Jeunesses Communistes Révolutionnaires

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La révolution russe

jeudi 27 septembre 2007, par RED

La Révolution Russe d’Octobre
1917 a été la référence principale
pour les révolutionnaires
du 20ème siècle. C’est la
première fois que la classe
ouvrière arrachait le pouvoir aux bourgeois.
Aujourd’hui, pour tous ceux qui veulent en
finir avec ce système pourri, cette expérience
historique est toujours une grande source
d’enseignements et de questions.

La Révolution de Février

La Russie de 1917 est arriérée économiquement,
et dirigée d’une main de fer par
le Tsar et sa police politique. Elle s’engage
dans la Première Guerre Mondiale :
les classes dirigeantes envoient des millions
de travailleurs et de paysans pauvres
mourir au front, pendant qu’eux–mêmes
restent à l’arrière, et profitent de la guerre
pour augmenter leurs profits. La bourgeoisie
a trop peur de la colère des travailleurs
pour oser s’attaquer au régime du tsar.

Mais au mois de Février, la crise explose
 : les ouvriers descendent dans la rue par
millions, et font ce que la bourgeoisie
n’osait pas faire. C’est la Révolution de
Février. Les ouvriers de Petrograd liquident
le régime du tsar, et le remplacent par
une république… qui continue la même
politique de guerre que le Tsar.

Une période de double pouvoir

Assez déterminée pour détruire le régime
tsariste, la classe ouvrière n’est pas immédiatement
prête à conquérir tout le pouvoir.
Mais elle couvre les usines et les villes
d’un réseau dense de conseils (soviets) qui
s’élargit très vite à l’armée, et, finalement,
à la campagne. Véritable contre-pouvoir,
ces soviets de plus en plus nombreux et de
mieux en mieux centralisés, risquent à tout
moment de renverser la bourgeoisie.

De la révolution de février à celle d’octobre,
s’ouvre une période de double pouvoir.
D’un côté le pouvoir officiel, discrédité
par son incapacité à faire ce pour quoi
il a été élu (la paix, du pain, le partage
de la terre), et par sa complicité avec la
bourgeoisie et l’ancien régime. De l’autre,
le pouvoir populaire, les soviets, qui prennent
en charge les tâches fondamentales
pour la population (transports, approvisionnement,
auto-défense…), mais mettent
du temps à prendre conscience de
leur force.

Ces soviets, nés des besoins urgents
des masses, reflètent aussi l’état de leur
conscience et leurs préjugés politiques.
Pour que la prise du pouvoir par les soviets
soit clairement posée, il faut qu’un parti
révolutionnaire la mette en avant, en fasse
un objectif prioritaire. L’organisation capable
d’agir ainsi, c’est le Parti bolchevique,
dirigé par Lénine. Mais le parti reste en
minorité, chez les travailleurs et dans les
soviets, jusqu’en septembre 1917.

Radicalisation des masses

D’avril à septembre, le Parti bolchevique
lutte pour la majorité au sein des soviets,
dans le cadre de la démocratie ouvrière :
il cherche à convaincre patiemment qu’il
faut que les soviets prennent le pouvoir.
Mais au bout de quelques mois, alors que
le gouvernement provisoire ne cesse de
repousser les avancées sociales et devient
de plus en plus répressif, ce n’est que par
l’initiative révolutionnaire que la situation
peut se dénouer : les soviets, organes de
la nouvelle démocratie, doivent devenir le
nouvel appareil d’Etat, en brisant l’ancien
appareil répressif.

La période de double pouvoir est aussi
l’histoire de la lutte entre les différents
partis politiques du mouvement ouvrier
et populaire, sur la question-clé du processus
révolutionnaire : pour ou contre la
prise du pouvoir par les soviets.
Le pouvoir politique est à portée de
main. Et c’est au Congrès national des
Soviets de prendre la décision définitive.
Sa composition
politique est nettement
différente de
celle du Congrès
de juin 1917. Dans
son Histoire de la
Révolution Russe,
Trotsky analyse
minutieusement
cette radicalisation,
d’élection
syndicale en élection
syndicale,
d’élection municipale
en élection
municipale, chez
les ouvriers, les soldats et les paysans.

Alors que les bolcheviks ne représentaient
que 13% des délégués au congrès
des Soviets de juin, les choses changent
rapidement après les évènements de juillet
et la tentative de putsch réactionnaire de
Kornilov. En octobre, sur 650 délégués, le
bloc réformiste en contrôle moins de 100.
Les bolcheviks, de leur côté, disposent
d’une majorité absolue avec environ 390
délégués. Les réformistes, minoritaires,
quittent le Congrès, basculant du côté de
la contre-révolution.

Cette évolution démontre qu’il ne
s’agit pas d’une conspiration
minoritaire d’agitateurs
professionnels,
mais de
l’assimilation
accélérée d’une expérience politique à
échelle de masse, d’une métamorphose
des consciences, d’un déplacement constant
des rapports de forces.

L’insurrection d’Octobre

Loin d’être un coup d’Etat réussi par
surprise, l’insurrection est l’aboutissement
d’une épreuve de force qui a mûri tout au
long de l’année, au cours de laquelle l’état
d’esprit des masses a évolué toujours plus
à gauche. Ce sont les masses qui prennent
le pouvoir, et c’est ce qui explique que l’insurrection
d’octobre ait été si peu violente
et peu coûteuse en vie humaines.

