficiaires du minimex sont des femmes de moins de 40 ans, 80% de femmes âgées vivent du minimum garanti. Les familles monoparentales, vécues à 80% par les femmes, sont plus souvent victimes de la pauvreté et de la précarité.

Mais ce tableau, fort sombre, de la condition des femmes aujourd’hui est en outre encore plus assombri du fait d’un retour en force de l’ordre moral. En France, les cliniques pratiquant les interruptions volontaires de grossesse (IVG) sont depuis quelques années l’objet d’attaques de la part de commandos de catholiques intégristes (liés, la plupart du temps, à l’extrême droite). Aux Etats-Unis, des cliniques sont même attaquées à la mitrailleuse et plusieurs médecins ont été assassinés. En Belgique, le CVP veut restreindre le champ d’application de la loi. L’extrême droite quant à elle veut interdire l’avortement et remettre les femmes au foyer. Certaines pilules contraceptives ne sont plus remboursées et représentent pour les femmes une augmentation du prix de 20%.

Non seulement nous sommes bien loin d’une parfaite égalité entre les hommes et les femmes, mais les maigres acquis arrachés par les luttes du passé sont sans cesse menacés !

2. Comment et pourquoi cette oppression ?

Le statut social des individus, hommes et femmes d’une classe ou d’un genre donnés, se constituent à partir du rapport individuel qui s’établit dans la famille. En effet, c’est dans celle-ci que se développe, dès le plus jeune âge, le premier processus de socialisation des personnes, que commence le processus d’apprentissage des valeurs, des connaissances et des symboles qui déterminent le comportement et les habitudes, et que sont intériorisées et assimilées comme naturelle les normes qui opèrent dans la société. Le but est de favoriser l’acceptation d’un ordre social, de ses valeurs et de ses exigences. Le fait que la famille est un cadre de socialisation et de reproduction idéologique privilégié et que la femme y joue un rôle central amène les femmes elles-mêmes, par une intégration idéologique profonde, à assumer comme légitime et naturelle leur oppression. Les valeurs dites féminines - la résignation, l’esprit de sacrifices, le manque d’initiative et le manque de confiance en soi - garantissent la dépendance et la soumission des femmes.

Les tâches d’entretien et de reproduction de la force de travail reposent toujours principalement sur les femmes, même si on observe une socialisation croissante mais limitée de ces tâches dans le cadre de la société actuelle. Mais l’insertion des femmes dans la production, loin de dégager les femmes des charges et responsabilités familiales, se fait au prix de la double journée de travail !

La soumission des femmes au sein de l’institution familiale fournit les bases économiques, sociales et idéologiques qui rendent possible leur surexploitation.

Les femmes constituent une réserve de main-d’oeuvre exceptionnellement souple, qui peut être lancée sur le marché du travail ou renvoyée au foyer avec beaucoup moins de conséquences sociales que n’importe quelle autre composante de “l’armée de réserve“ (chômeurs) ! En effet, l’emploi des femmes est fonction de la conjoncture économique, on fait appel à celles-ci selon les besoins du marché ou on les renvoie dans leur cuisine parce que c’est là qu’est supposée être leur place naturelle. Cet argument permet donc de licencier mais également d’expliquer le haut niveau de chômage parmi les femmes, l’inégalité salariale toujours existante. Après tout, les femmes ne travaillent-elles pas que pour apporter un appoint aux revenus déjà existants d’une famille, nous dit-on !

L’oppression des femmes sert aussi à diviser la classe ouvrière et donc à l’affaiblir. Puisque tout le système salarial est structuré à partir des salaires les moins élevés, la surexploitation des femmes joue un rôle de maintien du bas niveau des salaires des hommes, ou de pression à la baisse des salaires.

3. Femmes et mouvement ouvrier

L’histoire de l’humanité est présentée comme étant uniquement réalisée par les hommes. Les femmes, qui constituent tout de même la moitié du genre humain, n’apparaissent pour ainsi dire jamais ! Les femmes ont, pourtant contribué également aux grandes luttes.

Chaque fois que l’ordre social a basculé, que le rapport de forces s’est déplacé au profit de la classe ouvrière, les femmes ont participé. Le 8 Mars 1917, c’était la Journée Internationale des femmes. Alors qu’aucune organisation ouvrière n’appela à la grève, à Saint-Petersbourg, les ouvrières du textile quittèrent leur travail et descendèrent dans la rue. C’était le début de la Révolution russe.

Les femmes ont participé aux grandes grèves de Juin 1936 du Front populaire. Il y a eu des milices féminines pendant la guerre civile espagnole. Dans les luttes de libération nationale, les femmes ont pris les armes : au Vietnam, au Nicaragua et aujourd’hui au Chiapas.

Inversément, chaque fois qu’une contre-révolution se produit, ou que la force du mouvement ouvrier diminue, le sort des femmes se dégrade. La Révolution russe avait donné aux femmes l’égalité juridique, la liberté de l’avortement, tenté des expériences d’équipements collectifs. La contre-révolution stalinienne a insisté sur le rôle des femmes comme mère et bonne ménagère (allant jusqu’à les récompenser de médailles ou de titres) et en 1936, il rendit plus strictes les lois en matière d’avortement, en déclarant : “Nous avons besoin d’hommes. L’avortement détruit la vie. La femme soviétique est Mère.”

En 1936, en Espagne, les femmes jouèrent un rôle important au sein des milices révolutionnaires antifascistes où elles occupaient une place égale à celle des hommes. Des mouvements de femmes auto-organisées, telles que les “Mujeres libres”, virent le jour impulsés par des femmes anarchistes. Mais avec la contre-révolution, exécutée par les forces staliniennes, les femmes perdirent l’essentiel de leurs acquis. Ainsi, au sein des milices “réformées”, elles n’avaient plus le droit de se battre, de porter des armes et ne pouvaient plus qu’assumer les tâches médicales et...culinaires !

4. Féminisme et Socialisme

La nécessité d’un mouvement autonome des femmes est apparu pour les militantes féministes, essentiellement parce que les organisations du mouvement ouvrier (syndicats et partis politiques) se révélaient incapables de prendre en compte les revendications propres aux femmes. C’est seulement quand les femmes se sont organisées elles-mêmes qu’elles ont obtenu des acquis. C’est le rôle spécifique aux femmes et ses conséquences que le mouvement remet en cause. Les luttes contre l’oppression des femmes, que les femmes seront toujours les premières à porter, sont un levier décisif contre les divisions hommes-femmes entretenues par le système capitaliste et qui traversent la classe ouvrière. C’est donc un élément important pour oeuvrer à son unité. C’est ce qui fonde la nécessité stratégique du mouvement autonome des femmes, ainsi que le rôle décisif qu’il jouera en période de transition. En effet, la phase ouverte par la révolution créera les conditions matérielles d’un changement des rapports hommes-femmes. Mais compte tenu de la profondeur de l’enracinement des rapports sociaux d’oppression, seul l’auto-organisation massive des femmes garantira la possible émancipation. Certaines interprétations de la théorie marxiste ont réduit l’oppression des femmes à un effet dérivé du capitalisme. Ils en ont conclut que l’oppression s’éteindrait naturellement avec le renversement de la domination capitaliste et l’accès massif des femmes au travail salarié. C’est évidemment simpliste et irréaliste de croire qu’une forme d’oppression telle que celles que subissent les femmes depuis des siècles, qui a été conditionnée dès le plus jeune âge et est donc profondément ancrée dans les mentalités, disparaîtra du jour au lendemain. Inversément, d’autres courants (féministes radicales) privilégie le débat sur “l’origine de l’oppression” et s’attache au fait que celle-ci est antérieure au capitalisme pour revendiquer une lutte de sexe (leur ennemi principal est l’homme). Il est nécessaire de comprendre comment le capitalisme s’est emparé d’une forme spécifique d’oppression et l’a assujetti. Elle n’est pas la simple reproduction d’une oppression millénaire, le système capitaliste la redéfinit, la remodèle et l’aggrave. Il est donc ridicule de vouloir séparer la lutte des femmes contre leur oppression de la lutte du prolétariat contre le système capitaliste qui s’en nourrit et l’entretient. Notre projet est d’enrichir la lutte des classes de sa dimension féministe : “Il n’y aura pas de libération des femmes sans révolution socialiste mais pas de révolution socialiste sans libération des femmes”.

CHAPITRE VII - Contre le racisme et le fascisme !

Qu’est-ce que le racisme ?

Les racistes partent du fait que l’humanité serait divisée en races humaines et que ces dernières ont des caractéristiques propres qui les différencient radicalement l’une de l’autre. Cette soi-disant explication “biologique” leur permet d’affirmer que certaines races (la leur, évidemment !) sont supérieures à d’autres. Puisque il y a des races inférieures, on peut donc les mépriser, les chasser, les exploiter et, aboutissement extrême, les exterminer si on les juge nuisibles (génocide des indiens d’Amérique, des Arméniens par les Turcs au début du siècle, des Juifs par les nazis, et, récemment, des Tutsis au Rwanda...)

Pour la science, au contraire, les “races humaines” n’existent pas. Il n’y a qu’une humanité ! S’il existe des différences visibles (couleurs de peau, différences culturelles, langues, etc.), l’humanité a une origine commune : nous sommes tous et toutes les descendants de l’homo sapiens, espèce humaine apparue il y a 200.000 ans et qui s’est répandue sur toute la planète. Les différences qui s’en sont suivies sont essentiellement dues à l’adaptation climatique et géographique. Ainsi, les différences génétiques entres les Hommes de différentes régions ne représentent que 10% de notre patrimoine génétique commun. La couleur de la peau, par exemple, ne représente que 0,0002% de nos gènes. Par contre, 85% des différences génétiques entre les humains sont des différences individuelles ! L’humanité est donc, biologiquement, une race unique et homogène.

Le racisme dans l’Histoire

Si le “racisme”, au sens premier du terme, a existé avant l’apparition du capitalisme, il n’a jamais été érigé en système. C’est sous le régime capitaliste qu’il a pris une nouvelle dimension et une importance particulière dans le fonctionnement même dudit système. L’apparition du capitalisme a notamment été possible grâce à l’exploitation des peuples du Sud et de leurs richesses naturelles dans les colonies (Afrique, Amérique, Inde). C’est ainsi que, pour légitimer cette exploitation, le racisme a pris des formes généralisées et institutionnalisées. A partir du XVIIIe siècle essentiellement, la bourgeoisie, pour développer son système économique, avait besoin de faire tomber les barrières de l’ancien système féodal et de constituer des Etats, des nations politiquement et économiquement homogènes. La naissance des Etats ne se fondait ainsi que sur des nécessités politiques ou économiques et ne correspondait pas toujours aux réalités culturelles ou linguistiques au sein d’une même population. C’est ce qui explique l’existence actuelle de différences énormes au sein de mêmes pays (Wallons et Flamands chez nous ; Basques et Corses en France ; Basques Catalans, etc. en Espagne ; Irlande ; etc.). A travers le racisme, ces différences culturelles ou linguistiques au sein d’une même nation furent utilisées pour diviser la classe ouvrière de ces mêmes pays. Le racisme dans le capitalisme fut donc non seulement utilisé pour justifier l’oppression des peuples du Sud, mais également pour faciliter l’exploitation des travailleurs du Nord.

Immigration et capitalisme

L’immigration est aujourd’hui la cible principale du racisme. C’est elle que les racistes désignent comme la principale cause des problèmes économiques, du chômage, de l’insécurité, de la délinquance, etc. et proposent donc le renvoi des immigrés dans leur “pays d’origine” (pour le Vlaams Blok, “le rapatriement au pays d’origine de la majorité des non-Européens est une priorité”).

