Jeunesses Communistes Révolutionnaires

Accueil > Brochures et textes > Formations > Formations "de base" > Economie marxiste : l’exploitation capitaliste

Economie marxiste : l’exploitation capitaliste

mercredi 13 juin 2007, par JCR Région parisienne

1. La Marchandise

a. Qu’est-ce que la marchandise ?

Tout d’abord, il faut préciser que la marchandise est la dénomination de tout produit dès lors qu’il s’échange.

Par la suite, cette marchandise va acquérir deux valeurs : usage et échange.

- Une marchandise, c’est un produit que l’on acquiert parce qu’on en a besoin : il nous faut, pour survivre, du pain, de la viande, des habits, etc. C’est ce que Marx appelle la valeur d’usage de la marchandise.

- Une marchandise, c’est aussi un produit que l’on échange sur le marché contre de l’argent, parce qu’aujourd’hui, on ne produit plus nous-même ce dont nous avons besoin. Il s’agit donc de la valeur d’échange de la marchandise, qui s’exprime sur le marché par son prix, et celui-ci varie selon la loi de l’offre et de la demande.

b. Comment calcule-t-on la valeur d’une marchandise ?

A priori, il semble difficile de mesurer la valeur d’une marchandise, et de lui trouver une échelle de valeur.

Mais on s’aperçoit vite du point commun entre toutes marchandises : c’est que celles-ci demandent toutes du travail afin d’être obtenues. Ce qui détermine la valeur d’une marchandise, c’est donc le temps qui sera passé afin de l’obtenir.

On donnera comme définition : Valeur d’une marchandise = temps de travail nécessaire à sa production.

Un exemple pour comprendre : la différence entre la valeur marchande d’un T-shirt et d’une chemise (deux marchandises similaires, de même usage et de même utilité) sera faite en calculant le temps de travail à la production de l’un et de l’autre : la confection d’une chemise est plus longue (poser les boutons, les revers etc.) donc sa valeur marchande sera supérieure.

c. Comment se déroule la production d’une marchandise ?

Plusieurs éléments interviennent dans le procès de production, nous retiendrons les trois principaux :

- la matière première (ex : le coton qui est transformé en tissu, qui sert à la fabrication du jean)

- l’instrument de production (ex : la machine à coudre)

- la main d’œuvre (c’est-à-dire : l’ouvrier employé par Levi’s qui transforme le tissu en jean, ou plutôt, qui exécute l’une des opérations, ex : pause de la fermeture éclair)

- Les deux premiers éléments (la matière première et l’instrument de production), sont des éléments qui, pour devenir ce qu’ils sont, ont demandé un certain temps de travail (des individus ont passé plusieurs heures ou plusieurs jours pour extraire le coton de la terre afin d’en faire du tissu ; des scientifiques ont dû se pencher sur l’élaboration, le perfectionnement de la machine…). Cependant, ce travail a été produit avant, et dans le procès de production qui nous intéresse (la pause de la fermeture éclair), ces éléments transmettent de leur valeur, mais n’en créent aucune : la valeur est transférée mais pas créée. On appelle cela le travail mort (ou cristallisé).

- Le dernier élément (l’ouvrier), au contraire, crée de la valeur : en insérant la fermeture éclair, il ajoute une valeur à la marchandise. Cela constitue le travail vivant.

d. On peut comprendre cette organisation par un rapport plus simple :

Lorsque le capitaliste investit pour créer son entreprise et commencer un procès de production, il devra investir dans :

- du capital constant (le capital qui est investi dans les matières premières et les machines), qui reste le même tout au long d’un procès.

[Pour autant, sa valeur, si elle est transférée sur le produit, s’amenuise, se déprécie : la machine s’use. Mais il s’agit d’un autre chapitre…]

- du capital variable : l’argent investit dans la main d’oeuvre (pour le salaire etc.), variable au cours du procès en général.

Ce rapport entre le capital constant et le capital variable est appelé par Marx composition organique du capital.

2. Le Travail

a. Pourquoi le travail ?

Avant l’introduction du capital dans la production industrielle, les échanges se faisaient suivant le rapport suivant : M→ A → M, c’est-à-dire que l’artisan devait vendre la Marchandise qu’il produisait, par exemple des meubles ou des chaussures, pour obtenir assez d’Argent, afin d’acquérir les Marchandises nécessaires à sa (sur)vie.

