Jeunesses Communistes Révolutionnaires

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Racisme et antiracisme

Danièle (Sorbonne)

mardi 12 juin 2007, par JCR-RED

Racisme et antiracisme

Topo de formation – DN JCR 31/03/07

Plan

1. Aux origines du racisme

L’esclavage et la naissance du capitalisme

Rapports de production et idéologie dominante

2. Racisme contemporain

Post-colonialisme et racisme différentialiste

Nouvel impérialisme

3. Pour un nouvel antiracisme

Les gauches françaises et le « plafond de verre » du racisme républicain

Fronts uniques, mouvements autonomes et stratégie révolutionnaire

Références sélectives

Ouvrages, articles

Capitalisme et esclavage, d’Eric Williams,

Race, nation, classe – Les identités ambiguës, d’Etienne Balibar et Immanuel Wallerstein

La conception matérialiste de la question juive, d’Abraham Léon

Peau noire, masques blancs, de Frantz Fanon

Racisme et lutte de classe d’Alex Callinicos, en ligne http://tintinrevolution.free.fr/

La nouvelle islamophobie, de Vincent Geysser

Le racisme républicain. Réflexions sur le modèle français de discrimination, de Pierre Tévanian

« Enlightenment and anticapitalism », de Neil Davidson, International Socialism, printemps 2006, n° 110

« Colonialisme et post-colonialisme français : le plafond de verre », de Alain Mathieu et Alain Faradji, Critique communiste, n° 170, mars 2006.

« Les quartiers populaires français ne sont pas un ‘désert politique’ », de Abdellali Hajjat, en ligne sur Oumma.com (http://oumma.com/article.php3?id_article=1803

Sites internet

Collectif Les Mots sont importants : http://lmsi.net/
Remarques introductives

- 21 mars : journée internationale contre le racisme, « célébrée » dans l’indifférence générale. Paradoxe de l’institutionnalisation de la lutte antiraciste et de la réalité plus mitigée de l’accentuation des fractures, à l’échelle de la planète, comme au sein des pays

=> Pb de l’analyse commune du racisme comme un phénomène irrationnel, tantôt lié à la « nature humaine » (existe depuis toujours et existera toujours), tantôt individualisé

- En France, alors que la période des élections présidentielles est le moment d’une grande politisation et des grands « débats de société » questions du racisme et des discriminations racistes peu portées et présentes dans le débat politique électoral, sauf accidentellement, quand elle s’impose (agression raciste, émeutes,…), ou alors en négatif (débat sur « l’identité nationale »)

=> Pose question notamment à la gauche, institutionnelle et politique, à son apport et à son bilan politique.

- En novembre dernier, un an après les émeutes, rien n’a changé, aussi bien dans la société, mais aussi à gauche, pour répondre aux questions raciales que portaient ce mouvement. => Comment construire un antiracisme du XXIème siècle ?

=>

Préalable définitionnel

Le racisme est un phénomène relativement nouveau du point de vue historique. On évoque souvent les sociétés antiques esclavagistes où s’exerçaient une xénophobie (peur de l’étranger, en grec) contre ceux qui n’appartiennent pas au groupe identifié comme principal par ses membres, mais ce dont il s’agissait là n’avait rien à voir avec le racisme contemporain. Dans les sociétés anciennes, il n’existait aucune théorisation et/ou systématisation en tant qu’idéologie de l’infériorité ontologique des esclaves, en vertu de leur couleur ou caractéristiques physiques, etc. Il y a avait bien sur inégalité et oppression, mais pas de racisme au sens où on l’entend aujourd’hui.

Ce qu’on appelle ici racisme, c’est l’idéologie basée sur une théorie qui postule une hiérarchie entre les êtres humains selon leur origine ethnique, qui est alors parfois dénommée « race ». Plus généralement, le racisme désigne la croyance que les différences biologiques innées conditionnent inévitablement l’accomplissement culturel et individuel. Le racisme peut alors se traduire par des actes d’hostilité ou de discrimination (différenciation et division entre groupe ou individus afin d’appliquer inégalité de statuts et de traitement) les éléments d’un ensemble au moyen d’un ou plusieurs critères afin de pouvoir appliquer un traitement spécifique à chaque sous-ensemble ainsi constitué) envers les personnes selon leur origine ethnique, et prendre la forme de xénophobie ou d’ethnocentrisme Ainsi, en tant qu’idéologie, il s’agit bien d’une construction sociale (au sens large), et donc pas « neutre » ou immanente => idées n’existent pas en soi.