Mais d’abord, d’où vient l’immigration ? Comme nous l’avons déjà écrit, aucun peuple n’est homogène, ils sont tous nés des migrations qui ont toujours traversé l’histoire de l’humanité. Dans le capitalisme, tout est transformé en marchandise, même les Hommes, ou plutôt, leur force de travail. Pour augmenter leur profit, Les capitalistes ont toujours voulu utiliser la main-d’oeuvre la moins chère possible et la plus exploitable. Or, pour toutes sortes de raisons, les travailleurs immigrés répondent à ces critères. Les mouvements de populations ont donc ici aussi des origines économiques. Au début, les migrations avaient essentiellement lieu au sein des mêmes pays : les paysans dépossédés quittaient leurs terres pour venir travailler dans les villes. Au XIXe siècle, par exemple, de nombreux flamands ont immigré pour travailler dans les mines de Wallonie.

L’immigration en Belgique répond donc au même mécanisme. Dans les années 50 et 60, pour répondre à une demande importante de main-d’oeuvre des patrons, le gouvernement belge fit venir ici des centaines de milliers de travailleurs italiens, espagnols, puis, plus tard, grecs, portugais, turcs, marocains, etc. Cette main-d’oeuvre peu qualifiée sera utilisé dans des travaux durs (mines, construction, etc.) que beaucoup de Belges, vu le relatif plein emploi qui existait alors, refusaient. Opprimée et déracinée, la main-d’oeuvre immigrée permettait aux patrons de faire pression à la baisse sur les salaires de tous les travailleurs. A partir du début de la crise économique, l’immigration économique fut stoppée (1974).

Le racisme en Belgique

Si on devait croire les racistes, nous serions envahis par les immigrés. Mais la plupart des racistes (que ce soient les partis fascistes ou certains politiciens au pouvoir) font désormais une distinction entre les immigrés d’origine européenne et les “nouveaux arrivants”, surtout ceux des pays du Sud (Afrique, Amérique Latine, Asie). Ils revendiquent donc désormais le renvoi de tous les réfugiés du Tiers-monde. Tout d’abord, les chiffres démontrent que “l’invasion” des immigrés est un fantasme : sur 10.068.319 habitants, la Belgique ne compte que 909.265 étrangers. De plus, parmi ces derniers, 536.666 proviennent de pays européens !

Le belge est-il raciste ? Différents sondages montrent qu’il y a, parmi la population, une amélioration (toujours fragile !). En 1993, 53% des personnes interrogées pensaient que la présence d’étrangers aggravait la situation et 23% revendiquaient leur départ ! Fin 94, par contre, après les élections communales, 51% des Belges estimaient que la montée de l’extrême droite était “très grave”, 32% qu’elle était “grave” et seulement 7% “une bonne chose”. En 1996, un sondage révélait qu’une majorité de Belges (83%) ne s’estimaient pas racistes. En 1997, un rapport du Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme (CECLR) vint confirmer cela en démontrant que les actes de racisme de la part des simples citoyens était en diminution.

Mais qui sont les plus racistes alors ? Les plaintes déposées au CECLR donnent une indication : celles-ci concernent de plus en plus les administrations publiques et les forces de police (le nombre de ces plaintes doublent purement et simplement entre ’95 et ’96). Le racisme institutionnel, celui de l’Etat et de ses organismes, est en effet de plus en plus important. Depuis 10 ans, les lois sont de plus en plus sévères et répressives à l’égard des étrangers. Les discriminations “traditionnelles” que rencontrent les immigrés (à l’école, au travail, face aux administrations publiques) se doublent actuellement d’une offensive raciste de la part du pouvoir qui s’acharne tout particulièrement sur les nouveaux arrivants, les réfugiés. Il faut d’abord noter que, si des milliers de gens fuient leur pays pour venir se réfugier en Europe, c’est en grande partie à cause de la politique de ces mêmes gouvernements européens ou occidentaux.

En Belgique, la politique actuelle est de criminaliser les étrangers3 : puisque la crise préoccupe et qu’une partie de la population est déboussolée, les autorités créent de toutes pièces le “problème de l’immigration et des réfugiés” pour détourner l’attention des gens des vrais problèmes. En criminalisant les réfugiés, le pouvoir donne ainsi de l’eau au moulin des racistes et des fascistes en donnant de la “crédibilité” à leurs thèses.

Ce fascisme qui revient...

Des partis d’extrême droite (Vlaams Blok, Front National, Front Nouveau, Agir, Unie, etc.) prônent ouvertement ou à demi-mot leur racisme. Ces partis, à la faveur de la crise actuelle, du discrédit politique et du manque d’alternative socialiste ou progressiste pour les travailleurs, grimpent électoralement d’année en année (+/- 9% à 10% en Belgique francophone et +/- 10% à 12% pour le Vlaams Blok). Le programme de ces partis ne s’arrête pas à l’immigration : ils veulent également remettre en cause les droits et la liberté des femmes (“après les singes et juste avant les nègres, nous émanciperons les femmes” selon le Vlaams Blok, qui prône l’interdiction de l’avortement, le retour au foyer “traditionnel” de la femme et le rôle subalterne de celle-ci), supprimer les syndicats, les droits sociaux et la sécurité sociale (“Nous croyons en l’inégalité la plus absolue, inégalité des Hommes, des femmes, des peuples, des cultures, des valeurs”, dixit le Front National), interdire toute forme de liberté sexuelle (“l’homosexualité ne peut en aucun cas entrer en ligne de compte dans l’ordre social” prétend le Vlaams Blok), etc. Ce qu’ils veulent, c’est instaurer un régime totalitaire basé sur les mêmes principes que les régimes fascistes du passé.

Si les partis fascistes n’organisent pas (encore ?) des masses importantes de gens prêts à se mobiliser à leur appel et à s’attaquer violemment à la démocratie et aux organisations des travailleurs et des immigrés, ils représentent malgré tout un danger très important. En Flandre, le Vlaams Blok est virtuellement le 5e parti sur l’échiquier politique. En France, le FN de Le Pen atteint des scores qui frôlent les 20% et a le pouvoir sur 4 villes (Vitrolles, Marignane, Orange, Toulon). En Autriche, le parti fasciste de Haider dépasse largement les 25% ! Ces partis emploient une double tactique visant à tromper les gens sur leur nature réelle : ils adoptent un “look” présentable, “respectable” et mettent leurs uniformes et leurs battes de base-ball sur le côté (bien que de nombreux militants fascistes continuent à perpétrer des actions violentes et même des meurtres contre les étrangers). Ensuite, ils veulent se donner une image de partis à sensibilité “sociale” dans le but de convaincre les travailleurs (ce qui est faux puisqu’ils prônent des politiques économiques ultra-libérales).

Mais qu’est ce que le fascisme ? Nous pensons que la situation actuelle et la nature réelle des partis d’extrême droite peut être éclairée par des références au passé, même si elle n’est pas exactement identique.

Fascisme et capitalisme

Même s’ils n’expliquent pas tout (comme le génocide ou la manipulation psychologique du fascisme), les liens entre capitalisme et fascisme sont importants et permettent de comprendre ce phénomène. En 1929, le capitalisme connaît une crise structurelle et mondiale : en Allemagne, la situation sociale devient critique et le chômage massif. Pour augmenter ses taux de profits, le patronat allemand devait balayer un obstacle important : la classe ouvrière allemande. La démocratie parlementaire (qui légalise les syndicats, les partis et une partie des droits des travailleurs), utile et nécessaire en période de stabilité économique, n’était plus de mise aux yeux de la bourgeoisie. L’utilisation des nazis comme troupes de chocs pour renverser cette “démocratie” et écraser la classe ouvrière sembla la meilleure solution à la classe dominante. Cette solution ne vint pas tout de suite, les nazis existaient depuis les années 20. Mais ce n’est qu’à partir de 1930-1932 que le NSDAP de Hitler commença a bénéficier d’une aide financière importante des patrons et des banquiers car à ce moment-là la situation était mûre. La vague révolutionnaire des travailleurs s’était arrêtée et le mouvement ouvrier était en recul. De plus, il était divisé du fait de la politique des ses deux grands partis : le Parti socialiste et le Parti communiste. Ce dernier, aux ordres de Moscou préconisait une lutte acharnée contre les socialistes (traités de “sociaux-fascistes”) plutôt que de constituer un Front unique de toutes les organisations ouvrières face au péril fasciste. En mettant sur un même pied d’égalité les socialistes et les nazis, le péril fasciste était nié et considéré comme secondaire ! C’est cette faiblesse et cette division de la résistance des travailleurs qui décida les patrons allemands à soutenir les nazis.

L’aide financière apportée aux nazis par le patronat allemand leur a permis de mener des campagnes de propagande colossales et quasi ininterrompues entre 1931 et 1933. Il faut préciser que les nazis n’étaient pas simplement des marionnettes aux mains du patronat car la montée du nazisme est due à la conjonction de plusieurs facteurs, dont la crise était le plus déterminant. Mais il est clair que sans l’aide de la bourgeoisie, l’ascension au pouvoir n’aurait pas été aussi facile...

La propagande nazie s’adressait aux chômeurs, aux défavorisés mais surtout aux couches moyennes (petite-bourgeoisie) qui, du fait de la crise qui favorisait les grands monopoles commerciaux et industriels, était de plus en plus précarisée. En tenant à la fois un discours “anticapitaliste” et conservateur (la propagande mêle à la fois des termes de “révolution nationale” et de retour en arrière, aux sources, etc.!), les nazis présentaient aux masses déchaînées de la petite bourgeoisie, à la fois ruinée par les grands capitalistes et craignant plus que tout la classe ouvrière, un bouc-émissaire sur lequel ils pouvaient facilement s’acharner : les Juifs. En se basant sur des préjugés et des stéréotypes très anciens contre les Juifs, la colère de la petite-bourgeoisie était détournée des véritables responsables de la crise (les capitalistes et leur système). En caricaturant le bolchevisme (présenté comme un “allié” des Juifs), les nazis éloignaient la petite-bourgeoisie des travailleurs et de leur organisations. Cette propagande s’appuyait également sur des techniques de manipulation psychologique de masse. Tous ces artifices politiques permirent aux nazis de devenir une organisation de masse. Puisque la démocratie bourgeoise, corrompue, était incapable de se maintenir et que la classe ouvrière, étant divisée et sur la défensive, ne présentait aucune alternative à cette démocratie bourgeoise pourrissante et moribonde, les classes moyennes rejoignirent en masse les rangs fascistes.

A peine installé au pouvoir, les nazis se chargeront d’exécuter la volonté du patronat : toutes les organisations des travailleurs sont interdites, des milliers de militants sont jetés dans des camps, les droits sociaux sont bafoués, toutes les libertés interdites (dont le droit de grève), la jeunesse est, dès le plus jeune âge, embrigadée et formée par la haine, etc. Contrairement à ce qu’ils affirmaient dans leur propagande, les nazis appliqueront une économie de type capitaliste musclé et ultra-centralisé et ne favorisant que les monopoles. Ils lanceront un programme de production d’armements massif. Tout cela a permis à la bourgeoisie d’engranger de nouveau des profits importants.4 Les nazis appliqueront leur programme de haine raciale envers les Juifs : dès 1933, les premières lois racistes sont votées. En 1942, ils décident de la “solution finale du problème juif“ : c-à-d. la suppression physique de tout un peuple. Les Juifs de tous les pays occupés seront déportés et rassemblés dans des camps d’extermination où plus de 6 millions d’entre eux seront assassinés ! Là aussi la responsabilité du patronat allemand est lourde. Plusieurs grandes industries allemandes se sont en effet installées dans ces camps pour utiliser (jusqu’à ce que mort s’ensuive !) une main-d’oeuvre réduite en esclavage. Ce qui leur permit d’augmenter encore plus leurs bénéfices ! Les différentes “expériences” fascistes ou néo-fascistes (Italie, Espagne, Portugal, Chili) malgré leurs grandes différences, sont, à quelques variantes près, identiques au schéma qui se dégage de l’expérience nazie.

