Jeunesses Communistes Révolutionnaires

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Réforme et Révolution.

jeudi 4 janvier 2007, par JCR Le Mans

Réforme et Révolution

Introduction :
le mouvement ouvrier au XIX°et XX° siècle a été tra versé par l’opposition entre réformistes et révolutionnaires.
Comment se pose aujourd’hui la question de la réforme et de la révolution ?
La distinction est-elle toujours
pertinente ?
Nous verrons d’abord l’expérience historique qui a continué à forger cette distinction et ensuite comment cette problématique classique a été
remodelée dans la seconde moitié du XX° siècle.
Enfin nous verrons
comment poser aujourd’hui les rapports entre réforme et révolution.

A) L’HISTOIRE

1) la révolution comme référence

On peut dire que dans les débuts du mouvement ouvrier, c’est le modèle
révolutionnaire qui domine implicitement à l’exemple de la révolution
bourgeoise dont la composante populaire inspire plus ou moins les premières organisations politiques.
Certains comme les courants blanquiste ou anarchiste s’inspirent directement du modèle jacobin : organisation centralisée, conspiration qui compte prendre le pouvoir lors de journées insurrectionnelles à l’exemple des journées révolutionnaires de 89 92 1830 1848.
D’autres comme le jeune Marx envisagent le passage au socialisme comme un mouvement de masse ininterrompu sous la conduite du prolétariat avec comme éclairage le concept assez ouvert de dictature du prolétariat.

"Les communistes ne se différencient des autres partis prolétariens que sur deux points, dans les diverses luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts communs à tout le prolétariat et indépendants de la nationalité , et , d’autre part, dans les différentes phases que traverse la lutte entre le prolétariat et la bourgeoisie, ils représentent constamment l’intérêt du mouvement total."
(Marx : Manifeste)

En même temps que se constituent des partis ouvriers de masse(ex le
chartisme en Angleterre) et que le prolétariat expérimente le prise du
pouvoir(la Commune), Marx approfondit sa théorie de la révolution comme un processus autoémancipateur du prolétariat.
" la classe ouvrière....sait....que pour réaliser sa propre émancipation, et, avec elle, cette forme de vie plus haute à laquelle tend irrésistiblement la société actuelle de par son propre développement économique, elle aura à passer par de longues luttes, par toute une série de processus historiques qui transformeront complètement les circonstances et les hommes.
("La guerre civile en France")

2)Le modèle du parti ouvrier de masse

En Allemagne, se développera massivement le parti social démocrate inspiré par les idées de Marx et aussi par celles, assez différentes de Lassalle.
L’échec militaire de la Commune et la croissance continue de la socialdémocratie allemande par la lutte politique légale ou illégale amène Engels et la plupart des marxistes à abandonner la représentation de la révolution sous formes de journées insurrectionnelles et de barricades.

Pour des raisons techniques, la tactique des barricades est dépassée :
"Le temps des coups de main, des révolutions exécutées par de petites
minorités conscientes à la tête de masses inconscientes est passé"(Engels : introduction(1895) à "la lutte des classes en France")

" Car il s’agit d’une transformation complète de l’organisation de la société, il faut que les masses elles-mêmes y coopèrent, qu’elles aient déjà compris elles-mêmes de quoi il s’agit, pourquoi elles interviennent (avec leur corps et avec leur vie)"(id)

Mais ce constat de l’abandon des formes insurrectionnelles historiques ne signifie pas l’abandon de la révolution.
"le droit à la révolution n’est-il pas après tout le seul "droit historique" réel, le seul sur lequel reposent tous les Etats modernes sans exception ?"(id).
l’action importante consiste à gagner la masse du peuple par l’action politique et entre autres l’usage du droit de vote et du Parlement.
Mais à l’intérieur du parti commence à s’établir l’idée que la lutte politique se passe dans la légalité et que le but n’est plus la révolution mais la réforme.
Marx et Engels en 1879 réagiront vivement à cette formulation qui reviendra plus théorisée et plus puissante au début du XX° si ècle sous la plume de Bernstein qui résume sa théorie par cette phrase :"le but n’est rien, le mouvement est tout".