1. Aux origines du racisme

L’esclavage et capitalisme

Le racisme tel que décrit ci-dessus est apparu à un moment donné de l’histoire moderne, un période charnière autour du XVIIème siècle qui voit la naissance de l’esclavage et l’expansion définitive du capitalisme. La colonisation des Amériques et l’exploitation de ces immenses territoires devaient apporter à l’Europe les richesses qui permirent le décollage industriel. Au départ les colons venus d’Europe utilisaient les indigènes Indiens et importaient de la main d’œuvre anglaise et africaine « libre » (les personnes devaient travailler des années et dans des conditions de vie très dures pour pouvoir « racheter » leurs contrats aux propriétaires terriens). Mais très vite, ce système montra ses limites. Il ne suffit plus à subvenir aux besoins, aussi bien dans les colonies où les plantations se développaient très vite, qu’en Europe où commençait à émerger des industries. En termes purement économiques, l’esclavage devenait nettement plus profitable que les formes de travail sous contrats employées jusque là. Ainsi, le point de départ ce n’est pas une question raciale, mais économique : il ne s’agissait pas tant de la couleur des travailleurs, mais leur prix. Il s’agissait de trouver le travail le moins cher possible. L’esclavage et les richesses qu’il produit vont ainsi contribuer l’accumulation primitive du capital, durant une phase critique du développement du système.

Le mode de production capitaliste repose sur l’exploitation d’une main d’œuvre salariée libre. Toute la logique du système est fondée sur l’incessante accumulation du capital et l’exploitation des travailleurs pour cela. Cette dernière ne s’exprime pas par une subordination légale et politique des travailleurs à l’exploiteur, mais leur séparation des moyens de production, et l’obligation qui en résulte pour eux de vendre leur seule ressource productive, la force de travail, qui est le fondement de l’exploitation capitaliste. Le travailleur et le capitaliste se rencontrent sur le marché du travail comme étant légalement égaux. C’est tout l’intérêt du capitalisme et de la société bourgeoise qui l’a développé par rapport aux anciens systèmes d’exploitation (esclavage et féodalisme). C’est seulement dans « la sphère cachée de la production » que se situe l’exploitation. Il existe une liberté formelle de ne pas vendre sa force de travail. Le problème c’est que dans les faits, c’est cela ou crever de faim. Il y a ainsi un contraste entre l’égalité formelle et l’inégalité réelle du capitaliste et du travailleur qui est un trait fondamental de la société bourgeoise capitaliste, et qu’on retrouve dès ses origines dans tous ses développements. Les capitalistes ont donc usé de tous les moyens pour masquer cette inégalité, qui constitue le propre mode de fonctionnement de leur système. Comme l’explique Immanuel Wallerstein : « un système capitaliste en expansion (ce qui est le cas la moitié du temps) requiert la force de travail disponible puisque c’est ce travail qui produit les biens dont le capital est extrait pour être accumulé. (…) si l’on veut maximiser l’accumulation de capital, il faut, simultanément, minimiser les coûts de production (et par conséquent les coûts de la force de travail) et minimiser également les troubles politiques (et par conséquent minimiser – et non pas éliminer, car c’est impossible – les revendications de la force de travail). Le racisme est la formule magique favorisant de tels objectifs ».

Une idéologie de la classe dominante

La dépendance du capitalisme par rapport au travail servile devint donc d’autant plus une anomalie, que les premières grandes bourgeoisies révolutionnaires vont a fallu aussi mobiliser les masses sous les bannières de la liberté et de l’égalité, contre l’ancien ordre. Un autre élément renvoie à la nécessité pour la nouvelle classe dominante de garder le pouvoir qu’elle vient juste de conquérir. Les propriétaires d’esclaves ou de travailleurs attachés à leur services, représentaient de plus en plus une petite minorité, face à la majorité de petits paysans, d’esclaves et de serviteurs. Les colonies d’Amériques avaient déjà connu des rébellions populaires, comme en 1676 en Virginie, où une protestation contre la politique de la colonie contre les Indiens se transforma en rébellion multiraciale contre la classe dirigeante. Le danger pour cette dernière, était de voir la classe des pauvres et des opprimés se retourner contre les possédants. Il fallait donc trouver un moyen pour empêcher cela. Ce fut la tactique du « diviser pour mieux régner » : diviser les travailleurs blancs des Noirs en arguant de l’infériorité de ces derniers, permit d’empêcher leur contestation commune d’un système qui les exploitait tous.

