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Amérique latine Socialisme du XXIe siècle ? OUI !

vendredi 29 juin 2007, par JCR-RED

Amérique latine Socialisme du XXIe siècle ? OUI ! Document* La situation sociale et politique en Amérique latine est parmi les situations les plus explosives de la planète. C’est ici que les restructurations néolibérales et les résistances populaires s’opposent le plus, provoquant des situations explosives et/ou pré-révolutionnaires au Venezuela, en Argentine, en Équateur, en Bolivie Ces mouvements populaires ont défait des droites réactionnaires, suscité de nouvelles contradictions inter-capitalistes et ont provoqué le développement de nouveaux mouvements sociaux. C’est dans ce cadre que nous comprenons la Révolution Bolivarienne qui a réveillé de grands espoirs pour les peuples et la gauche sur toute la planète. La IVe Internationale, réseau international d’organisations révolutionnaires, soutient ce processus révolutionnaire qui a surgi à partir de 1989 en tant que résistance à l’offensive néolibérale, menée par les centres mondiaux du pouvoir (en premier lieu les États-Unis et l’Europe) et soutenue par les oligarchies de nombreux pays du dit Tiers-Monde.

Vive la Révolution Bolivarienne

En combinant le développement du mouvement social, son auto-organisation, la traduction de la dynamique politique en processus électoraux et la construction d’éléments d’une direction démocratique et anti-impérialiste, le processus vénézuélien constitue un apport à la pensée révolutionnaire. Il réveille les espoirs que oui, il est possible de changer le sort quotidien des masses exclues. Mais sans l’extraordinaire mobilisation populaire en défense de la révolution et de ses ressources naturelles entre 2001 et 2004 et, à partir de 2003, sa participation directe dans les missions sociales financées grâce au pétrole, ce processus n’aurait pas pu tenir. Sans aucun doute le sujet et l’acteur c’est le peuple organisé et mobilisé avec l’appui du Président qu’il s’est choisi, Hugo Chávez.

Le processus révolutionnaire a évidemment marqué de nombreux points sur le terrain de la construction d’une société nouvelle : dans l’éducation, la santé, l’alimentation en plus des libertés politiques. Maintenant, avec l’entrée en lutte de la classe ouvrière organisée dans l’UNT, on gagne le contrôle ouvrier dans certaines entreprises, des expropriations et la perspective du développement des coopératives.

Approfondir le processus bolivarien

Mais la révolution ne peut se considérer gagnante tant que la structure capitaliste du pays n’a pas été supplantée par un modèle socialiste. Le rôle conservateur de l’appareil de l’État, l’apparition des phénomènes de corruption dans le camp révolutionnaire lui- même et la nouvelle bureaucratie s’ajoutent aux phénomènes hérités de l’ancien régime. La révolution bolivarienne ne peut s’arrêter à mi-chemin et doit poursuivre sa lutte pour mener à bien la réforme agraire, la nationalisation des banques et pour vaincre la propriété privée des grands moyens de production (qui sont minoritaires par rapport au pétrole en ce qui concerne les revenus, mais qui emploient une majorité de travailleurs qui vendent leur force de travail).

Si elle ne mène pas ces tâches à bien, il est possible que « la révolution dégénère en gouvernement » comme disait en d’autres temps un général de la révolution mexicaine. Ce que le peuple a gagné, il peut le perdre si la révolution s’arrête. Il est difficile de maintenir les coopératives, une production socialement juste, une petite agriculture soutenable, dans un environnement capitaliste où les grands entrepreneurs mènent la concurrence avec les armes des bas salaires et de mauvaises conditions de travail.

C’est pour cela que notre soutien à la révolution bolivarienne passe par notre appui aux luttes livrées dans l’ensemble du pays, un appui à ceux qui plaident pour la révolution dans la révolution, à ceux qui combattent de manière conséquente contre les capitalistes, qui affrontent la bureaucratie et les vieilles méthodes.

La révolution bolivarienne est internationaliste dans son essence, elle coïncide avec la pensée universelle des révolutionnaires : il n’y a pas de solution nationale et il n’y a pas de socialisme dans un seul pays. Les intérêts des peuples sont convergents et les luttes se nourrissent mutuellement. Le processus bolivarien a réveillé à nouveau les désirs ardents de lutte des peuples latino-américains et le continent de l’Amérique du Sud s’oriente vers la gauche.

Les gauches latino-américaines

Si nous avons tous un ennemi commun qui est la droite capitaliste, nous ne pouvons pas dissimuler qu’il y a des différences dans le camp de la gauche entre une gauche qui s’adapte au libéralisme, une gauche social-libérale qui gère le capitalisme, et une gauche qui résistes et qui rejette les ordres du Fonds monétaire international et des marchés financiers, en s’appuyant sur l’organisation populaire autonome pour satisfaire les besoins sociaux. Entre une gauche qui envoie des troupes à Haïti et une gauche qui rejette les interventions impérialistes.