À Petrograd, l’insurrection commence
par une mesure d’autodéfense, contre une
provocation du commandant du district
militaire (qui veut dissoudre la garnison de
la ville, entièrement acquise à la révolution).
Elle a lieu le 25 Octobre : en quelques heures,
les ouvriers, les gardes rouges et les
régiments révolutionnaires occupent tous
les points clés de la ville, et détruisent l’appareil
de répression bourgeois.

À Moscou, la lutte fut plus dure car la
garnison n’était pas aussi complètement
acquise et le parti bolchevik fit preuve
de moins d’audace. Petrograd et Moscou
ayant basculé, la province suit.

Les premières mesures du pouvoir révolutionnaire

Après l’insurrection, le congrès des soviets
adopte les deux grands décrets sur la terre
et sur la paix. Le nouveau pouvoir s’adresse
aux peuples en guerre pour leur proposer
une paix immédiate ; il légalise les nombreuses
occupations de terre des grands
domaines. Ces deux décrets satisfont, en
quelques heures, les grandes revendications
des masses depuis Février. Le nouveau
régime montre son efficacité et y trouve
une source durable de légitimité, là où
tous les gouvernements provisoires avaient
échoué. Rapidement, l’Eglise est séparée
de l’Etat et les nationalités opprimées par
la Russie sont libérées.Pour la première
fois, les travailleurs peuvent s’exprimer et
prendre leurs affaires en main, grâce aux
soviets, aux comités, aux conseils.

La Révolution d’Octobre représente une
cassure dans l’ordre du monde, et c’est
pourquoi elle a un retentissement international
immédiat. Elle réussit un réel renversement
du monde, jusque dans les détails
de la vie quotidienne : à Odessa, les étudiants
dictent aux professeurs un nouveau
programme d’histoire, à Pétrograd, des travailleurs
obligent leurs patrons à apprendre
« le nouveau droit ouvrier »... Dans certaines
écoles, les petits revendiquent le droit à
l’apprentissage de la boxe pour se faire
entendre et respecter des grands...

Cet élan révolutionnaire initial se fait
encore sentir au long des années 20, malgré
les pénuries et l’arriération culturelle,
des tentatives pionnières tentent de transformer
le mode de vie : réformes scolaires
et pédagogiques, législation familiale
(droit de vote des femmes, droit au divorce,
légalisation de l’avortement…), invention
graphique et cinématographique…

Les leçons d’Octobre

L’auto-organisation des masses s’observe
avant et après la révolution russe dans
toute crise révolutionnaire, sous divers
noms : comités ouvriers espagnols en
1936, conseils ouvriers en Pologne et en
Hongrie en 1956, cordons industriels chiliens
en 1971, commissions de travailleurs
portugais en 1974. En période révolutionnaire,
la démocratie ouvrière peut pénétrer
la vie quotidienne et tous les aspects de la
vie socio-économique. Et s’instaure une
dualité de pouvoir, qui ne peut se terminer
que par le triomphe de l’un des pouvoirs
en présence avec écrasement de l’autre.

Une autre constante est la réaction des
possédants dès que leur pouvoir politique
est mis en cause : dans les zones contrôlées
par eux, les nostalgiques de l’ancien
pouvoir firent régner la terreur blanche.

Une autre leçon fondamentale est le
rôle d’un parti révolutionnaire de masse.
Ceux qui n’ont que leur force de travail à
vendre : les salariés, n’ont aucun pouvoir
politique ou économique véritable dans
la société capitaliste. Ils ne peut disposer
que d’une organisation révolutionnaire liée
aux masses et ayant tiré les leçons des
échecs passés.

La Révolution Russe a dégénéré au bout
de plusieurs années. La guerre mondiale,
puis la guerre civile ont dévasté le pays. La
révolution ne s’est pas étendue aux autres
pays européens, comme l’espéraient les
bolcheviks : la Russie révolutionnaire est
rapidement isolée, en plus d’être économiquement
très affaiblie. Difficile de construire
une société égalitaire dans de telles
conditions…. La conséquence de tout cela
est une démoralisation des travailleurs,
qui se désinvestissent progressivement
des soviets, et laissent une bureaucratie
s’installer. Cette nouvelle couche sociale,
dont le représentant principal est Staline,
s’approprie le pouvoir politique, s’octroie
des privilèges, et lance une véritable contre-
révolution politique : énorme répression
contre toute opposition politique,
purges dans le parti communiste (procès
de Moscou), mise en place de camps de
travail…

Malgré cette fin tragique, la Révolution
Russe est une référence centrale pour tous
ceux qui veulent en finir avec le capitalisme.
Nous avons de nombreuses leçons
à tirer : de la contre-révolution stalinienne,
des erreurs des bolcheviks..., et des avancées
historiques qu’elle a mises en place.
Octobre 1917 a démontré que la Révolution
sociale était possible.

Haïm, [Nanterre]


A lire :
- Ernest Mandel,
Octobre 1917 : Coup
d’Etat ou révolution
sociale. La légitimité
de la révolution russe.
- Léon Trotsky,
Histoire de la
Révolution Russe,
1930.
- Léon Trotsky,
Leçons d’Octobre,
1924.
- Léon Trotsky,
Trois conceptions de
la révolution russe,
1939
- Rosa Luxembourg,
La révolution russe,
1918.
- Victor Serge,
L’an un de la
révolution russe, 1971.
- John Reed,
Dix jours qui
ébranlèrent le monde.

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