Comment combattre le racisme et le fascisme ?

Des lois répriment les actes de racisme, de xénophobie, etc. Elles doivent être étendues, renforcées et appliquées sans détour. Mais cela n’est pas suffisant. De plus, comme on l’aura vu, les actes de racisme proviennent aussi du pouvoir public et politique lui-même. Nous devons donc combattre ces actes, où qu’ils se trouvent. Si les immigrés sont les victimes privilégiées des politiciens racistes, c’est parce qu’ils n’ont aucun poids politique. Nous devons donc exiger le droit de vote à tous les niveaux pour tous les immigrés et ce sans aucune contrepartie. Une telle lutte doit être menée aussi bien par les Belges que par les immigrés. Nous pensons que l’auto-organisation de ces derniers, et de la jeunesse surtout, sera une arme importante dans ce combat. Ainsi, en 1992 et 1993, plusieurs grèves et manifestations lycéennes, organisées par des comités de jeunes Belges et immigrés auto-organisés (les “Jokar’s”) ont rassemblé des dizaines de milliers de manifestants. Mais la lutte légale ne suffit pas, un travail plus profond est à mener car il faut s’attaquer aux causes du racisme, la principale d’entre elles étant la crise économique qui ravage nos sociétés. Nous devons donc, en lien avec nos revendications antiracistes ou antifascistes, exiger un changement de cap radical au niveau économique et politique. Et c’est à travers les mobilisations sociales, dans la rue, où se retrouveront Belges et immigrés unis dans la lutte, qu’on fera reculer efficacement le racisme.

Par rapport aux réfugiés, nous devons exiger que le pouvoir applique sans restriction le droit d’asile et accueille de manière décente les gens qui fuient la misère et la guerre. En parallèle, les relations économiques et politiques entre le Nord et le Sud doivent radicalement être modifiées pour, ici aussi, s’attaquer aux racines du problème (annulation de la dette du tiers monde, échange économique équitable, respect du développement spécifique de chaque pays, etc.).

Par rapport aux partis fascistes, certains exigent leur interdiction pure et simple. Nous pensons au contraire que c’est par la mobilisation unitaire et antifasciste la plus large entre les organisations des travailleurs et progressistes que le fascisme reculera. On n’arrêtera pas le fascisme par des lois. Leur interdiction les transformerait en “martyrs” et n’empêchera de toute façon pas leurs idées de se répandre si les conditions sociales leurs sont favorables. De plus, de telles lois interdisant des organisations politiques peuvent être à double tranchant... et s’abattre également sur les organisations progressistes ! Nous devons bien sûr faire le maximum pour empêcher la propagation des idées (contre-manifestations devant leurs meetings, contre-propagande, etc.), mais c’est en approfondissant les libertés démocratiques et en s’attaquant, via des mobilisations sociales de masse, à la crise sociale due au capitalisme (source de la montée du fascisme) que nous lutterons efficacement. A travers la lutte pour des objectifs qui visent à garantir la satisfaction des besoins sociaux des travailleurs, des femmes, des jeunes, etc., nous ferons reculer le péril fasciste. Et pour le faire définitivement disparaître, nous devons faire disparaître le système qui le met au monde : le capitalisme !

CHAPITRE VIII - Planète en péril !

La démence productiviste et gaspilleuse du capitalisme n’est pas seulement répréhensible moralement, elle a révélé au monde entier qu’elle était nuisible y compris pour le support même de ses frasques : la Terre, comme écosystème où les espèces vivantes et leur environnement sont liés par un équilibre fragile et précaire. La planète est mise à sac, des désordres climatiques et écologiques nous sont annoncés et déjà des sites, des rivières, des sous-sols sont dévastés. Les pollutions qui, certes, ne sont pas récentes, atteignent parfois des seuils de saturation et sont dangereuses pour la vie elle-même. L’exploitation désordonnée des sols (près de 3 milliards d’hectares sont menacés de désertification !) et des sources d’énergies non renouvelables pose le problème de l’avenir en plein boom démographique. L’Afrique, déjà saignée à blanc, devient le nouveau continent pour entreposer déchets et produits toxiques, sans d’ailleurs la moindre contrepartie pour les populations locales. Les dramatiques problèmes de la désertification, de l’exode rural et de la concentration urbaine et industrielle viennent ajouter au péril écologique celui des populations stressées, asphyxiées, sous surveillance médicale et traitées aux calmants.

Beaucoup ont l’image de l’écologisme comme un combat pour la défense des petits oiseaux et pour l’installation de bacs à fleurs dans les centres-villes ! Cette image, répandue dans les médias traditionnels, est trompeuse. L’écologisme est lié étroitement avec le social, l’économique et le philosophique. En effet, c’est toute une façon de penser, de vivre, de gérer. Il est plus que temps de réagir face aux problèmes de pollutions et tout ce que cela engendre. Ainsi, il est de notre devoir de faire une critique radicale du productivisme, nous devons remettre en question le fait de produire autant, tout ce luxe, ce gaspillage à l’échelle mondiale.

Les effets du productivisme

Nombreux sont les dangers directs : l’atmosphère se réchauffe avec l’amplification du phénomène de l’effet de serre (3,5 degrés de plus d’ici l’an 2100 !), ce qui engendre la fonte de glaciers et d’icebergs, suivi par l’augmentation du niveau des mers et océans (le niveau a déjà augmenté de 10 à 25 cm au cours de ces 100 dernières années, ce qui a comme conséquence l’augmentation des inondations). De plus, cette augmentation de température apporte en même temps de grandes sécheresses ainsi que l’incapacité de s’y adapter pour un certain nombre d’êtres vivants... et donc leur disparition.

L’effet de serre amplifié par les gazes carboniques (produits par les entreprises, les véhicules, les aérosols...) ne fait que s’accroître par l’augmentation de la pollution. Tous les chiffres sont là pour le crier : dans les 100 ans le niveau des océans aura augmenté de 15 à 95cm !.

En plus de tout cela, il y a un énorme gaspillage d’eau. Pas le petit gaspillage que nous faisons en lavant la voiture ou en tirant notre chasse d’eau. Non, c’est un gaspillage au niveau mondial : en bétonnant des millions d’hectares aux 4 coins du monde, nous bétonnons l’écosystème, nous empêchons l’écoulement naturel des eaux. En effet, l’eau qui tombe sur les zones construites est directement dirigée vers les canalisations qui rejoignent les fleuves. L’eau n’a donc pas le temps de pénétrer la nappe phréatique. Ainsi, la nappe phréatique mondiale baisse de 0,20 à 1,2 mètre par an ! Résultat, dès aujourd’hui ; un cinquième de l’humanité manque d’eau potable.

Toujours à propos de l’eau : l’industrie, les centrales électriques, le chauffage domestique, les transports (pour ne citer que les 4 principaux secteurs),... ont besoin d’énergies chimiques qui, lorsqu’on les brûle pour pouvoir en tirer toute l’énergie possible, pollue l’atmosphère. Pour donner un exemple, chaque tonne de fuel brûlée rejette dans l’atmosphère quelques 30Kg de dioxyde de souffre (SO2) qui, mêlé à l’eau des nuages, forme de l’acide sulfurique (H2SO4). Celui-ci, bien que fort dilué donne un caractère acide aux précipitations. Les conséquences sont très importantes : dégénérescence des forêts (en Allemagne c’est un véritable désastre : disparition de forêts entières), acidification des eaux continentales, dégradation des monuments.

On constate que la productivité des forêts a décru au cours des dernières décennies dans les régions du monde les plus exposées aux pluies acides, mais qu’elle est restée stable dans les zones reculées, à l’écart des sources de pollution. Dans les lacs, les rivières, mares etc. acidifiés, les planctons, nécessaires à l’alimentation des poissons, disparaissent, étant éliminés par la concentration croissante en aluminium dissous, très toxique. Ainsi, on voit de nombreuses rivières à saumons, en Scandinavie et au Canada, se dépeupler complètement de leurs planctons et donc de leurs poissons (ainsi que des animaux se nourrissant de ces poissons).

Nous pourrions ainsi multiplier les exemples de la dévastation de notre patrimoine naturel : diminution de 40% en 30 ans des forêts (14 millions d’hectares supprimés par an !), surtout tropicales (saccagées pour y créer des pâturages pour les futurs hamburgers de Mc Donald’s) ; la disparition d’espèces vivantes entières (150 à 200 espèces animales ou végétales en voie de disparition tous les jours). On estime que d’ici à l’an 2050 un quart des espèces vivantes sur la planète auront disparues !) ; les dangers du nucléaire (dont les déchets restent radioactifs durant des siècles !) ; les ravages de la pêche intensive (60% des stocks de poissons ont d’ores et déjà été supprimés), etc.

Ecologie et politique

L’écologie peut et doit être partie intégrante de notre programme révolutionnaire. Mais il faut faire ici une distinction entre l’écologie en tant que pensée et les partis politiques qui s’en réclament. Les partis écologistes ont largement contribué à une prise de conscience fondamentale : la nécessité de développer une action au niveau mondial (et local) afin d’éviter la catastrophe écologique qui menace l’humanité. Cependant, cette prise de conscience n’a abouti jusqu’à ce jour qu’à l’adoption d’un certain nombre de solutions partielles. Les mouvements politiques écologistes traditionnels ont malheureusement pris une orientation nettement “réformiste” en ce sens qu’ils ne visent qu’à amender le capitalisme pour le rendre plus viable pour la nature (ce qui est impossible vu la “nature“ de ce système). Pour eux, ce n’est pas le capitalisme en soi qui est mauvais, mais la façon dont il est géré ! De ce fait, les partis écologistes ne remettent pas en cause l’ordre fondamental des choses, ce qui explique qu’ils ne proposent que des solutions institutionnelles (“on va changer les manières et les mentalités”, etc.) dans le cadre donné par la société de classes. Par ailleurs, ils ne reconnaissent pas cette division de la société en classes sociales antagonistes et la lutte de classes qui en découle, ce qui explique qu’ils se prétendent “ni de gauche ni de droite”, malgré que bon nombre de leurs prises de positions soient plutôt à gauche !

Avec les meilleurs arguments possibles, seuls, on ne changera rien, ce n’est qu’en imposant un rapport de force, et donc en mobilisant les masses dans des luttes sociales que l’on fait progresser les choses. Les désastres écologiques ne sont pas dus à l’ignorance des capitalistes, mais bien au fait qu’ils possèdent un pouvoir matériel très concret : celui de la propriété des moyens de produire. Le rejet du schéma de la société divisée en classes sociales empêche les partis écologistes de comprendre que ce n’est pas les capitalistes en tant qu’individus qui posent problème, il ne s’agit pas de les convaincre un à un de leur rôle néfaste, mais bien de la classe capitaliste en tant que groupe social qui défendra envers et contre tout ses intérêts vitaux, sa domination et son pouvoir sur la société.