Le réformisme est alors théorisé : l’objectif politique du mouvement ouvrier est l’accumulation de réformes qui amélioreront indéfiniment le sort du prolétariat.
La majorité du parti, pour sa part, éduquée par des décennies d’activités
légales politiques, syndicales et coopératives, se satisfait de la distinction entre le programme minimum des réformes revendiquées et et le but final, la révolution, remise à des formes et des délais très indéterminés.
Le réformisme n’est donc pas la lutte pour des réformes, lutte pratiquée par tous les partis ouvriers,mais l’idée que les réformes accumulées rendent sans objet la révolution comme transformation radicale des rapports sociaux.
Cette idée va de pair avec le mépris des revendications des masses, la
surestimation des experts, des spécialistes qui sont seuls capables de
concevoir des réformes dans le détail, l’intégration dans les mécanismes de l’Etat bourgeois etc .

3) la réponse au réformisme : les courants révolutionnaires

La réaffirmation de la révolution viendra de deux côtés assez différents :

- d’une part les majoritaires de la social-démocratie russe qui étant dans
l’impossibilité de mener une lutte légale, conçoivent le parti comme
organisation professionnelle centralisée qui, bien qu’influencé par la socialdémocratie allemande, comprendront en 1905 l’importance d’être en phase avec le mouvement des masses et élaboreront la notion de crise révolutionnaire (Lénine).

- d’autre part de l’intérieur du parti allemand, Rosa Luxembourg polémiquera violemment avec Bernstein et soulignera l’importance de l’auto-activité des masses, de la grève et de l’action extra parlementaire.
Cependant cette différenciation entre réformisme et action révolutionnaire restait située à l’intérieur du même parti ou de la même Internationale. L’idée que cette différence est fondamentale et justifie l’existence de partis séparés ne naîtra qu’après l’effondrement en 1914 de la II° Internationale et de ses aspirations à rassembler le prolétariat international.

4) La stratégie révolutionnaire :

Le choc de 1914 qui montrera que non seulement les réformistes, mais aussi les marxistes orthodoxes ( Kautsky, Guesde) qui séparaient la lutte
quotidienne et le but final étaient devenus des auxiliaires de la bourgeoisie militariste et nationaliste permettra une théorisation de la révolution à partir de l’expérience russe de 1905-1917 :

- Sous le poids des contradictions qui s’accumulent ceux d’en bas ne veulent plus être gouvernés comme avant, ceux d’en haut ne le peuvent plus.

- A partir de revendications immédiates, parfois élémentaires,les masses se mettent en mouvement ce qui déclenche une crise. si cette crise se développe on aboutit à une situation de double pouvoir où l’activité des masses s’oppose au fonctionnement normal de l’Etat et de la société bourgeoise. Jusque là les principaux théoriciens révolutionnaires marxistes s’accordent (Lénine, Trotsky, Luxembourg). Ils diffèreront sur le rôle et l’importance de la minorité révolutionnaire organisée qui doit se saisir de cette situation révolutionnaire pour s’emparer de la machine d’Etat et la briser. Lénine et plus tard Trotsky sont convaincus du rôle indispensable du parti révolutionnaire centralisé pour formuler les mots d’ordre nécessaires et guider l’activité des masses. Luxembourg a davantage confiance dans celles-ci et se méfie des minorités organisées qui peuvent devenir dictatoriales ou se substituer au prolétariat. La révolution de 1917 montrera aux yeux du monde la supériorité du pont de vue de Lénine et Trotsky et conduira à la scission durable et profonde du mouvement ouvrier politique. par la suite l’évolution de l’Etat soviétique amènera à réévaluer la pertinence des critiques de
Luxembourg.
Là encore l’opposition n’est pas entre réforme et révolution puisque les mots d’ordre de la révolution russe "le pain, la paix, la liberté" puis "la terre aux paysans" (mot d’ordre emprunté aux Socialistes Révolutionnaires) n’ont rien de spécifiquement révolutionnaire prolétarien, mais dans le contexte de la crise de l’empire russe, avaient un effet dévastateur sur l’ordre bourgeois.
Inversement la droite du mouvement ouvrier, en cherchant à maintenir le
mouvement de masse dans les limites de la démocratie bourgeoise, s’écarter des revendications populaires et basculera souvent dans la contre-révolution.