Selon Barbara Fields, une historienne anglo-saxonne, « l’idéologie raciale » prit ainsi forme parmi les petits exploitants blancs dans le Sud des USA – les petits fermiers et artisans qui, représentant près des deux tiers de la population de l’ « Old South », ne possédaient pour la plupart pas d’esclaves et cherchaient à affirmer leur indépendance politique et économique vis-à-vis des planteurs. L’idéologie raciale fournit le moyen d’expliquer l’esclavage à des gens dont la terre était une république fondée sur des doctrines radicales de liberté et de droits naturels ; et, chose plus importante, une république dans laquelle ces doctrines semblaient représenter véritablement le monde où ils vivaient tous, à l’exception d’une minorité. C’est seulement lorsque le déni de la liberté devint une anomalie visible pour les moins observateurs et les moins critiques des membres de la société euro-américaine que l’idéologie s’employa systématiquement à expliquer cette anomalie, qui était la pierre angulaire de son développement économique.

Voir également les contradictions déjà présentes dans l’idéologie des Lumières : cf. Neil Davidson, « Enlightenment and anticapitalism », in International Socialism, printemps 2006, n° 110.

2. Racisme contemporain

Post-colonialisme et racisme différentialiste

Outil utile à la classe dominante, le racisme ne disparut pas avec l’abolition de l’esclavage. Il s’agissait d’une institution de la société. Au contraire, le racisme s’est développé et a adopté de nouvelles formes. A chaque phase du développement du système capitaliste, le racisme prend une forme qui correspond aux besoins du système. A partir du XIXème siècle avec la colonisation, c’est une nouvelle phase d’expansion du capitalisme qui correspond à l’impérialisme, c’est-à-dire le développement des forces productives au de là des frontières nationales pour cela la conquête de nouveaux territoires pour les capitalistes. Et dans le même temps, c’est la naissance du « racisme scientifique ». La domination du monde par une poignée de puissances européennes était justifiée par l’idée selon laquelle la constitution biologique des Asiatiques et des Africains les destinait à être dirigés par les « races » blanches, dont c’était le devoir de gouverner le monde dans les intérêts de ses sujets. Aujourd’hui, le racisme est principalement utilisé contre les populations immigrées, dont l’arrivée dans les pays développés dans les années 1960 était nécessaire alors au développement de ces économies. Le racisme servait alors notamment à exercer une pression par le bas des salaires. Avec la crise depuis les années 1970, il a permis la désignation de boucs émissaires : étrangers, immigrés, ou nationaux d’ « origine »/d’ascendance immigrée postcoloniale récente.

Mais ce ne sont pas seulement sa forme et son objet qui ont changé, c’est aussi son contenu théorique. Cf. Wallerstein et Balibar, p. 32-33

Impérialisme, nationalisme et racisme

Cette trajectoire historique du racisme contemporain s’inscrit aujourd’hui dans une période particulière qui voit le développement d’un « nouvel » impérialisme mondial : offensive néo et ultra libérale des classes dirigeantes, source d’encore plus d’exploitation pour les travailleurs, de misères et de discriminations pour les plus opprimé-e-s, en plus des politiques sécuritaires nationales, du militarisme international, du développement du nationalisme et du racisme, en particulier de l’islamophobie.

Voir V. Geysser

3. Pour un nouvel antiracisme

Les gauches françaises et le « plafond de verre » du racisme républicain

Tradition républicaine de la gauche française (principalement du fait de son histoire cf. Révolution française 1789-1793 et les contradictions en son sein). A partir de la fin du XIXème siècle, avec la fin de la dynamique révolutionnaire, intégration de la gauche à l’Etat et ses institutions : la République. Gauche radicale influencée par cette tradition, en plus des idées dominantes. Cf. attitudes, positionnements et débats qui émergent depuis ces dernières années autour des questions liées à l’islam, notamment loi sur le voile, affaire du RER D, le racisme « anti-blanc » et dernièrement les révoltes des banlieues. Voir notamment article d’Alain Mathieu et Alain Faradji dans Critique communiste de mars 2006.