De plus, les partis écologistes culpabilisent souvent les consommateurs eux-mêmes vis-à-vis de l’environnement. S’il est vrai que nous devons tous être responsabilisés par rapport à la nature et à son respect, il ne faut pas oublier que la mentalité des gens est façonnée par le type de société dans laquelle ils vivent. Et il faut voir qui a le pouvoir de décision politique... Et on revient sur la question des classes sociales ! Par exemple, ce ne sont pas les travailleurs qui décident de produire des bouteilles en plastique à la place de bouteilles en verre, mais les patrons, ce qui leur permet de réduire leurs coûts de production. Une des propositions des partis écologistes visant à taxer les consommateurs de bouteilles en plastique est donc injuste car elle touche généralement les bas revenus qui n’ont pas d’autres moyens, par économie, que d’acheter des produits bon marché, mais malheureusement non biodégradables ! Ce genre “d’écologie“ n’est que celle d’une minorité aisée capable de se donner bonne conscience en vivant “écolo“. C’est au contraire les producteurs de matériaux polluants qu’il faut taxer, ainsi que d’imposer une baisse des prix des produits respectueux de l’environnement pour les rendre abordables pour tous. Mais mêmes ces solutions ne seront pas encore définitives si elles ne s’accompagnent pas d’une perspective de rupture radicale avec le système politique et économique actuel, car, notamment, elles pourront toujours être remise en cause si elles s’opposent aux intérêts capitalistes.

Ecologie, révolution et marxisme

La véritable solution, à long terme et définitive est la question du pouvoir de décision. En effet, ceux qui détiennent les moyens de produire ( les capitalistes) sont une petite minorité, capables financièrement de vivre loin des zones polluées. Leur intérêt : gagner un maximum de fric dans un minimum de temps et avec un minimum de dépenses ne permet pas de produire correctement, c’est-à-dire avec comme objectif de répondre à la fois aux besoins sociaux les plus élémentaires tout en respectant la nature. Si, au contraire, les producteurs (les travailleurs) et les citoyens pouvaient décider (à travers une économie démocratiquement planifiée) que produire, pour qui, en quelle quantité et comment, on pourra enfin produire en harmonie avec la nature. Mais cela suppose évidemment de s’attaquer à la sacro-sainte propriété privée des moyens de production, base même de la puissance et du pouvoir des capitalistes. Et comme ces derniers ne se laisseront pas faire, seule une révolution nous permettra de réaliser cela !

Le marxisme a longtemps été présenté comme ne tenant pas compte de l’écologie. Tout d’abord, à l’époque de Marx, la pensée écologiste était pratiquement inexistante et les effets dévastateurs du capitalisme sur la nature n’étaient pas encore aussi flagrants qu’aujourd’hui, mais cela ne l’a pas empêché d’aborder le sujet. De plus, on se base sur l’expérience de l’URSS pour critiquer le marxisme (et le communisme) comme productiviste et néfaste pour l’environnement. Si en URSS la production ne respectait pas l’environnement, c’est essentiellement parce que loin d’être sous le contrôle démocratique des travailleurs, elle était sous le pouvoir d’une bureaucratie minoritaire autoritaire qui avait trahi et dévoyé la révolution communiste de 1917.

Mais que dit le marxisme sur l’écologie ? Le marxisme intègre une conception des rapports entre les Hommes et avec la nature. L’objectif du communisme est de réconcilier l’Homme avec lui-même et avec la nature dont Marx considère que l’Homme fait partie intégrante. L’Homme est un animal, mais d’une espèce unique : par le travail, l’Homme peut transformer radicalement les conditions de son rapport de dépendance à la nature. C’est le mode de production qui est l’intermédiaire entre l’Homme et la nature. Le mode de production actuel est caractérisé par la propriété privée des moyens de production qui va de pair avec la recherche du profit immédiat, incompatible avec l’intérêt à long terme de l’humanité : les ressources naturelles ne peuvent être indéfinitivement pillées et gaspillées. Un mode de production est donc le produit d’une action de l’Homme sur la nature. Les Hommes peuvent donc modifier ce mode de production qui est né à un moment historique précis. Marx et Engels ont dénoncé en leur temps les effets de l’urbanisation liée à l’expansion de l’industrie (empoisonnement de l’air, des sols...). Pour eux, l’existence du marché est incompatible avec la gestion des ressources naturelles. Seul le mode de production communiste pourra résoudre ces contradictions et réconcilier l’Homme avec la nature car il lui sera possible, en toute connaissance de cause, de décider démocratiquement et consciemment de ses rapports avec l’environnement.

Quelles solutions immédiates ?

Mais il ne faut pas attendre le “grand soir“ pour commencer à lutter contre la dévastation de la nature. Les solutions immédiates à avancer se situent sur deux plans : un individuel et un collectif, le second plan étant essentiel pour que le premier puisse être efficace. Au niveau individuel, nous devons nous interroger sur l’opportunité de notre consommation d’énergie, sur l’achat de tel ou tel produit artificiel et superflu. Au lieu de prendre sa bagnole pour aller chercher son pain à 500 mètres, une bonne petite marche (ou le vélo) ne tue personne ! De même, pous se rendre au boulot, si c’est possible, nous devons privilégier les transports en communs. Le lien avec les solutions collectives est ici évident : pour ce faire il faut également que ces transports soient nombreux, de qualité, bien implantés et gratuits. Pour cela, les mouvements sociaux (et les écologistes) doivent s’allier au mouvement ouvrier pour l’imposer. Inversémment, le mouvement ouvrier traditionnel doit impérativement intégrer et prendre en compte les questions écologiques. Nous devons également revendiquer la sortie immédiate et définitive du nucléaire, l’arrêt immédiat de la production et de l’utilisation de produits toxiques et dangereux. La destruction des forêts tropicales et la dégradation des forêts dans les pays industrialisés doit être stoppée ; l’arrêt de l’agriculture qui détruit les terres arables (pesticides, herbicides, etc.), pour une agriculture écologique ; l’arrêt des décharges de déchets dans les océans et les cours d’eau ; l’utilisation rationnelle et planifiée de l’énergie, le développement de sources d’énergies alternatives ; une politique radicale évitant au maximum les déchets et l’extension du recyclage. Pour cela, il faut exiger une conversion industrielle fondamentale qui évite la pollution à la source ; la levée du secret d’entreprise, la gestion de registres spécifiant les matières utilisées et le libre accès à ces registres ; et enfin une mise sur pied d’un contre-pouvoir écologique via le contrôle ouvrier sur la production.

CHAPITRE IX - Sexualité

Nous vivons dans un monde où, malgré les quelques acquis obtenus grâce aux luttes du passé, la répression sexuelle est toujours une réalité. Celle-ci se traduit dans tous les domaines : discriminations envers les non mariés, les homosexuel(le)s..., répression sexuelle des jeunes (loi qui interdit les relations sexuelles aux moins de 16 ans, prix des moyens contraceptifs et accès difficile, non mixité des auberges de jeunesse, ...), misère sexuelle (surtout des femmes) due à la non-information ou à la mauvaise information reçue (centres d’éducation sexuelle, planning familial... trop peu nombreux ; les cours n’abordent toujours pas la sexualité dans son ensemble : comment ça fonctionne, les plaisirs que l’on peut avoir...)... nous y reviendrons plus loin. Mais la question qui se pose ici est : pourquoi à cette époque de haute évolution technologique, scientifique... existe-t-il encore tant de misères sexuelles ? Est-ce que le capitalisme peut mettre fin à cette misère sexuelle ?

Un peu d’histoire s’impose ! Se basant sur les études de plusieurs anthropologues, Wilhelm Reich retraça l’origine et l’évolution des idéologies anti-sexuelles, ainsi que le rôle qu’elles ont joué dans l’histoire. Il apparaît que les peuples qui ne produisaient que le minimum économique, qui ne connaissaient ni la division de la société en classes, ni par conséquent l’Etat, n’avaient aucun tabou, aucune entrave ou restrictions à l’égard de leurs moeurs sexuels. Nous n’allons pas entrer dans la polémique de savoir si oui ou non il y a eu répression sexuelle (et oppression des femmes puisqu’en partie liées) dans les sociétés primitives. Une chose est sûre, c’est qu’avec l’apparition d’un surplus social, de la propriété privée et de l’Etat une morale “anti-sexuelle” s’est institutionnalisée. A partir du moment où la société fut partagée en groupes rivaux, l’Etat, comme nous l’avons vu précédemment, a surgit comme institution chargée de maintenir la domination des groupes possédants. Ce processus s’accompagnant d’une intériorisation nécessaire du nouveau système par le biais de la famille : institution qui éduquera l’individu, lui inculquera les normes sexuelles admises. Au départ celles-ci étaient essentiellement nécessaires pour protéger les intérêts de la classe dominante, le maintien de son pouvoir et la transmission de la propriété privée.

Au cours du développement historique, des modifications ont eu lieu en fonction des besoins de la classe dominante (l’âge à partir duquel le “mariage” est autorisé...), des acquis ont été obtenus grâce aux luttes (pour ne citer que des récents : en 1990 la légalisation de l’Interruption Volontaire de Grossesse ; en 1972 légalisation de la vente de contraceptifs...), mais toutes ces adaptations n’ont jamais remis en cause le fond du problème : la répression et l’aliénation sexuelle.

Pourquoi, quelle est la fonction de la répression sexuelle ?

Il est nécessaire en tant qu’organisation révolutionnaire de faire une analyse de ce problème et de ne pas sous-estimer son importance. Ce n’est pas un problème “privé“, il ne tombe pas du ciel mais découle des contradictions du système social et exige une réponse politique.

Comme l’explique W. Reich : “La répression des tensions et des désirs sexuels requiert une grande dose d’énergie psychique de chaque individu. Cela inhibe et lèse le développement de l’activité, de la raison, de la critique. En revanche, plus la sexualité s’épanouit de façon saine et vigoureuse, plus l’individu devient libre, actif et critique dans son comportement en général. Mais cela n’est précisément pas toléré par le capitalisme qui défend rigoureusement l’autorité et la tradition. La limitation de la liberté et de l’activité psychique et de la critique par la répression sexuelle est un des piliers les plus importants de l’ordre sexuel bourgeois.“ Si toutes les restrictions étaient abolies maintenant, cela conduirait à une augmentation des revendications dans les autres domaines de l’existence et cela demanderait que l’on mette à disposition de tous, les moyens matériels nécessaires à sa satisfaction. Ce qui serait contradictoire avec la logique du système !

Les restrictions imposées à la sexualité semblent d’autant plus rationnelles qu’elles deviennent universelles. Elles agissent sur les individus en tant que lois objectives extérieures et en tant que force intériorisée. L’individu vit alors sa répression “librement” comme si elle était sa propre vie. Mais les Hommes remplissent des fonctions préétablies, il ne vivent pas réellement leur propre vie. Quand ils travaillent ce ne sont pas à leurs propres besoins et facultés qu’ils répondent, de ce fait, leur travail est aliéné. Celui-ci, tout comme les restrictions imposées à la sexualité, devient général ; ils sont l’absence de satisfaction personelle. Sous le règne du capitalisme, basé sur le rendement économique compétitif de ses membres, le corps et l’esprit sont transformés en instruments de travail aliéné. Aliénation sexuelle et économique se renforce l’une, l’autre.