B) LES DETOURS DE L’HISTOIRE

1) Le stalinisme :

Ce schéma simple a rapidement été compliqué par l’apparition du stalinisme.
Cette "gangrène du mouvement ouvrier" ne se laisse pas enfermer dans les catégories simples réforme ou révolution :

- A l’origine la politique du stalinisme a pris une forme ultra-gauche (en URSS même liquidation brutale des koulaks et industrialisation à marche forcée ; internationalement période politique sectaire et aventuriste)

- Par la suite, avec la politique des fronts populaires et de l’alliance
antifasciste, le stalinisme a épousé les formes les plus droitières du
réformisme. Au sortir de la guerre, des processus de transformation sociale ont été effectuées de manière autoritaire :

- expropriation de la bourgeoisie dans les pays de l’Est sous la pression
militaire de l’armée rouge ;

- des transformations révolutionnaires populaires, menées par des partis de formation stalinienne ont eu lieu en Yougoslavie avant que les titistes ne rompent avec Moscou en Chine et plus tard au Vietnam.
Le stalinisme contre-révolutionnaire sur le fond ne peut être qualifié
simplement de réformiste.

2) le triomphe du réformisme en Europe occidentale et la révolution coloniale :

En réaction contre la menace stalinienne après la seconde Guerre mondiale, la social-démocratie européenne s’est encore rapprochée davantage de la bourgeoisie qui acceptait d’importantes modification sociales dans l’espoir d’éviter d’éventuels mouvement révolutionnaires, rendus plausibles par le renforcement du mouvement ouvrier :

- développement des services publics et d’une politique de sécurité sociale en Grande-Bretagne, RFA,France, Italie, Bénélux et pays scandinaves ;

- reconnaissance et tentative d’intégration des syndicats dans l’entreprise et l’économie en RFA et pays scandinaves.
Cette amélioration très sensible de la condition ouvrière a développé l’idée très répandue dans les années 60 que la révolution n’était plus une perspective crédible dans les pays capitalistes développés mais qu’elle n’était possible que dans le tiers monde. D’autant plus que l’expérience de la révolution cubaine montrait l’exemple inédit d’une direction politique petite bourgeoise qui évoluait très rapidement vers la transformation sociale radicale par opposition à l’impérialisme dominant.
A cette époque l’opposition réforme/révolution semblait prendre une forme géographique : aux pays riches les réformes, aux pauvres la révolution.

3) la réaction néo-libérale et l’effondrement du stalinisme :
avec la paralysie politique des pays prétendument socialistes, ainsi que la dégénérescence très rapide des forces motrices de la révolution coloniale, l’idée révolutionnaire fut de plus en plus discréditée et permit à la réaction néo-libérale de Thatcher et Reagan de s’en prendre au compromis social de l’après -guerre. Cette offensive se fit au nom des réformes nécessaire contre l’archaïsme social que représenterait ce compromis. Du coup le mouvement ouvrier réformiste qui tirait sa puissance politique de ce compromis se trouva sur la défensive puis politiquement paralysé.
Parallèlement le discrédit du stalinisme a rejailli sur l’idée même de révolution et de socialisme. L’effondrement des pays de l’Est de 1989 à 1991 sans réaction ouvrière a semblé marquer la fin de l’idée révolutionnaire et même de la lutte de classe.
Le stalinisme a disparu comme force politique cohérente, le réformisme
classique est en crise et les courants révolutionnaires subsistants ont été profondément atteints par le discrédit de l’idée révolutionnaire.

C) REFORMES ET REVOLUTIONS AUJOURD’HUI

1) la continuité révolutionnaire

Bien entendu malgré les doctrinaires néo-libéraux, les processus
révolutionnaires ont continué : au Portugal, en Iran, au Nicaragua selon des schémas bien connus : les contradictions accumulées entraînent une
mobilisation populaire qui renverse l’Etat bourgeois.
la nouveauté réside dans la nature du sujet révolutionnaire : les organisations ouvrières marxistes ne sont plus toujours les acteurs principaux du processus :
au Portugal l’aile marchante de la révolution a été un courant politico-militaire au profil assez flou ; plus encore en Iran, la révolution a pris une forme classique : mobilisation populaire urbaine, insurrection armée, effondrement de l’Etat, mais la force motrice, malgré la participation d’organisation d’inspiration marxiste a été une coalition de courants religieux à idéologie réactionnaire qui ont détruit l’appareil d’Etat mais sans s’attaquer à la bourgeoise comme classe.