« De nombreux militants issus de l’immigration postcoloniale ont tenté d’entrer dans des partis politiques non gouvernementaux (Verts, Ligue communiste révolutionnaire, etc.), mais cette expérience est rapidement devenue une impasse : les contradictions entre les discours politiques et la pratique militante les ont conduit à déserter ces partis. (…) Les organisations d’extrême gauche ont beau déploré l’absence, ou la présence minime, de militants issus de l’immigration postcoloniale et des banlieues populaires dans leurs rangs, la récente histoire politique de l’immigration montre qu’elles faisaient plus partie du problème que de la solution de la faible politisation des quartiers populaires. La gauche politique et syndicale a abandonné les quartiers populaires et le mouvement altermondialiste n’y a jamais mis les pieds. L’affaire du voile et la vague islamophobe qui s’en est suivie ont contribué à construire un consensus anti-banlieues, empêchant un réel élargissement de leur base militante. (…) Cette situation catastrophique est un véritable défi pour la gauche radicale qui, consciente de son handicap en termes de représentativité, cherche des « courroies de transmission » dans les cités, mais aussi pour le mouvement autonome de l’immigration, en plein questionnement sur son histoire et son projet politique. Toute nouvelle initiative politique majeure pour combler le gouffre politique avec les banlieues populaires ne sera couronnée de succès qu’à condition de revenir sur vingt ans de contentieux entre la gauche et les cités. Un retour critique sur l’histoire des luttes de l’immigration et des banlieues est aussi une condition indispensable pour se projeter dans l’avenir, mais aussi pour éviter la reproduction des mêmes erreurs politiques. Les émeutes sont un appel à la responsabilité historique des militants de l’immigration et des banlieues, sans qui tout projet alternatif résolument à gauche n’est pas possible. » (Abdellali Hajjat « Les quartiers populaires français ne sont pas un ‘désert politique’ », mercredi 30 novembre 2005 - Oumma.com (http://oumma.com/article.php3?id_article=1803)

Fronts uniques, mouvements autonomes et stratégie révolutionnaire

Allier général et particulier, lutte d’ensemble et luttes spécifiques, unité et indépendance.

S’inspirer de l’histoire des mouvements populaires et autonomes, du mouvement ouvrier, et du mouvement révolutionnaire : luttes antifascistes des années 1920-30, luttes de libération nationales et mouvement contre la guerre en Indochine, au Vietnam, en Algérie, dans les années 1950-60-70 ; mouvements spécifiques de travailleurs comme le Bund au début du siècle aux luttes des foyers de la Sonacotra en France dans les années 1970 ; mouvements autonomes

Apprendre et inventer des nouvelles formes adaptées aux nouvelles réalités.

=> Se battre tous ensemble, construire des mouvements de masse : luttes antifascistes (manifs anti FN, Ras l’front, …), luttes anti-impérialistes (contre la guerre sans limite et l’islamophobie, ACG), luttes des immigrés (collectifs Sans-Papiers, Resf , Ucij, …)

=> Implication et soutien aux mouvements et organisations autonomes (ex. : EMF, MIR, AClefeu, MIB, …)

=> Construire, développer et défendre une politique révolutionnaire antiraciste lisible et visible, s’appuyant sur le travail spécifique de commissions locales/secrétariat national antiraciste. Ces structures auraient pour tâche :

1. l’élaboration et production d’un matériel spécifique régulier (4 pages, brochure ou topo de formation, tracts spécifiques en fonction de l’actualité, affiches comme par ex. celles sorties par le Poing levé pour 1 an après les révoltes de novembre 2005) ;

2. la coordination de notre activité et de nos interventions sur la question (organisation et/ou participation, aux différentes initiatives de manifs, festivals antiracistes, etc.).

Le tout en lien régulier et constant avec les différentes commissions de la LCR en charge de l’antiracisme

=> Adoption du principe de l’organisation, autant de fois que nécessaire, d’AG non-mixte, qui permettent aux camarades d’échanger leurs expériences particulières en matière d’oppression et d’élaborer des propositions en lien avec le secrétariat antiraciste.