Nous pensons qu’aucun changement profond définitif ne pourra se faire et “ne fera sortir l’humanité de la crise sexuelle car une issue n’est possible qu’à la condition d’une rééducation fondamentale de la psychologie humaine, rééducation qui n’est réalisable que par la transformation de toutes les bases sociales qui conditionnent le contenu moral de l’humanité.” (Alexandra Kollontaï) En effet, il y a imbrication entre diverses manifestations de l’idéologie dominante, des institutions... et on ne pourra vraiment venir à bout de toute oppression qu’à la seule condition que le prolétariat se libère de son oppression de classe ; à partir de cette émancipation, un changement profond des mentalités pourra commencer.

La censure du corps va de pair avec la prolifération des techniques destinées à le consommer, à le vendre, il y a interaction entre répression et “permissivité“. La répression et l’aliénation sexuelle entraîne des frustrations responsables, en grande partie, des troubles sexuels, viols... Il y a extension de plaisirs artificiels, non épanouissants (pornographie, prostitution...) légitimés par cette double morale. Source de profits importants, l’industrie de l’exploitation sexuelle est tolérée. Organisée selon les règles capitalistes, la marchandisation des êtres, des enfants en particulier, s’amplifie. L’argent “blanchi“ est incorporé au capital “propre“, ce qui permet de hausser le taux de profit moyen. Ainsi ce secteur devient le troisième criminel en ordre de rentabilité.

Comment se transmettent ces normes sexuelles ?

L’enfant a, dès le plus jeune âge, une vie sexuelle mais qui n’est pas liée organiquement à l’appareil génital, et, bien entendu n’a pas pour but l’union génitale ! Ces formes de sexualité seront fortement réprimées, son environnement (famille, professeurs, éducateurs) ne lui permettra pas de les découvrir librement. En effet, s’il pouvait développer sa “sexualité“, il ne serait pas possible de la réprimer aussi fortement par la suite. De plus, l’interrogation fondamentale de chaque enfant sur son origine est étroitement liée à l’image du corps (mystérieux pour lui), la différence des sexes, la sexualité. La satisfaction de cette curiosité sexuelle infantile est une des conditions au développement intellectuel et psychique de l’enfant. Celle-ci est rarement permise, ce qui lèse son esprit critique. L’éducation sexuelle des enfants est fortement liée à la différenciation des sexes, à l’intériorisation de l’oppression des femmes : les petites filles sont réprimées avec plus de sévérité, on leur apprend la soumission ; aux garçons on apprend à être virils, violents, insensibles... traits qui apparaissent plus tard dans leur sexualité !

Tous ces problèmes liés à l’éducation des enfants fut l’objet d’une étude tenant compte de l’analyse marxiste et des découvertes psychanalytiques, cette étude se concrétisa par un projet d’éducation collective progressiste. Il permit aux enfants d’évoluer librement, sans restrictions par rapport à leur sexualité. Ainsi ils étaient plus épanouis, plus “curieux“ et lorsque survenait la puberté, leur sexualité se déroulait sans tabou et était moins problématique. Ce jardin d’enfants expérimental, sous la responsabilité de Véra Schmidt, fut possible en Union Soviétique après la révolution de 17. Mais malheureusement, comme beaucoup d’autres acquis en matière de sexualité, il fut revu par la stabilisation idéologique qu’imposait la contre-révolution bureaucratique stalinienne. Dans ce climat, les gestionnaires du régime stalinien aspiraient dans tous les secteurs de la société civile à l’ordre et à la discipline. En 1934, la loi “punissant” l’homosexualité (qualifié de crime social) fut rétablie. En 1936, le nouveau code de la famille abolit la liberté de l’avortement, instaura une taxe sur les divorces... et en 1944, l’évolution esquissée en 36 se poursuivit, la femme qui avortait n’était plus reconnue responsable pénalement...

Sur ce point comme beaucoup d’autres, nous nous distinguons du soi-disant communisme de l’ex-bloc de l’Est. Nous sommes pour une sexualité libre et épanouie quelqu’elle soit pour autant qu’elle soit basée sur le respect de l’autre. Nous sommes pour une éducation sexuelle objective dès l’enfance, un libre accès et la gratuité des contraceptifs et de l’avortement...

Lutter dès aujourd’hui

La question de la sexualité est vaste et complexe, comme nous l’avons vu ci-dessus. Seul un changement global de société permettra de la résoudre à long terme. Mais ce combat est à mener dès aujourd’hui sur des sujets spécifiques qui nous mobilisent, ou qui peuvent nous mobiliser.

Par exemple, la loi sur la majorité sexuelle dit que les jeunes ne peuvent avoir des relations sexuelles qu’à partir de 16 ans accomplis, début des 17 ans. Jusqu’à cet âge, ils sont considérés comme incapables d’avoir des sentiments sexuels conscients, de décider eux-mêmes s’ils veulent avoir des relations sexuelles. Pourtant, les chiffres montrent qu’en Belgique 30% des jeunes ont eu des relations avant l’âge de 16 ans. Nous devons donc exiger une révision de cette loi hypocrite et répressive qui ne correspond pas à la réalité. Cette révision doit s’accompagner d’une éducation dès le plus jeune âge sur les différentes formes de sexualité, des plaisirs qu’elles offrent ; d’une mise à disposition des moyens contraceptifs, etc. Ces mesures permettront aux jeunes de faire des choix conscients.

Les possibilités d’épanouissement sexuel sont également freinées par la peur du SIDA. Cette terrible maladie montre l’absurdité du système capitaliste : comme l’a dénoncé, il y a quelques temps, un responsable de l’Organisation Mondiale de la Santé, les grandes multinationales pharmaceutiques préfèrent investir dans la recherche de médicaments qui atténuent la maladie mais qui ne la soigne pas car c’est plus rentable ! Sur ce terrain, la lutte s’est d’ores et déjà organisée (Act Up,...). Nous soutenons ce combat et revendiquons la remboursement par la sécurité sociale des médicaments atténuant la maladie, des investissements publics importants au niveau international dans la recherche d’un vaccin contre le SIDA et sa distribution gratuite au Nord comme au Sud de la planète.

Nous soutenons également la lutte des gays et lesbiennes dans leurs revendications : reconnaissance de l’homosexualité, droits juridiques et sociaux égaux pour tous et toutes, l’instauration d’une loi condamnant les discriminations vécues par les homosexuel(le)s. Notons qu’une loi n’empêche pas les discriminations d’exister, mais, elle permet néanmoins un recours légal, comme c’est le cas avec la loi Moureau contre les discriminations raciales.

L’auto-organisation des homosexuel(le)s est indispensable pour faire prendre conscience de leur oppression en tant qu’“orientation sexuelle“. Il faut mobiliser et créer des rapports de forces leur permettant d’obtenir des concessions. Mais ils et elles ne supprimeront leur oppression qu’en oeuvrant avec les travailleurs, les jeunes, les femmes... pour la victoire du socialisme.

Il est impossible de faire ici état de toutes nos analyses en matière de sexualité, d’autant plus que certains débats ne sont pas tranchés.

CHAPITRE X - Drogues

Parmi tous les problèmes qui touchent quotidiennement les jeunes, celui de la répression contre l’usage des drogues occupe une place importante. Il est donc indispensable d’aborder cette question, et principalement celle du cannabis.

En 1995, The Lancet, une des plus prestigieuses revues médicales au monde, déclarait : “tôt ou tard, les hommes politiques devront cesser de fuir et affronter l’évidence : le cannabis n’est pas dangereux pour la société, mais continuer à le pousser dans la clandestinité pourrait bien l’être“. En effet, alors que le milieu associatif bouge de plus en plus, les hommes politiques, comme le prouve le dernier rapport du groupe de travail parlementaire sur les drogues (juin 1997), continuent obstinément à refuser de prendre leurs responsabilités en la matière. Le monde politique rejette sur le judiciaire la responsabilité de savoir s’il y a lieu de poursuivre ou non une personne. Tout repose donc sur le jugement arbitraire (délit de “sale gueule“ ?) des forces de police et de gendarmerie et des magistrats. Pas étonnant, dés lors, que des pratiques telle que la transaction (payer une grosse somme d’argent pour ne pas être poursuivi) se soient installée dans notre système judiciaire.

I love you Mary-Jane

Le cannabis, nom générique de la marijuana, du haschich et des préparations voisines, est parmi toutes les drogues (même les légales) celle qui est la moins nocive. Elle ne provoque pas de dépendance physique, et quant à la dépendance psychologique, les risques sont minimes. Bien évidemment, l’inhalation de fumée n’est pas recommandée pour la santé, mais notons que généralement les consommateurs de cannabis fument moins que les fumeurs de tabac. De plus, le cannabis est reconnu pour ses vertus curatives (asthme, stress, arthrose, etc.), il a été et est encore utilisé dans la médecine. La consommation de cette herbe médicinale est également liée à toute une culture, un “art de vivre“ : il se fume souvent en groupe et ses effets sont plutôt apaisants, favorisent l’ouverture d’esprit, la discussion et la tolérance.

Drogues et répression

Fumer un peu d’herbes n’est pas une maladie ou un acte de délinquance. Or la politique menée actuellement tend justement à criminaliser les usagers. La santé du fumeur, les hommes politiques ne s’en préoccupent pas. L’Etat, dans son optique répressive, vise à contrôler socialement une jeunesse qui n’est pas encore rentrée dans le rang de la soumission. L’ordre doit être respecté et les consommateurs étouffés.

La répression engendre d’une part un coût social et d’autre part un important coût financier. Des millions sont engloutis annuellement et inutilement dans des politiques répressives. Celles-ci ont pour seul effet d’aggraver la situation. Il n’est pas rare que de jeunes consommateurs et/ou des dealers soient incarcérés et, quand ils sortent de tôle, que leur situation se soit aggravée (ils deviennent par exemple héroïnomanes).

Une politique intelligente en matière de drogues devrait déjà opter pour une approche plus préventive. Mais cela est insuffisant. Vouloir provoquer une diminution appréciable de la consommation des drogues, quelles qu’elles soient, exige de s’attaquer aux racines du pourquoi de l’usage de tels produits (surtout concernant les drogues dures) et à la grande criminalité liée aux trafics de drogues.

Capitalisme et drogues

Le commerce de la drogue est le secteur commercial principal sur le marché capitaliste. Il est estimé mondialement à 14.000 milliard FB par an et n’arrête pas de croître. Une étude récente a démontré que 80% de l’argent sale provenant de la vente de drogues étaient blanchis par des banques occidentales. Les discours anti-stupéfiants deviennent de moins en moins crédibles quand on voit toutes les interpénétrations des milieux politiques, financiers et criminels. Il est difficile de croire que les pouvoirs publics tentent de contrecarrer les plans meurtriers et financiers des grands barons de la drogue. Car ceux supposés lutter contre les grands trafiquants sont souvent les mêmes qui les protègent. Le poids commercial que représente le trafic des stupéfiants au niveau mondial est trop imposant probablement pour que les politiciens entravent ce superbe exemple d’un capitalisme criminel.

Le rapport de l’Etat à la question des drogues est assez équivoque. D’une part, l’Etat se donne comme devoir de maintenir “l’ordre et la sécurité“ et d’assurer la prise en charge des soins médicaux nécessités par la consommation de drogues ; d’autre part, il a intérêt à ce que la problématique ne soit pas résolue, les forces de répression étatiques pouvant disposer dés lors de plus de moyens pour contrer les non-conformistes, les immigrés, les subversifs,...L’Etat-flic s’auto-justifie donc par la lutte contre les consommateurs de substances prohibées mais il peut aussi rentrer directement dans le marché. Rappelons que la CIA a introduit le crack dans les ghettos de Los-Angeles pour financer la contre-révolution (les contras) au Nicaragua ou que ces mêmes services secrets américains ont fait circuler l’héroïne dans Harlem (le quartier noir de New-York) dans le but de calmer les noirs radicaux influencés par le célèbre Malcolm X.