Si l’élection de Lula au Brésil indique de manière claire que le peuple brésilien veut se libérer de la domination des entrepreneurs et de l’impérialisme, l’attitude conciliatrice de Lula affaiblit le mouvement populaire et renforce le capitalisme. Malgré la décision de Kirshner de trouver un accord sur la dette avec le FMI, le peuple argentin est dans l’attente des transformations nécessaires pour résoudre la grave crise économique et sociale qu’il subit. Si le peuple uruguayen a mis en échec l’oligarchie en élisant Tabaré Vásquez, ce dernier respect les diktats du FMI. Dans ces trois pays, la clé est dans la capacité des peuples à se mobiliser pour imposer les grandes réformes structurelles et dans la capacité du mouvement populaire à construire une alternative au social-libéralisme. Nous soutenons la lutte des Sans-Terre du Brésil, comme celle des piqueteros argentins pour ne citer que ces deux exemples.

Avec la victoire d’Evo Morales en Bolivie, un autre espoir immense s’éveille pour mettre fin au pouvoir des entreprises transnationales sur la terre, l’eau, le gaz et le pétrole de ce pays. C’est aussi l’espoir qu’un processus original de mobilisation et d’autodétermination conduira le peuple bolivien à une souveraineté nationale et populaire complète. L’alliance de Cuba, du Venezuela et de la Bolivie peut être un contrepoids fort à la tendance conciliatrice traditionnelle des nouveaux gouvernements de gauche. Le renforcement d’un projet continental anticapitaliste est, à son tour, le meilleur moyen de préserver les acquis de la révolution cubaine. Mais comme au Venezuela, la clé du succès repose sur l’insertion du peuple organisé dans la transformation du pays.

Vers le socialisme !

Cette année verra de nouvelles victoires de la gauche. La leçon que l’histoire nous fournit, c’est qu’il n’y a pas de changements structurels sans confrontation entre le peuple et l’oligarchie. L’Amérique latine vit un moment exceptionnel : les peuples poussent à gauche de manière convergente et l’alliance des mouvements sociaux, des indigènes, de la classe ouvrière et des paysans de tous ces pays peut mettre à l’ordre du jour le débat sur la transition au socialisme à l’échelle continentale. Et de plus, le développement de ce processus exemplaire en Amérique a aussi comme rôle historique de donner de l’espoir aux luttes sociales dans les pays impérialistes, luttes qui, en mettant en jeu le capitalisme, allégeront la pression impérialiste sur les pays du Sud, en mettant en avant les intérêts communs des peuples du nord et du sud.

Les peuples travailleurs, seuls intéressés par le socialisme, en prenant appui sur les nouvelles forces politiques révolutionnaires, ont comme tâche de débattre et de construire le « socialisme du XXIe siècle » comme l’appelle Chávez.

En tant que réseau international de socialistes et de révolutionnaires, nous rejoignons ce grand débat international. Nous comprenons la formulation « socialisme du XXIe siècle » comme le rejet des expériences manquées du XXe siècle : tant le stalinisme de l’Union soviétique, qui a mis fin à la démocratie et l’a noyée dans le sang, que les expériences social-démocrates qui sous le drapeau du socialisme ont soutenu le capitalisme et ont accru les inégalités dans les pays qu’ils gouvernaient. Le « socialisme du XXIe siècle » devra être démocratique, respectueux des débats, féministe, écologiste et autogestionnaire car l’émancipation des peuples sera l’oeuvre des peuples eux-mêmes.

Nous continuons à penser que construire le socialisme signifie fondamentalement mettre un terme à la propriété privée des grands moyens de production, retirer le pouvoir de décider des priorités de la production et du développement aux entrepreneurs capitalistes. Le socialisme, c’est la décision démocratique de l’usage des ressources naturelles, la décision démocratique de ce qui doit être produit, comment et pour qui. Le socialisme c’est aussi un système de valeurs, comme la fraternité, la tolérance, la solidarité, la coopération. Ce socialisme ne naîtra pas du néant et ne sera pas tout nouveau. Revendiquons les actes et les pensées de grands lutteurs comme Marx, Lénine, Trotsky, Gramsci, Rosa Luxembourg, Che Guevara. Et de ceux qui avant l’expansion du capitalisme libéral au monde entier ont combattu pour le bien-être de leurs peuples. Ce furent les Bolívar, Zamora, Zapata, les Martí, Sandino et Farabundo... pour ne citer que ceux qui sont morts en chemin.

« Nous inventons ou nous nous égarons » aimait à dire Simón Rodríguez, le professeur de Bolívar. Nous reprenons cette devise, mais sans déprécier les deux grandes leçons que l’histoire nous a fournies : la révolution russe a été trahie par une couche bureaucratique qui a enlevé le pouvoir au peuple en lutte ; la conciliation avec la classe capitaliste a démontré l’inefficacité de la stratégie réformiste des sociaux-démocrates.

Avec le Che nous disons : « Révolution socialiste ou caricature de révolution ! » * Nous reproduisons ici le tract distribué en espagnol à 20 000 exemplaires par les militant(e)s de la IVe Internationale présents à Caracas (Venezuela) lors du Forum social mondial (24-29 janvier 2006). (Traduit de l’espagnol par J.M.)