Aujourd’hui, le capitaliste (comme son nom l’indique), est possesseur d’Argent dès l’origine (il s’agit de l’accumulation primitive du capital). Il va utiliser cet argent comme capital pour acheter des Marchandises et les revendre afin d’obtenir une autre somme d’Argent, supérieure à celle d’origine. Le rapport a donc changé, et est devenu le suivant : A → M → A’.

Autrement dit, aujourd’hui, on ne produit plus pour répondre à des besoins, mais pour obtenir du profit.

La différence entre le capitaliste et la classe ouvrière se trouve là : l’ouvrier, contrairement au capitaliste qui possède à l’origine une certaine somme d’argent, ne possède rien. Il est donc obligé, pour vivre, de vendre la seule « marchandise » qu’il possède : ses bras, sa force de travail. Il est obligé de vendre cette capacité à travailler contre un salaire, pour acquérir ce dont il a besoin pour vivre.

b. Quelle est la valeur du travail ?

De la même façon que l’on a défini la valeur de la marchandise comme temps de travail nécessaire à sa production, on définira la valeur de la marchandise Travail, la force de travail donc, comme la somme du temps de travail nécessaire à la reproduction de cette force de travail.

Donc le salaire (ou valeur du travail), sera égal à l’acquisition des éléments nécessaires à la reproduction de la force de travail ; le salaire sera équivalent à tout ce qui est nécessaire à l’ouvrier pour qu’il revienne demain (qu’il ait assez mangé, bu, etc.).

D’autre part, nous parlons également de reproduction de la force de travail en tant que classe : le salaire devra inclure les besoins de la reproduction de la classe, c’est-à-dire des enfants de l’ouvrier (il faudra aussi les nourrir, les envoyer à l’école, etc.), pour qu’ils soient en capacité de venir à sa place effectuer le même travail lorsque l’ouvrier ne pourra plus travailler.

On l’a vu, la force de travail, c’est donc ce que l’on vend au capitaliste comme une marchandise, afin d’obtenir les biens nécessaires à notre vie. Mais le salaire, loin de correspondre à notre travail effectué lors d’une journée ou d’un mois, ne correspond qu’à une partie du travail produit.

Pour être plus clair : si, à un état donné de la production, et dans une situation donnée, on a besoin de travailler 4h pour acquérir de quoi revenir travailler demain, le patron exige que l’on travaille pendant une journée entière, mais seules ces quelques quatre heures seront rémunérées.

Le travail se découpe donc en deux catégories :

- le travail nécessaire : les heures qui seront payées par le salaire, que l’ouvrier effectue pour obtenir de quoi revenir travailler le lendemain, pour reproduire sa force de travail.
- le sur-travail : les heures que l’ouvrier effectue pour le compte du capitaliste, mais pour lesquelles il n’est pas payé.

c. Et aujourd’hui ?

S’il était facile de calculer la valeur du travail nécessaire aux siècles derniers (quantité de nourriture etc.), il est plus difficile de le faire pour la période actuelle.

En effet, si l’on a une voiture (qui est un bien supplémentaire, accessoire pourrait-on dire) pour se déplacer afin de se rendre sur notre lieu de travail, ce bien ne compterait-il pas dans le travail nécessaire ?

De même, l’ordinateur, la télé, le téléphone portable, pouvant a priori être considérés comme gadgets technologiques, mais qui seront utiles aux enfants pour se développer, pour apprendre, communiquer et acquérir une certaine culture (nécessaires pour un futur emploi) ne sont-ils pas indispensables ?

Ainsi, la valeur du travail subit des influences et évolue selon le degré de civilisation, le développement des forces productives, les rapports de forces de la classe ouvrière, etc.
[De plus, le sur-travail se définit aussi différemment, les heures de travail hebdomadaires s’étant modifiées.]

3. La Plus-Value

a. Comment se calcule le taux de la plus-value ?

Si l’on suit notre explication sur l’exploitation capitaliste, nous pouvons conclure qu’il y a exploitation dès lors qu’un sur-travail s’ajoute au travail nécessaire, puisque le capitaliste acquiert une plus-value sur notre travail ; pour calculer ce taux d’exploitation, ou taux de plus-value, on pose le rapport suivant :

Sur travail/ travail nécessaire = (exemple) 4h/4h = 100% : dans ce cas, la moitié de notre temps de travail n’est pas rémunérée à sa juste valeur.

b. D’où vient la plus-value ?