Que faire ?

Nous sommes pour la dépénalisation de la consommation de toutes les drogues. En effet, il faut briser l’interdit et la répression. Mais il faut également distinguer cannabis et autres drogues. Pour ces dernières il est plus intelligent d’analyser et combattre les causes de la consommation, informer, aider et prévenir.

Concernant le cannabis, nous proposons que l’Etat le légalise. Ce dernier aura la charge d’acheter le produit à des prix favorables pour les producteurs. Un premier contrôle sur la qualité sera effectué mais nous nous opposons à ce que l’Etat bourgeois assure la vente et la distribution du produit. Nous proposons donc la constitution d’un réseau national d’ASBL de consommateurs qui rachèteraient (au prix coûtant, sans bénéfice pour l’Etat puisque celui-ci fera l’économie du budget alloué à la répression) le produit à l’Etat et assurerait le monopole de la vente. Ce réseau de consommateurs sera soumis à des règles strictes : contrôle sérieux de la qualité des produits, campagnes de prévention et d’explication sur la nature et la manière de consommer les produits, accompagnement social des consommateurs “à problèmes”, etc. En tant que marxistes-révolutionnaires, nous ne pouvons accorder notre confiance à l’Etat. C’est pourquoi ce réseau devra être le produit d’une lutte politique et sociale de la part des usagers du cannabis et des citoyens en vue de créer un véritable rapport de force en leur faveur. Les avantages d’une telle politique sont évidents : réduction drastique de la répression et de la criminalité qu’elle entraîne et qui est lié à l’illégalité, amélioration de la santé pour les usagers, conscientisation des consommateurs à travers leur auto-organisation et leur lutte, etc.

En ce qui concerne les drogues dites dures, ce qui comprend une grande variété de substances, différentes positions se sont exprimées et nous voulons continuer le débat avec les consommateurs et toutes les personnes et organisations progressistes travaillant sur le terrain.

CHAPITRE XI - La jeunesse aujourd’hui

1. Le rôle de la jeunesse

Historiquement, les luttes de la jeunesse ont souvent précédé les bouleversements révolutionnaires : En Russie, avant la révolution d’octobre ’17, d’importants mouvements étudiants se sont affrontés au tsarisme. En 1931, la mobilisation de la jeunesse étudiante espagnole a précipité la chute de la dictature et de la monarchie. En France, les barricades de mai ’68 ont précédé la plus grande grève générale qu’a connu ce pays...

Mais la jeunesse occupe aussi une place centrale dans le processus révolutionnaire lui-même. Ainsi la moyenne d’âge du parti bolchevik en 1917 était de 23 ans, dans le Front sandiniste de libération nationale (FSLN) au Nicaragua, en 1979, elle était de 24 ans ...

A chaque rupture sociale importante ou révolutionnaire, la jeunesse a apporté sa force, sa vitalité, sa capacité d’initiatives au mouvement ouvrier. Elle a également permis de régénérer les organisations révolutionnaires.

En dehors de ces périodes “exceptionnelles“, les jeunes n’ont jamais été inactifs, ils ont toujours lutté. Depuis mai ’68, les axes de leur combat ont été des luttes “partielles” (antiracisme, antinucléaire, contre les réformes dans l’enseignement...). Leur protestation, parce qu’elle est spontanée, s’accompagne souvent d’un certain vide idéologique, même si elle traduit avec force les contradictions du système. La jeunesse ne peut jouer un rôle d’avant-garde que si elle prend conscience de ces dernières, s’organise pour les surmonter et lutte avec d’autres.

2. Qu’est-ce que la jeunesse ?

La jeunesse, au sens socio-économique, est une réalité récente. A partir du moment où un surplus économique suffisant a été dégagé, le système a pu consacrer une partie du capital à la formation de la future force de travail. Cela suppose un développement technologique des outils de production qui obligea de fait les capitalistes à former une main-d’oeuvre ayant un certain niveau de qualification. Une grande partie de la jeunesse se caractérise donc par le fait d’appartenir à une période de la vie où l’obligation de produire ne se fait pas sentir.

Ce retrait du processus de production s’est accompagné d’un enfermement au sein d’institutions bourgeoises. Ces institutions ont comme fonction idéologique commune à tous les jeunes de canaliser leur potentiel de révolte, de contestation... “La jeunesse c’est ce qu’on enferme”, c’est une catégorie sociale transitoire (pas éternelle !) soumise à une aliénation, une oppression spécifique.

La jeunesse, au sens marxiste du terme, n’est pas une classe sociale, car même si elle joue un rôle passif dans le processus de production, elle est limitée dans le temps et traverse toutes les classes sociales, elle ne peut donc pas défendre des “intérêts communs”. Néanmoins c’est un groupe social partageant certaines “conditions de vie” liées à son oppression spécifique, c’est un groupe social puisqu’il est traité de la même manière par la classe dirigeante.

Nous ne sommes pas les seuls à être opprimés, d’autres subissent des discriminations sur base de leur sexe (les femmes n’ayant pas les mêmes droits que les hommes), de leur culture, de leurs origines ou de leur choix sexuel... C’est parce que les racines de notre oppression se situent dans les intérêts de la classe dominante, qu’un lien existe entre la jeunesse opprimée et la classe exploitée. Il existe une alliance objective entre les aspirations des jeunes et celles de la population travailleuse pour son émancipation socio-économique.

3. La jeunesse aujourd’hui

On constate un allongement de la jeunesse en tant que situation sociale, son rôle est de plus en plus important dans le système économique actuel. D’une part, la jeunesse scolarisée est essentielle car elle doit fournir la main-d’oeuvre adaptée aux modifications actuelles dans le système de production capitaliste. D’autre part, les jeunes travailleurs, par leur position caractéristique (précarité, flexibilité...), sont utilisés par le patronat pour faire pression sur le “marché du travail”.

A. L’enseignement :

L’analyse des modifications actuelles dans l’enseignement est importante car la grande majorité de la jeunesse est scolarisée. Les réformes de ces dernières années (plan Lebrun, Grafé, Di Rupo, Onkelinx, etc.) amènent une réduction non seulement du nombre d’enseignants (de l’ordre de 18% de l’effectif), mais aussi des étudiants à travers une sélection sociale croissante. Cet objectif est dissimulé derrière un discours hypocrite sur l’amélioration de l’enseignement, son adaptation au monde “moderne”. Partant du prétexte que l’école est responsable du chômage massif des jeunes, ils veulent orienter la formation vers la préparation d’une main-d’oeuvre qui s’adapte aux modifications en cours du mode de production capitaliste (sous-statuts, flexibilisation, etc.). Ils prétendent que les chômeurs manquent de qualifications ; or, le nombre d’étudiants n’a cessé d’augmenter ces dernières années et le nombre de chômeurs diplômés de l’enseignement supérieur non universitaire et universitaire a grossi respectivement de 9 et de 16% en 1995 ! Ils prétendent que l’enseignement ne suit pas l’évolution en cours, mais de quelle évolution s’agit-il ? Adapter l’école à un monde du travail précaire et à une société générant de plus en plus “l’exclusion” implique donc de créer un enseignement dual, sélectif et excluant. Les catégories qui en souffriront le plus sont, bien évidemment, celles issues des milieux ouvriers. Mais aussi la jeunesse immigrée pour laquelle l’école est plus un lieu d’échec que de réussite. En effet, on note une surreprésentation de ces derniers dans les filières dévalorisées telles que le professionnel et les centres d’enseignement à horaire réduit. Cette logique discriminatoire est à l’origine du phénomène des “écoles ghettos”, que les réformes actuelles renforceront. L’enseignement vise donc aussi à un apprentissage et à une acceptation des conditions sociales (exploitation salariale, oppression sociale et culturelle...) qui attendent les jeunes à la fin de leurs études. Les réformes en cours reflètent les contradictions apparentes du discours politique qui, d’un côté, proclame la qualité de la formation acquise comme facteur nécessaire pour trouver un emploi et, de l’autre côté, réduit les moyens d’accéder à un enseignement de qualité. Si le discours semble contradictoire, la pratique des différentes réformes en cours obéit à une logique certaine. Dans le cadre d’un enseignement “adapté” aux besoins du capitalisme actuel, la volonté qui se dégage est claire : il s’agit d’un même mouvement vers la privatisation de pans entiers de l’enseignement ainsi que l’exclusion massive des jeunes dans l’accès aux études. Ces réformes dévoilent également les fonctions essentielles de l’école dans le système capitaliste qui peuvent se résumer à l’inculcation et à l’intériorisation de l’idéologie bourgeoise dominante et à la formation-sélection de la future force de travail.

Ces dernières décennies ont connu une “démocratisation” partielle de l’accès aux études. Ainsi, nous considérons, à juste titre d’ailleurs, ce droit comme étant fondamental. C’est une des raisons qui explique notre mobilisation pour la préservation (et l’amélioration) de nos conditions de scolarité. Une enquête récente a démontré que la “démocratisation“ de l’enseignement n’a pas été très loin : ainsi, 16,6% des étudiants du supérieur non universitaire et universitaire sont issus de ménages à revenu familial inférieur à 50.000Fb ; ce taux passe à 44,6% pour les parents aux revenus entre 50.000 et 100.000Fb et à 38,8% au delà de 100.000Fb ! Cette ventilation ne correspond pas à celle des familles en Belgique : 32,4% de moins de 50.000Fb ; 44,8% de 50.000 à 100.000 et 22,8% au delà de 100.000Fb.

Même si la jeunesse actuelle se mobilise sur des revendications immédiates, pour une partie d’entre nous, la compréhension des enjeux de société qui se profile derrière le saccage de l’enseignement, évolue très rapidement vers des remises en cause des choix de nos sociétés néo-libérales. Ces choix veulent imposer, entre autres, plus d’inégalités et d’injustices, ce qui est contraire aux aspirations de la plupart des jeunes. Un des effets secondaires des mesures prises contre l’enseignement est d’essayer de canaliser ces aspirations, de les reconquérir idéologiquement en réduisant la place de la formation critique, évitant ainsi de donner les moyens de remettre en cause les mécanismes de l’exploitation capitaliste.

B. Emploi et chômage :

D’après les statistiques du FOREM, en 1995, un chômeur sur quatre était âgé de moins de 25 ans ; 59,5% de ceux-ci étaient des femmes. Malgré la diminution quantitative (baisse de la natalité) et malgré l’allongement massif de la scolarité, il est extrêmement difficile de trouver du travail. Plus de 30% de ces sans-emploi n’ont encore jamais travaillé, ce nombre s’accroît d’année en année alors que le niveau d’étude s’est nettement amélioré au cours du temps. Les jeunes issus de l’immigration connaissent un léger retard dans l’obtention de leur premier emploi. Si les jeunes peu ou pas qualifiés sont les premières victimes du chômage et de la précarisation de l’emploi, la croissance du nombre de diplômés, comme on l’a vu ci-dessus, n’a en rien bouleversé les chances pour les jeunes de trouver un emploi stable, ce qui démontre bien que le chômage est dû aux licenciements massifs et à la non création d’emplois de la part des patrons. De plus, le chômage favorise la déqualification à l’embauche car les employeurs sont en mesure d’embaucher des jeunes pour des emplois d’un niveau de qualification et de salaires inférieurs à la qualification acquise.