Le sujet révolutionnaire conscient s’est montré plus divers que la théorie ne l’annonçait et actuellement l’Amérique latine montre une autre figure de la révolution : la victoire électorale d’un dirigeant populaire anti-libéral amorce un processus de mobilisation populaire.

2) le réformisme contre les réformes

L’histoire montre que les réformes sont liées à la révolution, soit qu’elles en sont le produit indirect, concessions arrachées à la bourgeoisie par peur de la révolution(ex de l’après-guerre en Europe), soit qu’elles représentent les étapes d’un processus révolutionnaire en développement, comme par exemple la réforme agraire dans les pays du tiers monde. cette réforme accomplie par la révolution bourgeoise en France l’a été par la révolution prolétarienne en Russie (et est sans doute à recommencer) et reste la tâche historique pour les révolutionnaires de nombreux pays.

La valeur d’une réforme tient à sa capacité à mobiliser le prolétariat et ses alliés, à sa possibilité de déclencher des mobilisations populaires profondes. Comme d’autre part l’offensive néo-libérale est ininterrompue partout, la lutte pour les réformes sociales dans les pays capitalistes avancés prend souvent la forme d’une défense du statu-quo, d’un mouvement défensif qui peut éventuellement se transformer en mouvement offensif.
En revanche les tentatives d’améliorer le sort des travailleurs par la
négociation avec le patronat et l’Etat se traduit en général par une
dégradation de la situation, faute d’un rapport de force. Par exemple
l’expérience des 35h du gouvernement Jospin s’est traduit par une
intensification du travail et souvent une baisse de revenus et n’a vraiment profité qu’aux couches supérieures du prolétariat.

CONCLUSION

La réforme légale et la révolution ne sont donc pas des méthodes
différentes de progrès historique que l’on pourrait choisir à volonté comme on choisirait des saucisses chaudes ou des viandes froides au buffet, mais des facteurs différents de l’évolution de la société de classe, qui se conditionnent et se complètent réciproquement, tout en s’excluant, comme par exemple le pôle Sud et le pôle Nord, la bourgeoisie et le prolétariat.

À chaque époque, en effet, la constitution légale est un simple produit
de la révolution. Si la révolution est l’acte de création politique de l’histoire de classe, la législation n’est que l’expression, sur le plan politique, de l’existence végétative et continue de la société. Le travail légal de réformes ne possède aucune autre forme motrice propre, indépendante de la révolution ; il ne s’accomplit dans chaque période historique que dans la direction que lui a donnée l’impulsion de la dernière révolution, et aussi longtemps que cette impulsion continue à se faire sentir ou, pour parler concrètement, seulement dans le
cadre de la forme sociale créée par la dernière révolution. Nous
sommes là au coeur du problème.

Il est inexact et contraire à la vérité historique de se représenter le travail de réforme comme une révolution diluée dans
le temps, et la révolution comme une réforme condensée. Une
révolution sociale et une réforme légale ne sont pas des
éléments distincts par leur durée, mais par leur contenu ; tout le secret
des révolutions historiques, de la prise du pouvoir
politique, est précisément dans le passage de simples modifications
quantitatives en une qualité nouvelle ou, pour parler
concrètement, dans le passage d’une période historique d’une forme de
société donnée à une autre.

Quiconque se prononce en faveur de la réforme légale, au lieu et à
l’encontre de la conquête du pouvoir politique et de
la révolution sociale, ne choisit pas en réalité une voie plus paisible, plus
sûr et plus lente conduisant au même but ; il a en
vue un but différent : au lieu de l’instauration d’une société nouvelle, il se contente de modifications superficielles apportées
à l’ancienne société. Ainsi les thèses politiques du révisionnisme
conduisent-elles à la même conclusion que ses théories
économiques. Elles ne visent pas, au fond, à réaliser l’ordre socialiste,
mais à réformer l’ordre capitaliste, elles ne cherchent
pas à abolir le système du salariat, mais à doser ou à atténuer
l’exploitation, en un mot elles veulent supprimer les abus du
capitalisme et non le capitalisme lui-même.

Bibliographie :
R Luxembourg : "Réformes sociales et révolution"
R Michels : "les partis politiques"(une des premières analyses de la bureaucratisation des partis ouvriers)
E. Mandel : "de la bureaucratie"

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