On a vu plus haut que la seule valeur produite au cours du procès de production était obtenue par le travail de l’ouvrier, c’est-à-dire le capital variable. Ainsi, si le capitaliste veut obtenir une plus-value, il sera obligé d’augmenter ce capital variable. Il a deux solutions :

- Il peut tout simplement allonger le temps de travail (pour que le sur-travail, donc la plus-value, augmente). Il s’agit alors d’une augmentation de la plus-value absolue. (ex : d’une journée de 8h on passe a une journée de 10h ; obligation de travailler le samedi ou les jours fériés…)

- Il peut aussi, sur le même temps de travail, faire augmenter les cadences ou exiger une division du travail pour que celui-ci soit fait en moins de temps (si le travail augmente, le sur-travail augmente dans la même mesure). Il s’agit ici d’une augmentation de plus-value relative.

c. Où va le profit ?

Le profit ne vient pas directement dans les mains du capitaliste. Celui-ci doit le répartir dans différents secteurs :

- Les rentes foncières (il faut rémunérer le propriétaire qui loue les locaux à l’entreprise)
- Le capital financier (la plus grosse somme revient à ceux qui ont prêté de l’argent au capitaliste pour ses investissements : les actionnaires, la banque, l’Etat…)
- Le capital industriel, seul, revient au capitaliste.

d. Aujourd’hui, la question du secteur tertiaire ?

Si l’on observe le fonctionnement de la société actuelle, on peut remarquer que le secteur secondaire (celui de l’industrie, où se déroule la production) se réduit, au profit du secteur tertiaire (les services). Dès lors, peut-on dire que le système capitaliste est en perte de vitesse ?

Si le secteur tertiaire croît, c’est bien entendu parce que les capitalistes en ont besoin. Ils embauchent ou sous-traitent des entreprises/individus pour la distribution, la publicité, la recherche et le développement de leurs produits pour que la valeur de ceux-ci augmente, donc toujours dans le but d’augmenter leur profit…

Si, de même, le système capitaliste finance des médecins ou des professeurs d’écoles, c’est bien pour que les travailleurs qui produisent (qui créent de la richesse), soient toujours en mesure de le faire, ensuite remplacés par leurs enfants, etc.

Pour conclure, si le secteur de l’industrie baisse, c’est quand même toujours elle, et elle seule, qui produit les RICHESSES !

4. Les rapports de force, la lutte des classes

a. La loi tendancielle de la chute du taux de profit

Même si la situation de la classe ouvrière semble parfois satisfaisante, même si les salaires augmentent à certaines périodes, le profit, lui, augmentera toujours plus rapidement. Et la tendance générale n’est pas d’augmenter les salaires, mais au contraire de les réduire, puisque le profit baisse aussi. Pourquoi ?

Aujourd’hui, la concurrence entre les capitalistes étant féroce, les grandes entreprises rachètent les petites (incapables de continuer la course), il y a donc concentration du capital. Cela entraîne une prolétarisation et une paupérisation de la population (les cadres des petites entreprises d’hier, basculent dans la classe ouvrière).

D’autre part, la mécanisation, le progrès, nécessitent que l’entreprise soit mieux équipée, avec des machines plus nombreuses et plus chères. Le capitaliste devra donc investir plus dans le capital constant (que constituent les machines). Dès lors, si le capital constant augmente, le capital variable baisse, inexorablement… Or, comme le profit émane seul du capital variable, si celui-ci baisse, le profit baisse également.

Ce phénomène, Marx l’appelle la loi tendancielle de la chute du taux de profit.

b. La lutte pour les salaires, épicentre de la lutte des classes

Etant donné ce phénomène, le capitaliste, pour survivre, maintenir son profit et faire face à la concurrence, est donc obligé de réduire les salaires.

De l’autre côté, la classe ouvrière qui n’a que son salaire pour vivre, est obligé de demander le minimum : qu’il soit, sinon augmenté, maintenu.

La lutte entre les deux, la lutte des classes, n’est donc pas un simple choix politique, mais bien une nécessité objective et inéluctable. La lutte des salaires entre dans ce cadre, elle en est le centre de gravité.