A diplôme égal, les mécanismes de sélection sont toujours défavorables aux jeunes filles. Les métiers qui se sont féminisés ont été dévalorisés et sont souvent subalternes, liés au rôle traditionnel dévolu aux femmes dans la famille et dans la société (soins, éducation,...). Cette sélection touche aussi les jeunes d’origine étrangère.

Parce que les chômeur(se)s ne sont pas organisés (comme le syndicat), ils sont difficiles à mettre en mouvement.

Pour faire face au chômage des jeunes, le gouvernement a mis en place ces dernières années différents “plans de lutte contre le chômage des jeunes”. Dans bien des cas, ces plans tiennent plus d’un gadget que d’une véritable solution et sont souvent des occasions supplémentaires pour abaisser les charges sociales des entreprises et leur fournir une main d’oeuvre à bas prix, utilisables pour quelques. La multitude des mesures similaires se concurrencent et tendent à diviser les jeunes travailleurs en sous-catégories (subtilement hiérarchisées) ; ce qui freine et empêche la solidarité et l’unité dans une éventuelle lutte. Certaines mesures ont également pour but de creuser une division et une dualité dans le monde du travail, empêchant ainsi une mémorisation des luttes et une riposte organisée.

Notre indépendance n’étant pas acquise (en cas de nécessité ils sont supposés trouver de l’aide auprès de leur famille), nous devenons les premières victimes des attaques du patronat pour diminuer les salaires et introduire plus de flexibilité. “Travailler juste quand le patron l’estime nécessaire”, c’est la devise qui explique entre autres les situations caractéristiques de la jeunesse : l’instabilité professionnelle, les intérimaires (70% de ceux-ci ont moins de 30 ans), le temps partiel...

C. Exclusion

Du fait des conditions de vie imposées aux jeunes, les moins de 25 ans représentent l’une des couches à risque par rapport à la pauvreté.

Les jeunes qui ne sont pas arrivés au terme de leur cursus scolaire obligatoire se voient refuser l’obtention d’allocations d’attente se retrouvant ainsi sans revenu, sans couverture sociale. S’ils n’ont pas la “chance” d’avoir une famille solidaire, c’est dans la misère qu’ils sombrent le plus souvent.

Ainsi, la proportion des jeunes minimexés s’est considérablement accrue au cours des années ’90. Entre 1990 et 1994, les demandes venant des jeunes ayant entre 18 et 21ans ont augmenté de 34%. Et celle des 21-24 ans, de 47% !

La proportion des jeunes exclus ne cesse d’augmenter également. 27% des sans-abri ont actuellement moins de 25 ans.

D. Famille

Le rôle de la famille, comme lieu d’autosubsistance, se renforce du fait de la dépendance financière, des conditions précaires, de l’exclusion, etc. des jeunes. Ils se voient obligés de choisir entre rester enfermer dans l’institution familiale ou être autonome avec le risque d’exclusion de plus en plus fort que l’on connaît.

Même si un certain nombre de choses ont évolué sous l’effet des changements globaux de la société (taille moyenne de la famille, rapport au sein de celle-ci, ...), le rôle de la famille n’est pas à négliger. En effet, le capitalisme a progressivement adapté la fonction de la famille au type d’hommes et de femmes dont il a besoin pour le fonctionnement du système. Sa fonction essentielle reste de reproduire la force de travail et de lui inculquer le respect de l’idéologie dominante. L’assujettissement autoritaire ne se manifeste en aucune institution de façon aussi précoce sur l’appareil psychique infantile que dans la famille. Celui-ci s’exprime le plus fortement sur l’apprentissage idéologique et la reproduction des rôles traditionnels “hommes-femmes”.

La rébellion contre la famille rétrograde ne doit pas voiler l’autre côté des choses à savoir que des jeunes peuvent être en même temps profondément liés à leurs parents et connaître de réelles conditions de solidarité.

E. Sexualité :

Il est clair que nous vivons sexuellement aujourd’hui d’une autre manière qu’il y a trente ans. Comme nous l’avons vu ces changements sont loin d’avoir provoqué une “libération sexuelle” car la répression sexuelle et l’enracinement de la morale sexuelle bourgeoise sont nécessaires au maintien du système. C’est pourquoi cette morale sexuelle est toujours profondément ancrée, elle est inculquée dès le plus jeune âge.

La “misère sexuelle“ touche profondément les jeunes parce qu’ils habitent chez leurs parents, qu’ils ne peuvent disposer d’un logement, parce qu’ils n’ont ni travail ni argent, pour subvenir à leur existence...

De plus, malgré les maigres acquis, il règne toujours une information partielle et médiocre vis-à-vis de “l’activité” sexuelle. Le droit à l’avortement est toujours remis en cause, les moyens de contraception sont (très) chers et “difficiles” à se procurer (ordonnance médicale, mutuelle...)

La classe dominante utilise cependant une morale à double sens vis-à-vis de la sexualité. D’un côté, le plaisir, la sexualité épanouie, etc. sont tabous. De l’autre côté, le sexe est utilisé comme marchandise. L’image artificielle et commerciale de la marchandise-sexe produit une sexualité et des désirs aliénants, non épanouissants. Ce mécanisme explique la croissance des phénomènes révélés par l’Affaire Dutroux-Nihoul.

F. Loisirs-Culture

La standardisation à l’échelle mondiale des disques, feuilletons... n’est pas radicalement nouvelle. Mais l’échelle du phénomène s’est largement accrue, et les nouveaux comportements se sont installés dans la durée : les loisirs et les idoles d’un adolescent sont désormais largement les mêmes. Ce travail de déconnexion entre la vie concrète et les références symboliques portées par une culture standardiste et mercantile entraîne un effet de déréalisation de la vie de la jeunesse. La culture standard est donc un moyen de contrôle. La “culture” officielle est imposée à grands coups de publicité. De plus, la culture de l’image évince tout le reste avec les dangers que cela comporte : vision de plus en plus superficielle, moins d’analyses, de réflexions, d’imagination... Cette culture est également largement américaine et montre l’image soit d’un monde parfait (famille unie, fortunée...), soit l’image de l’impérialisme (propagande anti-communiste, domination des USA...) ; bref une culture au service de l’idéologie dominante !

Il faut également souligner, que l’état de précarité ou de dépendance des jeunes, les empêche de fait de jouir de toute une série d’activités de loisirs (aliénants ou pas). Ceci est encore renforcé par les seuils financiers qui sont propres à l’offre culturelle !

4. Pourquoi une organisation révolutionnaire de jeunes ?

Les faits exposés ci-dessus montrent la nécessité pour les jeunes de s’organiser pour changer radicalement les choses. Mais pourquoi des jeunes adhéreraient-ils à une organisation de jeunes révolutionnaires comme la nôtre ? N’ont-ils pas montré ces dernières années qu’ils descendent dans la rue lorsqu’il le faut, avec ou sans la JGS ? L’adhésion à une organisation ne signifie-t-elle pas que l’on court derrière son idéologie sans réfléchir par soi-même ? Alors, à quoi bon une telle organisation ?

De la révolte...

L’histoire nous apprend que l’on obtient aucun changement important sur simple demande. Pour les obtenir, il faut se battre ! Comme nous l’avons démontré au cours des chapitres précédent, l’Etat actuel est un Etat de classe, défendant les intérêts d’une minorité. Aucun changement ne sera définitif s’il se place dans le cadre légal fixé par cet Etat. De plus, l’émancipation des opprimés ne pourra être que l’oeuvre des opprimés eux-mêmes.

L’histoire nous montre également que la lutte est possible : quand le ras-le-bol atteint son comble, les gens descendent massivement dans la rue. Par exemple, parce qu’ils n’acceptent plus la crise sociale, le chômage (ce fut le cas contre le Plan Global en 1993, lors des luttes dans l’enseignement en 1995-1996, lors de la Marche multicolore à Clabecq en 1997, etc.) ; ou parce qu’ils ne font plus confiance à l’Etat, sa “justice“ et ses flics. Ainsi, précédé d’une semaine de grève ouvrières et lycéennes spontanées, la Marche blanche d’octobre 1996 a rassemblé 300.000 personnes. Pour beaucoup de gens, les “affaires“ furent la goutte d’eau qui fit déborder le vase de l’inacceptable, de toutes les injustices. Dans ces moments-là, les gens se sentent capable de beaucoup plus de choses qu’ils ne le croyaient, ils prennent conscience de leur force. Les jeunes ne sont pas absents de ces grands mouvements de lutte et sont parfois les premiers à riposter.

Certaines luttes sociales peuvent déboucher sur des situations pré-révolutionnaires lorsqu’elles s’attaquent frontalement au pouvoir en place. De telles situations n’arrivent que sporadiquement. Mais la Belgique, au cours de ce siècle, a connu plusieurs moments très agités ! Ce fut le cas lors de la grève générale de 1960-1961 qui a paralysé tout le pays, l’Etat a dû envoyer l’armée contre les grévistes !

Mais quelle est la nécessité d’une organisation révolutionnaire ? Certains mouvements de protestation, même s’ils sont très puissants, s’épuisent. Après un long moment de lutte, l’histoire reprend son cours “normal”. L’expérience accumulée lors d’une lutte de masse risque de se perdre et de s’oublier lorsque la lutte suivante apparaîtra. Ce phénomène est encore plus important en ce qui concerne les mouvements de protestation de la jeunesse. C’est là que réside l’importance d’une organisation révolutionnaire car elle maintient la continuité de l’activité de ses militants et leur niveau de conscience. Elle permet de conserver tout acquis d’expérience et de le répandre. Entre deux mouvements de lutte, elle continue à oeuvrer au changement de la société, mais d’une autre façon : par la formation interne, la discussion, l’action, etc.

Une organisation révolutionnaire de jeunes telle que la nôtre a des spécificités supplémentaires. Sur tous les terrains où la jeunesse s’affronte quotidiennement au capitalisme, notre objectif est d’une part d’impulser et de développer l’auto-organisation des jeunes pour la défense et l’extension de leurs droits, et de radicaliser les revendications ; et d’autre part de mettre en évidence la nécessité de l’alliance avec les travailleurs. Les militants font ce travail en tant que jeunes et envers d’autres jeunes. Dans le passé, on a pu constater que lorsque des jeunes descendent dans la rue, c’était le plus souvent à l’initiative de jeunes organisés. Plusieurs grandes grèves ou manifestations furent le fruit du travail de comités larges et unitaires, de mobilisation, de diffusion de tracts, etc.

Il est normal qu’une organisation révolutionnaire de jeunes soit petite en période non-révolutionnaire, son message n’est alors entendu que par une minorité. Adhérer à une organisation révolutionnaire n’est, à ce moment-là, pas le choix le plus facile.

... à la révolution !

Les jeunes ont toujours joué un rôle important dans les mouvements révolutionnaires. Mais les jeunes ne peuvent d’eux-mêmes renverser le capitalisme. Leur force sociale est absolument insuffisante pour ce faire. Mais ils peuvent participer à certaines étapes décisives en contribuant considérablement au réveil d’un prolétariat que les défaites du passé et le rôle de la bureaucratie (des partis et des syndicats) ont en partie plongé dans l’apathie. Il n’est évidemment pas impossible pour un certain temps, que nous, jeunes, nous concrétisions certaines revendications. Mais nous ne changerons pas les racines de notre aliénation, sans qu’un changement d’ensemble de la société ne soit obtenu. Lutter contre l’oppression des jeunes, c’est donc lutter contre les ravages du capitalisme, et ce ne sera efficace qu’en luttant pour le socialisme. Pour en finir avec l’exploitation de l’Homme par l’Homme, la lutte de la jeunesse n’aboutira que si elle rejoint le combat de la seule classe qui puisse oeuvrer à la libération de toutes les catégories opprimées : la classe ouvrière (au sens large du terme). Cela ne veut évidemment pas dire qu’elle seule fera la révolution, ni qu’après celle-ci, toutes les catégories sociales seront libérées. C’est tous ensemble, hommes, femmes, jeunes, etc. que l’on devra faire la révolution. Mais dans la période de transition qui suivra cette révolution, seule l’auto-organisation démocratique massive des jeunes, comme de toutes les autres catégories sociales opprimées, garantira de réels changements dans les rapports sociaux.

La jeunesse a tout à gagner du socialisme, mais à deux conditions : que tout soit fait pour combattre et empêcher toute dégénérescence antidémocratique du socialisme ; et que des droits spécifiques soient reconnus à la jeunesse. L’autonomie de celle-ci en lui garantissant les amples droits d’expression, d’organisation, de participation, de liberté sexuelle, d’indépendance matérielle... lui permettra de forger de ses propres mains son avenir. La génération qui “grandira” dans de telles conditions sera celle qui, selon l’expression de Che Guevara, “chassera le vieil Homme” et cultivera “le meilleur de l’humain”.

En attendant, nous avons besoin d’une organisation qui corresponde à nos dispositions à la lutte, à nos expériences, à nos rythmes... Nous devons pouvoir débattre en tout indépendance et lutter sur les questions politiques qui nous concernent spécifiquement. Nous devons être capables de faire nous-mêmes, sans être soumis à “l’étouffoir” adulte, l’apprentissage de la lutte. Pour ces raisons, nous sommes une organisation de jeunes autonomes. Néanmoins, partant des mêmes acquis programmatiques et ayant les même objectifs, nous sommes en solidarité avec le Parti ouvrier socialiste. Nous collaborons avec le POS sur les terrains non-spécifiques aux jeunes, sur les grandes luttes syndicales, internationalistes, etc. Via le POS, nous sommes liés à la IVe Internationale. La JGS a des organisations-soeurs dans presque tous les pays d’Europe.

Au sein de la JGS, les questions de démocratie, transparence et critique sont dès à présent pris en compte et appliqués le plus largement possible. Ainsi, la JGS s’est donné un fonctionnement qui tente de répondre à ces exigences : suite à des débats contradictoires, toutes les décisions sont soumises à des votes. De même, toutes les fonctions d’animation sont électives et chaque membre élu à une fonction peut être révoqué à tout moment. Les orientations et les changements importants sont décidés et votés lors de congrès nationaux. Il n’y a aucune entrave à la liberté d’expression au sein de l’organisation et les membres qui seraient en désaccords avec l’orientation suivie par la majorité ont la possibilité de se réunir et de se constituer en “tendance“ au sein de l’organisation. Nous informons régulièrement nos membres et sympathisants de nos activités et des discussions qui ont lieu au sein des instances de l’organisation. De même, au niveau des idées, nous combattons fermement tout dogmatisme. Nous pensons que la capacité d’esprit critique est essentielle, non seulement vis-à-vis du système capitaliste, mais également envers nous-mêmes. Nous ne prétendons pas détenir la vérité suprême et unique ; nous ne demandons pas aux jeunes de croire nos discours, mais de comprendre et de penser par eux-mêmes, de développer leur esprit critique et leur capacité de prise en charge individuelle et collective. Tels sont nos principes car nous pensons que la révolution, pour qu’elle réussisse pleinement, devra être menée par des gens conscients de leurs actes et de leurs objectifs et attentifs à tout danger de dégénérescence autoritaire, dogmatique et antidémocratique de cette révolution.

La situation actuelle du capitalisme est, du fait de ses propres contradictions, une situation de crise internationale. C’est pourquoi, l’offensive économique de la bourgeoisie ira en s’approfondissant et en s’élargissant. Le capitalisme est contraint de mener une offensive continue et intense pour imposer sa politique d’austérité et pour affaiblir et détruire les organisations des secteurs les plus importants de la classe ouvrière, ce qui crée le terreau du fascisme ! Il faut donc, plus que jamais, une organisation révolutionnaire forte pour faire front aux attaques capitalistes tout azimut et ce au niveau international. Des organisations révolutionnaires de jeunes n’appartiennent donc pas au passé, elles ont l’avenir devant et avec elles. Si nous voulons nous battre pour une rupture radicale avec ce système et sa logique catastrophique, nous devons nous organiser !


Lexique et notes biographiques

Bureaucratie : Couche sociale spécifique possédant des intérêts propres et défendants ses avantages. Différents types de bureaucraties : d’à‰tat, de partis et de syndicats dont l’idéologie et la pratique sont souvent réactionnaires. C’est un phénomène de bureaucratisation qui explique la dégénérescence de la Révolution russe : une couche de privilégiés issus du prolétariat s’est constituée en maà®tre et a menée une contre-révolution politique.

Dialectique : Méthode de pensée et d’analyse, employée notamment par les marxistes, qui promet de comprendre les choses et les phénomènes dans leurs mouvements, leurs enchaà®nements, leurs actions réciproques et leurs transformations. Elle permet de saisir - en tenant compte du passé, du présent et avenir - le devenir de tout objet (au sens large). A pensée dialectique comprend que toute chose est en mouvement et n’est en rien éternelle. On ne peut donc isoler l’objet de l’analyse de son contexte et de l’influence qu’exerce ce dernier. Car toute chose est en interaction réciproque avec son environnement.

ENGELS, Friedrich (1820-1895) : Révolutionnaire, sociologie, stratège, philosophe et théoricien aux connaissances encyclopédiques. Fidèle compagnon de lutte de Marx, avec lequel il écrira plusieurs ouvrages (Manifeste du Parti communiste, La Sainte Famille, L’idéologie allemande, etc.). Il jouera un rà´le essentiel dans l’élaboration du marxisme. Il contribuera à la fondation de la Ie, puis de la IIe Internationale. Après la mort de Marx, il publiera des textes inédits et poursuivra l’oeuvre de ce dernier en la défendant notamment contre toute déformation.

Impérialisme : Deux sens : a) lorsque des à‰tat constituent des empires par la conquête militaire ; b) économique et marxiste : au début du siècle, avec le développement des monopoles capitalistes, une fusion entre le capital bancaire et industriel s’opère, créant le capital financier. Celui-ci doit conquérir sans cesse de nouveaux marchés pour exporter et faire fructifier ses capitaux (notamment en exploitant les richesses et les populations du Sud). Ainsi est née la phase impérialiste du capitalisme. Les deux notions, de conquêtes militaires et de conquêtes de nouveaux marchés, sont étroitement liées, ce qui explique, notamment, le caractère des grandes guerres (dites impérialistes) du XXe siècle qui sont des conflits dont le but est de partager le monde entre les grandes puissances économiques et militaires.

Là‰NINE, Vladimir Ilitch (1870-1924) : révolutionnaire et théoricien marxiste russe, fondateur du Parti bolchevik et artisan de la Révolution de 1917. Apporta des contributions décisives à la stratégie et à la tactique révolutionnaire (sur le parti révolutionnaire, la démocratie socialiste, les questions de la guerre, des élections, des alliances de classe, etc.) ainsi qu’à l’analyse de l’impérialisme. Fondateur de la IIIème Internationale communiste et partisan infatigable de la révolution mondiale. Principal dirigeant de l’à‰tat soviétique, il se rendit compte des dangers de la dégénérescence bureaucratique de la révolution, mais mourut trop tà´t pour s’y opposer efficacement.

LUXEMBURG, Rosa (1870-1919) : Révolutionnaire et théoricienne marxiste polonaise, milita dans la social-démocratie allemande. S’opposa très vite à la dérive réformiste des partis socialistes (dans son livre Réforme ou révolution ? surtout). Internationaliste convaincue, elle saura analyser et intégrer au marxisme et la stratégie révolutionnaire les faits nouveaux (l’impérialisme et l’accumulation capitaliste, la grève générale de masse, la spontanéité des masses, etc.). En 1919, elle fonde le Parti communiste allemand. Elle sera assassinée durant la révolution allemande de 1918-19.

MARX, Karl (1818-1883) : Révolutionnaire et théoricien allemand hors du commun, expulsé de pays en pays pour ses activités "subversives", il sera le premier à utiliser des méthodes de recherches scientifiques pour étayer les théories socialistes et communistes. Analysera principalement les aspects économiques (dans Le Capital) du capitalisme, dévoilant ainsi sa nature exploiteuse et sa faillite inéluctable. à‰laborera également des analyses historiques (matérialisme historique), philosophiques et sociologiques. L’ensemble de ces théories et sa pratique révolutionnaire (dans la Ie Internationale, au cours de la Commune de Paris, etc.) constitue le marxisme de base, sans cesse enrichi (ou déformé) par d’autres.

TROTSKY, Léon (1879-1940) : Marxiste révolutionnaire russe, artisan, avec Lénine, de la révolution d’Octobre 1917. Théoricien novateur, écrivain et historien brillant, il analysa surtout le processus révolutionnaire dans les pays peu développés ainsi que les questions de la bureaucratie et du fascisme. Opposé à la dégénérescence bureaucratique de la révolution russe et à son leader, Staline, il fut exilé d’U.R.S.S., pourchassé de pays en pays et finalement assassiné par un agent stalinien au Mexique. Fonda en 1938 la IVe Internationale. Nous nous réclamons du "trotskysme" non pas en tant que dogme, mais de manière critique.

Bibliographie de base

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Ernest Mandel, Initiation à la théorie économique marxiste, EDI, Paris 1983.

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Christian Barsoc, Les rouages du capitalisme, éd. La Brèche, Paris 1994.

Marta Harnecker, Les concepts élémentaires du matérialisme historique, éd. Contradictions, Bruxelles, 1974.

Annie Kriegel, Les Internationales ouvrières, P.U.F, collection Que sais-je ? n°1129, Paris 1964.

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Rosa Luxemburg, Qu’est-ce que l’Etat ?, brochure des JCR.

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Alexandra Kollontaà¯, Conférences sur la libération des femmes, éd. La Brèche, Paris 1978.

Qu’est ce que l’oppression des femmes ?, brochure de la JGS, 1996.

Sheila Rowbotham, Féminisme et révolution, éd. Payot, 1973.

Marxisme et écologie, revue Quatrième Internationale n°34, Paris 1990.

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Léon Trotsky, La révolution trahie, éd. de Minuit.

Léon Trotsky, Programme de transition, éd. La Brèche, Paris 1983.

Léon Trotsky, Ma vie, éd. Gallimard, collection Folio, Paris 1989.

François Moreau, Combats et débats de la IVe Internationale, éd. Vents d’Ouest, Montréal 1993.

T. Linef, Pays dits “socialistes“ et marxisme révolutionnaire, éd. Fond. Léon Lesoil, Bruxelles 1981.

André Henry, Syndicalisme de combat et parti révolutionnaire, éd. Fond. Léon Lesoil, Bruxelles 1977.

La plupart de ces ouvrages peuvent être achetés ou empruntés auprès de la JGS